Fin de la guerre au Haut-Karabakh: les habitants de la région entre incertitude et colère

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La guerre est finie au Haut-Karabakh, les déplacés qui s'étaient réfugiés en Arménie sont appelés à rentrer. Ceux-là ont bien du mal, après six semaines de guerre, à y croire. Goris, région encore fermée et interdite sauf aux humanitaires et aux soldats, est située à une vingtaine de kilomètres de ce qui n'est plus le Haut-Karabakh, mais une reconquête azerbaidjanaïse. Reportage.

Avec notre envoyée spéciale à Goris, Anissa El Jabri

Quand on monte de la capitale jusqu’à Goris on ne voit qu’elles dans l'autre sens, des voitures ou des camionettes pleines à craquer. Elles débordent de valises et de meubles. Les déplacés quittent la ville pour la capitale Erevan.

Goris, qui était une plaque tournante pour les familles venues du Haut-Karabakh, est désormais vide. Dans un hôtel du centre-ville on entend encore quelques rires d'enfants, mais sur 280 personnes au plus fort du conflit seule reste encore une centaine.

« Je ne suis pas une traître, je n'abandonne pas ma patrie, mais je ne vois pas quel sens il y a à retourner là-bas. Tout est possible avec les Azerbaïdjanais, après ces 6 semaines de guerre on le voit bien. Même au tout début quand a on fui en voiture ils nous tiraient dessus, nous les civils sur la route. »

Maria vient du village d’Askeran, une ville quasiment sur la frontière avec l’Azerbaidjan. Partie juste après le début de la guerre fin septembre avec ses papiers d'identité et quelques vetements, elle ne veut plus rentrer dans sa ville très abimée par les bombardements.

« Et en attendant on vit où ? Et les gens de Hadrout qui est devenu un territoire de l'Azerbaïdjan, ils vont habiter où ? Ces 10 500 habitants personne ne parle d’eux. » Maria attend toujours le retour de son fils qui fait son service militaire et celui de son mari qui n’est toujours pas démobilisé.

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♦ District de Kelbadjar : les gens déménagent et ne laissent rien

Dans le conflit du Haut-Karabakh, les habitants de la province indépendantiste et des districts autour de celles-ci vivent la signature du cessez-le-feu comme une tragédie. Aucun des environs 17 000 habitants de ces districts ne veut y rester, ceux-ci étant sur le point de revenir sous le contrôle de l’Azerbaïdjan. C’est le cas notamment du district de Kelbadjar, où les habitants s’emploient à vider leur maison avant le 15 novembre, jour du retour du district sous contrôle de Bakou selon l’accord signé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sous l’égide de la Russie.
Récit, d’une journée entre larmes et colère, avec notre envoyé spécial dans le district de Kelbadjar, Régis Genté.

Devant la plupart des maisons de la bourgade de Karvatchar, on entasse toute une vie dans un Gaz, ces camions soviétiques couleur bleu ciel. Dans la benne, on dépose lits, canapés, ustensiles de cuisine, le tout la rage au cœur.

La rage de devoir abandonner des maisons souvent baties de ses propres mains après la fin de la guerre d’indépendance de 1991-94, pour des habitants alors démunis de tout étant réfugiés de districts d’Azerbaïdjan.

Certains ont tellement la rage qu’ils incendient leur maison avant de partir pour l’Arménie. Pas question de laisser ses richesses aux Azerbaïdjanais. On démonte parfois jusqu’aux portes et fenêtres des maisons et des bâtiments administratifs.
Partout le long des routes du district de Kelbadjar, les tronçonneuses font tomber les arbres pour emmener le bois avec soi. Des engins de levage démontent les grosses pièces des sous-stations électriques.

Sur les routes, cela donne de curieux cortèges composés de camions chargés de bois, de vieilles voitures soviétiques et de 4x4 transportant frigidaires et baluchons sur la galerie, de moissoneuses batteuses et de bétaillères.