Foie gras: une filière à terre qui parie sur sa reconstruction

Isabel MALSANG
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Canards d'élevage confinés à cause de la grippe aviaire, le 22 février 2017 à Bourriot-Bergonce (Landes)

Paris (AFP) - Trois millions sept cent mille canards abattus, 250 millions d'euros de pertes: Les producteurs de foie gras du Sud-Ouest ont dressé jeudi le bilan d'une année 2016 mortifère et présenté un plan radical pour éradiquer les problèmes sanitaires liés au virus H5N8, fléau des palmipèdes.

Dans cinq départements du Sud-Ouest de la France (Landes, Gers, Lot-et-Garonne, Hautes-Pyrénées et Pyrénées Atlantiques), terroir de la gastronomie des produits du canard, les élevages se sont vidés depuis début janvier au fur et à mesure de la mise en oeuvre des mesures d'euthanasie des canards suivant l'évolution du virus "très virulent", qui met les nerfs des acteurs de la filière à vif.

La crise est d'autant plus prégnante qu'elle affecte la consommation de foie gras: l'an passé, les ventes en supermarché ont baissé de 9% à 4.836 tonnes.

"Nous sommes particulièrement éprouvés, affectés" a dit à la presse jeudi à Paris, Christophe Barrailh, président du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG) qui regroupe toute la filière, des naisseurs de canetons aux fabricants de foie gras.

En plus des 3,7 millions de canards abattus, le CIFOG estime à 6 millions le nombre de palmipèdes qui n'ont pas pu être mis en production depuis le début de l'épizootie (épidémie animale).

Ce sont donc "9,7 millions de canards perdus pour la production française de foie gras" a estimé le CIFOG, qui chiffre à "plus de 250 millions d'euros" les pertes pour la filière, soit plus du double de ce qu'il avait estimé lors de sa dernière conférence de presse le 19 janvier.

Pour la filière volailles de chair, également touchée dans la région avec 1.500 élevages dépeuplés, les pertes sont estimées à 90 millions d'euros, a ajouté Anne Richard de l'Institut technique de l'aviculture (Itavi).

Si la prévalence du virus continue de baisser, les professionnels espèrent pouvoir redémarrer l'élevage de canards en "mai", après nettoyage et désinfection des exploitations, selon M. Barrailh.

Mais l'opération d'abattage massif de palmipèdes, entamée en janvier, n'est pas encore totalement parvenue à enrayer le virus. Il y a des résurgences, notamment dans le Lot-et-Garonne, au nord et au sud, a précisé François Landais, vétérinaire.

"Si les élevages redémarraient mi-mai, les premiers abattages pourraient avoir lieu en septembre" a dit à l'AFP Michel Fruchet, directeur général de la coopérative Val de Sèvre (Delpeyrat) en Vendée, et vice-président du CIFOG, "le plus dur est de n'être sûr de rien encore".

- "Révolution" et investissements -

Mais l'activité ne reprendra plus dans les mêmes conditions. "La reprise va passer par un modèle de rupture, une révolution" a estimé M. Barrailh, afin de "sécuriser la filière et de la rendre plus forte face aux épidémies".

Une série de mesures, de contrôles sanitaires stricts et de changements dans les processus d'élevage sont prévus. Le principe de l'élevage en plein air sera maintenu, car il représente "l'ADN" de la filière, a affirmé M. Barrailh.

Mais des dispositions vont être prises pour protéger les animaux en période de risque élevé, lors du passage des oiseaux migrateurs, vecteurs de l'épidémie.

Les éleveurs devront être capables de garder les oiseaux à l'intérieur du 15 novembre au 15 janvier, ce qui va mathématiquement réduire les densités d'animaux, et être contraints de construire de nombreux bâtiments.

Si aucun bâtiment n'était construit d'ici l'automne, et compte-tenu des autres mesures mises en place -comme des vide-sanitaires obligatoires entre le départ d'une génération de canards et l'arrivée d'une nouvelle- le nombre de canards produits chaque année pourrait théoriquement chuter de 30% par rapport à une année normale, selon un calcul de M. Barrailh.

Pour maintenir le même niveau de production, les producteurs devront construire environ un millier de bâtiments de 400 mètres carrés chacun, à un coût de construction de quelque 100.000 euros l'unité, selon le CIFOG.

Les intervenants extérieurs à la profession (transporteurs, attrapeurs...) vont aussi être mieux formés aux risques de propagation des épidémies et contraints à des mesures sanitaires renforcées.

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