Le FN consulte ses adhérents, "clé de voûte" de la refondation du parti

Elia VAISSIERE
Le Front national a dévoilé mardi sa "grande consultation", document de près de 80 questions visant à mieux connaître les adhérents et à leur permettre de donner leur vision du "nouveau Front" devant émerger lors du congrès de mars

Nanterre (AFP) - Le Front national a dévoilé mardi sa "grande consultation", document de près de 80 questions visant à mieux connaître les adhérents et à leur permettre de donner leur vision du "nouveau Front" devant émerger lors du congrès de mars.

Alors que le parti est en crise, affaibli par son large échec au second tour de la présidentielle et le départ de Florian Philippot en septembre, Marine Le Pen cherche à rebondir et à ré-asseoir sa légitimité en s?attelant à la rénovation du parti.

Après un séminaire en juillet et une tournée auprès des militants, ce questionnaire et des débats organisés dans les 95 fédérations par "17 ou 18 ambassadeurs" doivent préparer le congrès du FN prévu à Lille les 10 et 11 mars 2018.

Les 81.000 "adhérents statutaires" (à jour de cotisation ou ayant 12 mois de retard maximum) recevront cette semaine ce document, "clé de voûte de la refondation", abordant la "forme, le fond et le fonctionnement" du mouvement, avec notamment des "questions thématiques sur la ligne politique du FN", sur le "fonctionnement des fédérations" ou sur l'éventuel changement de nom ou de logo du parti, a expliqué Jordan Bardella, l'un des porte-parole du FN, lors d'une conférence de presse.

Ceux qui le souhaitent pourront suggérer un "nouveau nom".

Ouverte jusqu'au 1er décembre, la consultation a pour but d'aider Marine Le Pen à "bâtir les nouveaux statuts" du parti, qui "n'ont pas changé depuis 1972", a expliqué M. Bardella, espérant "plusieurs milliers de retours".

La première partie dresse le profil de l'électeur: âge, sexe, situation familiale et professionnelle, niveau d'études, et même les sources d'information et médias de prédilection. L'adhérent est notamment invité à se situer "sur l'axe traditionnel droite-gauche", et à donner son avis sur la pertinence de cette alternative par rapport au "clivage patriote-mondialiste".

Il peut également faire des remarques sur l'organisation, la stratégie, ou de possibles futures alliances avec d'autres "personnalités politiques", dire ce qu'il "attend" du congrès et de la refondation. Espère-t-il une "redéfinition de la stratégie", du "projet", ou encore "l'émergence de nouveaux visages ?" Plus surprenant, le FN sonde ses électeurs sur leur "personnalité politique de référence", vivante ou morte.

- La sortie de l'euro en question -

La deuxième partie du questionnaire porte sur le "fond" du programme: questions européennes, immigration, emploi, éducation et citoyenneté, questions sociétales, écologie...

"Tous les thèmes sont abordés sans tabou", y compris ceux susceptibles de "faire grincer des dents", a dit M. Bardella. Les adhérents pourront en effet se prononcer sur des questions qui divisent le Front, comme l'appartenance à l'UE ou la sortie de l'euro. Le FN doit-il défendre la "souveraineté monétaire" et faire de cette question une "priorité" ?

Ces interrogations divisent le parti, en particulier depuis le départ de Florian Philippot, et les réponses des adhérents pourraient justifier un changement de ligne, une éventuelle droitisation ou un gommage des diatribes anti-euro et anti-UE.

D'autres thématiques traditionnelles du FN, comme l'immigration, sont abordées: doit-elle rester un des "thèmes principaux" du programme? Faut-il la limiter de façon "drastique"?

Le maintien des 35h ou la retraite à 60 ans, la suppression de l'ISF, le retour du service militaire, le mariage homosexuel, l'accès à la PMA et à la GPA, l'interdiction de l'euthanasie, le rétablissement de la peine de mort ou l'institution d'une "peine de prison à perpétuité réelle incompressible" font également partie des nombreuses questions traitées.

Cette consultation, "c'est un devoir qu'on a vis-à-vis de nos adhérents", a assuré un autre porte-parole, Sébastien Chenu.

Prochaine étape: aller à la rencontre des militants grâce aux "ambassadeurs", des élus locaux ou "jeunes espoirs" du parti envoyés en mission pour "ramener dans nos filets des propositions et des idées", a-t-il dit.

Et si, à la différence de la direction du parti, les militants ne souhaitent pas changer le nom ou abandonner le logo de flamme tricolore ? "Marine Le Pen prendra acte", a assuré M. Chenu, persuadé "à titre personnel" que les adhérents souhaitent "passer à un autre chapitre de l'histoire".

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