Le foie gras de Noël menacé par la grippe aviaire

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VIRUS - Jamais on a connu une telle épidémie. C’est ce que s’accordent à dire les éleveurs français de canards à propos de la grippe aviaire qui sévit en 2022. Dans les élevages la situation est dramatique. Il y a ceux touchés directement par le virus, qui doivent systématiquement abattre leurs volailles, mais aussi ceux qui n’ont pas pu se fournir en canetons : « C’est la première fois en 30 ans que mon élevage est à moitié vide » souffle Fanny Fagot, éleveuse de canards gras dans l’Aisne.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir cherché, mais impossible de trouver des petits à élever. « Et sans les canetons, on ne fait pas de foie gras » résume l’éleveuse. Comme de nombreux professionnels du secteur, elle s’est résolue à produire moitié moins que les années précédentes. À l’approche des fêtes, c’est une catastrophe. Pour comprendre ce vide dans les élevages français de foie gras, il faut remonter au printemps dernier.

Pénurie de canetons pour fournir les élevages

Au mois de mars une violente épidémie de grippe aviaire a frappé les aviculteurs français, en particulier ceux des Pays de la Loire. Pour stopper sa propagation, 16 millions de volailles ont été abattues au premier semestre de 2022, dont plus de la moitié dans les Pays de la Loire, le principal centre d’approvisionnement en canetons pour les élevages de foie gras. À cause de ces abattages préventifs, les couvoirs n’ont pas pu fournir les éleveurs.

La production de foie devrait donc baisser d’environ -30 % à -35 % en 2022 selon le CIFOG (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras). Pour produire malgré la pénurie de canetons, les éleveurs jouent des coudes et font des exceptions : « Cette année j’ai pris des femelles pour pallier le manque de canards gras » indique Bertrand Souchard, éleveur en Vendée, « Normalement ça ne se fait pas dans le foie gras, car il sera de moins bonne qualité… Mais en ce moment, c’est la débrouille ».

Du foie gras plus rare, et donc plus cher

Entre difficulté à se fournir en canetons et défi de garder son élevage non contaminé, la production de foie gras est un vrai parcours du combattant cette année. Le produit phare des fêtes de fin d’année sera donc plus rare et plus cher. En moyenne, la tranche de 40 grammes devrait coûter autour de quatre euros, soit une augmentation de 50 centimes cette année.

« On sait déjà que certains restaurants font une croix dessus pour les fêtes » affirme l’Association des producteurs de foies gras normands. Si le coût du produit augmente, ce n’est pas uniquement à cause de la pénurie en cours : c’est aussi à cause de l’inflation et de la guerre en Ukraine, « le prix des céréales qui servent à nourrir mes canards a explosé » rapporte Alain Langlois, éleveur dans la Manche. Cette année il vendra ses pots de 180 g de foie gras à 24 euros au lieu de 21 euros.

Pour espérer trouver du foie gras, le CIFOG conseille aux consommateurs de s’y prendre à l’avance. « Certains ont déjà commencé leurs courses de Noël » constate dans sa boutique Bertrand Souchard, éleveur en Vendée. « Les clients sont arrivés un mois plus tôt que d’habitude, ils se précipitent pour être sûrs d’en avoir sur la table en décembre ». Les pays voisins concurrents, la Hongrie et la Bulgarie, ne devraient pas être en mesure de pallier le recul de l’offre française. Ils ont eux aussi été impactés par la grippe aviaire, et « ils dépendent des canetons de chez nous », souligne la filière.

L’espoir d’un vaccin pour 2023

La grippe aviaire est devenue un stress permanent pour les éleveurs. « On s’inquiète dès qu’on voit un cormoran ou un goéland passer au-dessus de l’élevage » confie Alain Langlois, dont les volailles ont été contaminées en juillet dernier par les oiseaux marins. C’est en effet le schéma classique de transmission du virus : les volailles d’élevage sont initialement contaminées par les oiseaux sauvages infectés, notamment des oiseaux migrateurs qui emportent avec eux le virus sur des kilomètres. Les volailles se contaminent ensuite entre elles, d’autant plus violemment lorsqu’elles sont en élevage intensif.

La grippe aviaire est devenue endémique en France, c’est-à-dire qu’elle sévit de manière chronique, décimant la faune sauvage d’un côté et faisant tout perdre aux éleveurs de l’autre. À l’heure où l’épidémie reprend de plus belle et que l’ensemble des volailles françaises ont dû à nouveau être confinées, le vaccin contre la grippe aviaire est attendu avec impatience par les professionnels du secteur.

« On hâte de pouvoir refaire de l’élevage en plein air : c’est à la fois mieux pour le bien-être des canards et pour la qualité de la viande » rapporte Alain Langlois. Cette année, les confinements à répétition obligent à suspendre les mentions de l’élevage plein air des cahiers des charges de productions réputées, comme le canard à foie gras du Sud-Ouest. Une expérimentation du vaccin contre la grippe aviaire est en cours en Europe, il est attendu au mieux pour début 2023.

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