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Fin de la trêve hivernale, inquiétude des associations

Manifestation organisée par l'ONG "Médecins du Monde" pour dénoncer les mauvaises conditions de logement, à Bordeaux, le 27 mars 2024 (Philippe LOPEZ)
Manifestation organisée par l'ONG "Médecins du Monde" pour dénoncer les mauvaises conditions de logement, à Bordeaux, le 27 mars 2024 (Philippe LOPEZ)

La trêve hivernale prend fin ce dimanche sur fond de profondes inquiétudes des associations qui redoutent un nombre record d'expulsions locatives sous l'effet d'une nouvelle loi accélérant les procédures en cas de loyers impayés.

Il sera de nouveau possible d'expulser des locataires de leur logement à partir de lundi, après cinq mois d'interdiction de cette mesure, sauf exceptions, imposée par la loi.

Environ 140.000 personnes sont menacées d'être expulsées de leur logement en 2024 par les forces de l'ordre ou en quittant d'elles-mêmes leur logement sous la contrainte de la procédure, selon les chiffres de la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.

"Bien souvent, aucun hébergement n'est plus proposé aux personnes expulsées", dénonce Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. "Des ménages vulnérables avec des enfants en bas âges ou des personnes âgées peuvent se retrouver à la rue."

A 50 ans, Ikhou a quatre mois pour quitter son logement. "J'ai emménagé dans mon appartement en 2020 et juste après j'ai perdu ma fille", raconte cette mère de famille de Seine-Saint-Denis. Dépressive après ce drame, elle a perdu son travail. "J'ai une dette de 5.000 euros aujourd'hui et je ne sais pas comment faire", confie Ikhou, qui a toujours un fils de 15 ans à charge.

Les associations de lutte contre la précarité qui jugeaient la situation déjà "alarmante" en 2023, craignent que la loi Kasbarian, une nouvelle réforme adoptée en juin 2023, ne viennent aggraver le quotidien des mal-logés.

Le loi, qui entend mieux protéger les propriétaires contre l'occupation illégale, accélère entre autres les procédures en cas de loyers impayés.

"Cette loi est cynique, c'est un modèle brutal pas social", a dénoncé le porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL) Jean-Baptiste Eyraud.

Autre cheval de bataille du DAL, les Jeux olympiques, synonymes, selon l'association, de "congés locatifs frauduleux donnés par les propriétaires pour faire de l'argent en logeant les touristes".

L'agence départementale d'information sur le logement (ADIL) de Paris a recensé 28% de congés locatifs invalides sur la période allant de septembre 2023 à février 2024, contre 19% en 2022.

La politique d'accès au logement menée par le gouvernement a fait jeudi l'objet d'un avis sévère de la part de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH), son président pointant un "manque de volonté politique".

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