Fini Fox News, Trump préfère OAN, sombre chaîne d'extrême droite

Maxime Bourdeau
Fini Fox News, Trump préfère OAN, sombre chaîne d'extrême droite (Photo: Maxime Bourdeau/Le HuffPost avec Getty)

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE - La lune de miel a du plomb dans l’aile. Le grand amour entre Fox News et Donald Trump, qui semblait parti pour durer ad vitam aeternam, semble tourner au vinaigre au fur et à mesure qu’approche l’élection du 3 novembre 2020.

Depuis quelques semaines, la chaîne de télévision ultra conservatrice est la cible de messages rageurs du président dont les attaques étaient jusqu’alors généralement réservées aux médias plus à gauche, comme CNN ou le New York Times. La raison: Fox News ne le soutiendrait plus suffisamment. Mais pas seulement. Ce dernier a surtout déniché un autre allié, davantage à son goût, qu’il veut pousser dans la lumière.

Qui? La One America News Network. Plus souvent désigné par son sigle OAN (ou AONN), ce canal quasi inconnu du grand public revient de plus en plus dans les interventions du dirigeant américain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il mérite le détour. 

Je t’aime, moi non plus 

Depuis le début de son mandat, Donald Trump et Fox News étaient main dans la main: la chaîne était rapidement devenue aussi bien un porte-voix pour le président, qu’une source d’inspiration pour sa politique. Comme dans toute relation, il existe cependant toujours quelques tensions qui vont et viennent. 

Si les programmes emblématiques font ouvertement la promotion du président et ses idées ou choisissent d’éviter certains sujets à charge, quelques voix dissidentes se sont plusieurs fois fait entendre. Dont celle de Chris Wallace. Liberté de la presse, mur frontalier avec le Mexique, procès en destitution... Ce journaliste est l’une des rares figures de la chaîne à s’être fait remarquer en appuyant là où cela faisait mal pour l’administration Trump. 

 

De quoi agacer le président, certes, mais pas au point d’abîmer la loyauté mutuelle qui existe entre lui et Fox News. Puis la quarantaine est arrivée et a apparemment exacerbé -comme chez tout le monde- les crispations sous-jacentes.

Depuis le mois d’avril, Trump enchaîne donc les attaques envers la chaîne, énervé de se voir critiqué pour sa promotion de l’hydroxychloroquine, que l’on accorde du temps d’antenne à son ennemie politique Nancy Pelosi, que l’on y diffuse des sondages défavorables, que le canal “ne fasse rien pour aider les républicains à gagner le 3 novembre” et “compte plus d’anti-Trump que jamais”... En conclusion, il est temps “de chercher une autre chaîne!”, s’est-il emporté le 19 mai.

Patron de chaîne TV en cas de défaite?

Le hasard faisant bien les choses, il se trouve que Donald Trump a justement trouvé une autre option à proposer à l’électorat d’extrême droite et ses partisans. “Regarder Fox News l’après-midi pendant le weekend est une perte de temps totale. Il existe désormais de super alternatives, comme OANN”, vantait-il déjà début avril sur Twitter. 

OANN, la One America News Network, Donald Trump n’est probablement pas tombé dessus par hasard en zappant un jour de colère contre Fox News: selon son propre patron, seuls 35 des 120 millions de foyers américains peuvent accéder à cette chaîne qui offre relativement peu de contenus exclusifs en dehors de ses émissions sous forme d’édito.

Non, si Donald Trump s’intéresse à OAN c’est d’abord car cette chaîne née en 2013 se décrit fièrement comme “l’un de ses plus grands soutiens”. Et pour cause, elle a été la première à diffuser en direct les discours du milliardaire dès 2015, avant d’imposer à ses employés, selon des témoignages au Washington Post, une couverture positive de sa campagne.

Mais le président y a également repéré un autre intérêt moins politique. En janvier et en avril, le Wall Street Journal et Vanity Fair ont assuré que le milliardaire et des soutiens tentaient d’acheter la chaîne pour environ 250 millions de dollars. Ce qui offrirait à Trump, si jamais les Américains ne lui accordaient pas de second mandat, une possible reconversion à la tête d’un média acquis à sa cause, au sein duquel il pourrait tout dicter. Une aubaine pour le septuagénaire qui voit des “fake news” dans tous les articles et reportages qui lui sont défavorables. 

Invitée envers et contre tous

En attendant un rachat ou non d’OAN, le président en fait la promotion dès que l’occasion se présente. Très régulièrement sur Twitter et... au beau milieu de ses conférences de presse quotidiennes dédiées à la gestion du coronavirus, retransmises sur des chaînes grand public.

“OAN, très bien, merci beaucoup, ils me traitent très bien”, pouvait-on notamment l’entendre se féliciter mi-mars en donnant la parole à Chanel Rion, journaliste emblématique de la chaîne. Et difficile pour lui de dire le contraire vu la teneur des questions qui suivent, souvent sous la forme d’un commentaire en faveur de sa politique ou sa personne.

“Pensez-vous qu’il est raciste de dire que l’on ‘commande chinois’ parce que cette nourriture est née en Chine? Parce que les grands médias de gauche sont de mèche avec le gouvernement chinois pour vous qualifier de raciste parce que vous parlez du ‘virus chinois’ (au lieu du coronavirus, ndlr)”, lui demande par exemple la journaliste ce jour-là, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

 

La présence d’OAN a cependant tourné court quand, quelques jours plus tard, la journaliste a enfreint les règles sanitaires liées au Covid-19 dans la salle de presse et a été bannie par l’association des correspondants de la Maison Blanche.

Mais c’était sans compter sur l’aide directe du président. Alors que les journalistes officiellement accrédités sont assis, espacés de plusieurs sièges vacants par mesure de sécurité, la journaliste est revenue, debout, début avril. Sans autorisation officielle de presse, elle n’a pas le droit s’asseoir sur une des chaises, mais, expressément invitée par la Maison Blanche, elle peut techniquement se tenir dans un coin de la pièce.

Théories du complot à foison

Un étrange manège qui permet à Chanel Rion de continuer à intervenir, comme ce 22 mai quand, depuis le fond de la salle, elle a demandé à la porte-parole du président si ce dernier envisageait de “gracier Obama pour l’avoir illégalement espionné”. Une accusation promue par Trump en mars 2017 qu’aucune enquête officielle n’a jamais pu prouver.

Love HuffPost? Become a founding member of HuffPost Plus today.

 

Ce genre de sorties qui font la promotion de théories du complot, OAN et sa figure de proue en ont l’habitude. La jeune femme a notamment partagé une histoire, démentie par les autorités, selon laquelle un vol à main armée qui a coûté la vie à un employé du parti démocrate en 2016 était en fait un assassinat politique lié aux emails de Hillary Clinton ou à la diffusion par Wikileaks d’emails du parti.

Récemment, Chanel Rion a aussi diffusé l’idée que le coronavirus avait été créé dans un laboratoire américain pour détruire l’économie ou s’est encore indignée que les grands médias ne se penchent pas sur l’“Obamagate”, que Donald Trump dénonce sans pouvoir en donner les détails.

“OANN ce sont des Great News, pas de Fake News. Tous les opérateurs devraient la proposer”, estime ainsi le président qui partage même sur Twitter des offres d’abonnement. À sa future chaîne?

 

À voir également sur Le HuffPost: Sarah Cooper, l’actrice qui double Donald Trump à la perfection sur TikTok

LIRE AUSSI:

Le coronavirus donne à Trump un avantage inattendu sur Biden

Si vous prenez de l'hydroxychloroquine en traitement préventif comme Trump, voici ce que vous risquez

This article originally appeared on HuffPost.