Le foot allemand réussit ses premiers pas, sans public ni garanties

Christophe BEAUDUFE, avec David COURBET et Antoine MAIGNAN
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L'attaquant norvégien de Dortmund, Erling Braut Haaland (g), buteur lors du premier match de reprise de la Bundesliga face à Schalke, à Dortmund, le 16 mai 2020

Berlin (AFP) - Premier défi relevé pour le football allemand: la reprise de la Bundesliga samedi a prouvé que ballon rond et coronavirus pouvaient coexister, au prix de tribunes silencieuses et de précautions sanitaires. Mais cette réussite reste à confirmer pour le premier grand championnat d'Europe à redémarrer.

Le son strident d'un sifflet au coup d'envoi, le premier but signé par la jeune star norvégienne Erling Haaland, la large victoire du Borussia Dortmund dans le "derby de la Ruhr" contre Schalke (4-0)... Quatre-vingt dix minutes ont suffi pour faire revenir la chair de poule sur les bras des amoureux du "Fussball", sevrés de matches depuis précisément 63 jours pour cause de pandémie.

Ces fans ont retrouvé les ingrédients habituels du samedi après-midi: des buts, des vainqueurs, des émotions. Mais devant leur téléviseur, ils n'ont pu échapper à des détails inhabituels.

Car l'ombre de la crise sanitaire plane sur les terrains. Les gradins complètement vides du Signal Iduna Park de Dortmund, stade connu en temps normal pour son bouillant "Mur jaune" de supporters, ont accompagné ce redémarrage dans un déroutant silence.

Une reprise "surréaliste", selon le patron du Borussia Dortmund Hans-Joachim Watzke. "Dans les deux heures avant le match, tu reçois des SMS du monde entier, et ensuite tu traverses ta ville en voiture et il ne se passe absolument rien", a raconté le dirigeant. "Il faut s'habituer".

Devant le "Mur jaune" désert, les joueurs du Borussia sont tout de même allés faire leur habituelle ola à la fin du match, une scène étrange en l'absence de tout supporter.

Le huis clos et les mesures d'hygiène, voilà ce qui attend Dortmund, Leipzig et autres cadors ces prochaines semaines, ainsi que le célèbre Bayern Munich dès dimanche contre l'Union Berlin.

Des entrées sur les terrains séparées, des ballons régulièrement désinfectés en bord de pelouse, des remplaçants masqués et espacés sur leur banc et surtout des célébrations de buts incroyablement sobres, dans le respect de la distanciation sociale: voilà le foot au temps du Covid-19.

"La journée était un peu bizarre. Je suis quelqu'un d'émotif, j'aime bien prendre un joueur dans les bras, ce que je ne pouvais évidemment absolument pas faire aujourd'hui", a constaté Uwe Rösler, l'entraîneur de Düsseldorf.


- Mauvais réflexes -

Joueurs comme entraîneurs savent qu'ils seront jugés sur leur "exemplarité", terme explicitement mentionné par les autorités du football dans leur ultraprécis protocole sanitaire de reprise.

Difficile néanmoins de se défaire de quelques mauvais réflexes.

Le défenseur de Dortmund Mats Hummels qui se mouche naïvement dans ses doigts, le buteur du Hertha Berlin Matheus Cunha qui suce son pouce après avoir été enlacé par plusieurs coéquipiers: ces images anodines prennent en cette période une inquiétante dimension, même si la Ligue a assuré qu'aucune sanction ne serait prononcée contre des joueurs coupables d'embrassade.

Aux abords des stades, d'ordinaire si animés, il faudra aussi s'habituer au silence. A Dortmund, lieu du duel le plus attendu du week-end, l'ambiance en ville n'a rien eu à voir avec un jour de match, a constaté un journaliste de l'AFP.

"On ne peut recevoir que 50 personnes, contre 500 normalement. Les gens ne sont de toute manière pas forcément rassurés de se regrouper dans le contexte actuel", explique Jörg Kemper, gérant du bar de supporters Wenkers au centre-ville, qui a dû appliquer un strict marquage au sol dans son établissement.

- L'Allemagne, pionnière -

Mais si une majorité de l'opinion publique, ainsi qu'une frange des supporters à en croire certaines banderoles samedi, n'est pas favorable à la reprise du championnat (56% des personnes interrogées dans un sondage cette semaine), le secteur du football, déterminé à récupérer les 300 millions d'euros de droits TV qui restent à distribuer entre les clubs, se satisfera d'une telle journée sans accroc.

A l'étranger aussi, on aura salué ces premiers pas pour un grand championnat: les voisins comme l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie, qui espèrent encore reprendre, en ressortent sans doute confiants.

De la Chine jusqu'au Brésil, le monde entier n'a eu d'yeux que pour le football allemand. Même le champion du monde Kylian Mbappé a fait savoir sur Twitter qu'il était au rendez-vous du retour du foot, devant sa TV. Il aura sûrement vibré devant les performances de ses compatriotes Alassane Pléa et Marcus Thuram, tous deux buteurs avec Mönchengladbach à Francfort (3-1) pour terminer l'après-midi avec une touche "frenchie".

Ces deux-là aimeraient pouvoir garder le sourire, mais le chemin est encore long pour le "Fussball", pas à l'abri de nouveaux cas de coronavirus qui imposeraient d'épineuses mises à l'isolement.

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