Finale Italie-Angleterre: les Anglais avantagés par cet Euro-2020

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Mercredi 7 juillet, les joueurs de l'équipe d'Angleterre de football ont célébré leur qualification pour la première finale d'Euro de leur histoire devant leur public, dans le stade de Wembley à Londres. (Photo: CATHERINE IVILL / POOL / AFP)
Mercredi 7 juillet, les joueurs de l'équipe d'Angleterre de football ont célébré leur qualification pour la première finale d'Euro de leur histoire devant leur public, dans le stade de Wembley à Londres. (Photo: CATHERINE IVILL / POOL / AFP)

FOOTBALL - Is it really coming home? Depuis un quart de siècle et la sortie du morceau éponyme, l’Angleterre du football s’amuse à chaque compétition internationale de son propre malheur et du fait de n’avoir plus rien gagné depuis la Coupe du monde 1966. Mais en cet été 2021, en dépit de la résurgence du Covid-19 liée à la propagation du variant Delta, nos voisins se prennent à rêver: et si le ballon rond revenait vraiment dans le pays qui l’a inventé?

Car ce dimanche 11 juillet à 21 heures, dans l’écrin du stade de Wembley, l’Angleterre affronte l’Italie en finale de cet Euro 2020, repoussé d’un an à cause de la pandémie. Une première à ce niveau dans l’histoire de la sélection anglaise, qui vient récompenser une génération dorée en pleine progression depuis la déroute de l’Euro français, en 2016, et une élimination piteuse face à l’Islande.

Sauf qu’il y a un hic. Car des voix toujours plus nombreuses s’interrogent: et si les Anglais avaient été favorisés par le déroulement de ce tournoi? Et pour cause, entre les adversaires rencontrés, les conditions dans lesquelles se sont jouées les rencontres et les mesures sanitaires en place, il serait aisé de dire que les Britanniques n’ont pas eu le parcours le plus ardu qui soit. Explications.

Un Euro dans 11 pays? Pas pour tout le monde

On l’a suffisamment répété, mais cet Euro n’a rien de conventionnel et se déroule dans onze pays. Un format voulu comme une célébration de l’Europe, soixante ans après le premier tournoi continental, qui a par exemple conduit l’équipe de France à disputer ses matches à Munich contre l’Allemagne, à Budapest contre la Hongrie ou encore à Bucarest contre la Suisse. Des matches à l’extérieur, parfois même chez un pays hôte, le tout entrecoupé de retours en banlieue parisienne où était établi le camp de base des Bleus.

Mais les Anglais, eux, n’ont absolument pas vécu cette expérience-là de l’Euro. Sur leurs sept matches dans la compétition (en comptant la finale à venir), ils en auront joué six... à Londres, chez eux, dans leur stade de Wembley. Ainsi, quand la Suisse aura parcouru plus de 13.000 kilomètres en avion pour aller d’une rencontre à l’autre, les Anglais, eux, en auront fait moins de 1500 tout en jouant deux matches supplémentaires. Et cela sans même évoquer les autres difficultés induites pour les adversaires par de tels mouvements (les trajets en bus, la fatigue, les contrôles, les contraintes sanitaires...).

Un avantage non négligeable au sortir de 18 mois parasités par la pandémie, durant lesquels les footballeurs ont enchaîné les déplacements, les voyages et les matches à un rythme encore jamais vu (qui a poussé les instances à autoriser cinq remplacements au cours d’un match pour soulager les organismes contre trois d’ordinaire et à autoriser des listes de 26 joueurs contre 23 habituellement).

Le poids du peuple

Cette répartition des rencontres signifie aussi que six des sept adversaires que les Three Lions auront croisés durant l’Euro ont évolué sur la pelouse fétiche des Anglais. Sur une pelouse bien connue et devant une foule entièrement acquise ou presque à la cause des locaux: 20.000 supporters au premier tour, 40.000 en huitième de finale face à l’Allemagne et enfin 60.000 pour la demie et la finale. Ce qui fait dire à Vincent Duluc, la grande plume du foot à l’Équipe, que Wembley “est redevenu pour la première fois depuis sa réouverture en 2007 un temple de l’équipe nationale”.

Comme le note le journaliste, si les Anglais triomphent à ce point à domicile ce n’est pas seulement parce qu’ils sont chez eux, mais aussi parce qu’ils y sont incontestés. Encore et toujours à cause du Covid, les supporters adverses n’ont effectivement pas eu le droit de se déplacer en grand nombre au Royaume-Uni; il n’y aura qu’un millier de supporters venus d’Italie pour la finale. Résultat: les Three Lions évoluent presque toujours dans une arène qui leur est entièrement dévouée. Une situation rarissime dans une compétition d’une telle ampleur.

Alors oui, les Danois -très nombreux à vivre dans la capitale anglaise- avaient quelques milliers d’expatriés à faire venir au stade pour la demi-finale, mais Wembley n’avait rien d’un stade équitablement garni, comme c’est d’ordinaire le cas dans de telles situations. Dans le monde d’avant-Covid en tout cas. Car même en 2016, quand l’Euro ne se déroulait qu’en France, les adversaires des Bleus étaient largement encouragés en tribune.

Un tableau avantageux

Et puis il y a l’aspect sportif. Car si les Italiens ont également eu le luxe de disputer leurs trois premières rencontres chez eux, à Rome, ils ont aussi dû sortir certains des cadors de la compétition; ce fut le cas en huitièmes avec la Belgique que beaucoup annonçaient favorite du tournoi ou en demie contre une Espagne revenue à un très haut niveau. Cela a offert au public quelques-unes des plus belles parties de l’Euro mais surtout un surplus de fatigue avant la finale aux partenaires de Marco Verratti.

L’Angleterre, elle, n’a pas franchement fait face à la même adversité. Jugez plutôt. Au premier tour, les coéquipiers de Harry Kane ont affronté des Croates aux cadres vieillissants, puis l’Écosse qui n’avait plus connu un tel niveau de compétition depuis 1996 et enfin des Tchèques séduisants mais insuffisamment dotés pour résister à l’armada britannique. Puis en huitièmes, c’est l’Allemagne miraculée après être passée tout proche de l’élimination au premier tour qui été proposée avant un affrontement en quarts face à l’Ukraine déjà ravie d’être parvenue aussi loin (pour le seul match à l’extérieur des Anglais). Et en demie, le tableur leur a proposé des Danois miraculés après le choc Eriksen et deux défaites au premier tour qu’ils ont seulement éliminés sur un penalty douteux. Tant est si bien que les Three Lions n’ont pas véritablement connu d’affrontement au sommet jusqu’à présent dans l’Euro.

Autant d’éléments qui expliquent que le tournoi historique de la sélection anglaise est parfois remis en cause dans son caractère exceptionnel. Sauf que la morale et le mérite n’ont jamais fait les vainqueurs en football, et que si l’Angleterre triomphe ce dimanche de la plus belle équipe de la compétition, l’Europe du foot n’aura plus qu’à s’incliner devant ce champion novice qui aura su mieux que n’importe qui d’autre en 2021 profiter d’une magnifique occasion de ramener, enfin, la coupe à la maison.

À voir également sur Le HuffPost: Les supporters fêtent la qualification historique de l’Angleterre en finale de l’Euro

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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