Foot: l'accord LFP-Mediapro devant la justice, les droits TV en suspens

Antoine MAIGNAN
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L'avenir du foot français se joue devant la justice: le tribunal de commerce de Nanterre examine jeudi un protocole d'accord entre la Ligue de football professionnel (LFP) et Mediapro, son diffuseur défaillant, en vue d'une rupture de contrat et d'une réattribution des droits TV.

L'épilogue tant attendu par les clubs professionnels approche. Une validation de ce protocole par le président du tribunal, qui rendra sa décision d'ici quelques jours, mettrait un point final à deux mois de négociations, et surtout deux ans d'espoir brutalement transformé en fiasco.

Le groupe hispano-chinois, nouveau venu sur le marché français, détient encore 80% des rencontres des Championnats de Ligue 1 et Ligue 2, achetés pour plus de 800 millions d'euros annuels... Mais il s'apprête à renoncer à ces droits, dont il n'a pas pu honorer le paiement depuis le mois d'octobre, alléguant la crise sanitaire.

L'audience de jeudi, prévue en milieu d'après-midi, doit signer la fin d'une procédure de conciliation entamée le 19 octobre et permettre à la Ligue de récupérer ses droits télévisuels au plus vite, dans l'optique de les revendre à un diffuseur plus solvable.

Concrètement, selon plusieurs sources ayant connaissance du dossier, le président du tribunal de commerce est chargé d'homologuer le protocole d'accord élaboré entre les deux parties par l'intermédiaire du mandataire judiciaire Marc Sénéchal, qui a arbitré la négociation.

- Les clubs attendent une indemnité -

L'accord a été trouvé tard dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, avec d'un côté Vincent Labrune, le président de la LFP, et de l'autre Jaume Roures, patron catalan du groupe espagnol à capitaux chinois.

Le "deal" prévoit donc que Mediapro renonce à ses droits TV en échange de l'assurance que la Ligue ne le poursuivra pas en justice ensuite.

Son homologation donnera un peu d'air aux trésoreries des clubs, car elle donnera le feu vert au paiement par Mediapro d'un dédomaggement: 64 millions d'euros avec l'homologation, et quelque 36 millions supplémentaires en 2021. Une manne négociée par la Ligue qui reste néanmoins loin des 325 M EUR non payés entre octobre et décembre.

La validation du protocole signera du même coup la fin prochaine de Téléfoot, la chaîne de Mediapro créée ad hoc cet été, même si celle-ci continuera de diffuser les rencontres au moins jusqu'au 23 décembre, date de la 17e journée de Ligue 1, et se tient prête à émettre jusqu'à ce qu'un nouveau diffuseur soit trouvé, au plus tard le 31 janvier 2021.

Tout ne semble néanmoins pas si simple: inquiets, les syndicats du prestataire technique Mediapro France, chargé de la production des matches, ont appelé à une grève dès jeudi, un mouvement "reconductible". Jaume Roures a accepté la tenue d'une réunion par visioconférence jeudi soir mais leur réaction fait craindre des difficultés dans la diffusion des matches du week-end.

- D'autres négociations à venir -

Une fois l'accord LFP-Mediapro entériné par le tribunal de commerce, la Ligue devra rechercher de nouveaux diffuseurs.

Celle-ci, comme depuis de longues semaines, a refusé de s'exprimer, mais selon plusieurs sources proches du dossier elle aurait la possibilité de négocier de gré à gré avec les futurs diffuseurs, s'évitant ainsi la longue procédure d'un nouvel appel d'offres.

Selon plusieurs dirigeants, les diffuseurs candidats pourront formuler leurs offres dès l'homologation de l'accord. Tous les regards se tourneront alors vers Canal+.

La chaîne historique du football français, déjà détentrice de deux matches de L1 par journée, reste très discrète depuis plusieurs semaines même si selon plusieurs sources proches du dossier, elle a été concernée par la négociation entre Mediapro et la Ligue, avant de prendre du recul dans les derniers jours.

Forte de son alliance avec beIN Sports, ex-diffuseur de certains lots de Ligue 1 et de Ligue 2 et notamment des multiplex de chaque journée, la chaîne cryptée semble en pole position pour formuler une offre, même si d'autres acteurs (RMC Sport, Amazon, DAZN,...) sont évoqués.

L'immense interrogation concernera le montant futur des droits TV, avec une décote probable de plusieurs centaines de millions d'euros par an par rapport au 1,217 milliard annuel initialement obtenu, L1 et L2 comprises. Et des conséquences à craindre pour les finances des clubs, déjà très fragilisées par la crise sanitaire.

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