"La fin d'un parcours du combattant": un homme ayant sauvé une famille à Nantes a été naturalisé français

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Mohammed Zampou à Nantes ce vendredi. - BFMTV
Mohammed Zampou à Nantes ce vendredi. - BFMTV

"Je suis arrivé à la rame comme des milliers d'autres, mais quand je vois où j'en suis aujourd'hui, je ne regrette pas". Lorsqu'il est arrivé sur le sol français par la mer en 2013, Mohamed Zampou avait à peine 16 ans. Huit ans plus tard, il travaille désormais en CDI en tant que désamianteur à Nantes et vient tout juste d'être naturalisé français par la préfecture de Loire-Atlantique.

Il faut dire que le 28 mars dernier, le jeune homme de 24 ans né en Côte d'Ivoire avant de grandir au Burkina Faso, était devenu le héros de la ville de Nantes. Ce jour là, il avait escaladé à mains nues la façade d'un immeuble en feu dans le quartier Bottière afin de sauver la vie d'un couple et de leur bébé de six mois qui étaient piégés au troisième étage.

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Un dimanche pas comme les autres

Mohamed Zampou raconte à BFMTV.com que ce dimanche-là, il "jouait au foot avec quelques amis, comme tous les week-ends. "J'étais en avance alors je suis allé acheter un paquet de cigarettes. Puis sur la route j'ai eu l'impression qu'il y avait du brouillard devant moi".

"J'ai trouvé ça bizarre qu'il y ait du brouillard en pleine journée, alors qu'il faisait beau, et au fur et à mesure que j'avançais, je me suis rendu compte que ce n'était pas du brouillard mais de la fumée", poursuit-il. "Alors j'ai garé ma voiture, je me suis approché et là j'ai vu des jeunes qui faisaient tout leur possible pour secourir une famille coincée au 3e étage. Ils avaient mis un matelas pour recueillir le bébé".

Devant le bâtiment en proie aux flammes, Mohamed Zampou saute "pour atteindre la barre de la fenêtre du 1er étage", et "continue à grimper comme ça jusqu'au 3e. J'ai mis la dame sur mon dos et l'ai descendue, puis les autres jeunes qui étaient là ont suivi et m'ont aidé" jusqu'à l'arrivée des pompiers, raconte-t-il, avant d'ajouter: "Ensuite je suis retourné à mon match de foot mais c'est une satisfaction d'avoir pu sauver des vies".

"Quand je l'ai appris, j'ai sauté de joie"

Cet acte héroïque a-t-il accéléré le processus de naturalisation? Mohamed Zampou l'ignore, mais il ne l'exclut pas. "Peut-être que ça a joué, oui car le jour où le préfet m'a remis le décret de naturalisation, il a tenu à me féliciter pour ma bravoure", confie le jeune homme à nos confrères de Ouest France. Toutefois, précise-t-il, "j'avais déjà déposé mon dossier et je remplissais toutes les conditions pour obtenir la nationalité française".

Le Nantais avait déjà fait une demande de naturalisation en 2016, mais à l'époque celle-ci avait été ajournée faute de ressources et de logement.

Alors l'acceptation de sa demande, il l'a "apprise par mail" cet été alors qu'il était en vacances au Burkina Faso. "Quand j'ai ouvert le mail, j'ai sauté de joie", raconte Mohamed Zampou. "C'était la fin de tout un parcours du combattant. J'étais super heureux, super content et j'ai tout de suite mis fin à mes vacances pour pouvoir assister à la cérémonie de naturalisation à Nantes. Enfin, ça se concrétisait".

"L'Europe de la télé et la réalité, pas la même chose"

Aujourd'hui, il évoque "avec émotion" sa cérémonie de naturalisation: "se rendre à la préfecture en tant que Français, et être reçu dans cette salle-là, c'était unique. Recevoir ce document de la main du préfet, c'est inexplicable".

"Avec quelques compagnons de route, on a traversé la mer à la rame pour rejoindre l'Espagne et on a été secourus par la Croix Rouge", raconte encore le jeune homme.

"Je suis parti de chez moi parce que je voulais absolument continuer les études. C'était ça le point de départ", développe celui qui a dû traverser plusieurs pays dont le Maroc dans l'espoir de rejoindre l'Espagne. "Quand on traverse le désert, on est conscient que ça va être compliqué. C'est un milieu qui ne nous est pas familier, comme la mer, surtout quand on ne sait pas nager. On sait qu'on prend un risque. Mais on se console en se disant qu'une fois de l'autre côté, tout ira mieux. Puis une fois arrivés, on se rend compte que l'Europe de la télé et la réalité, ce n'est pas la même chose."

Le rêve de devenir pompier

Une fois le pied sur la péninsule ibérique, l'adolescent qui parle déjà très bien français décide finalement de passer la frontière française pour rejoindre Paris, puis Nantes. "Une ville que je n'ai jamais quittée", dit-il en souriant.

"J'étais d'abord à Paris mais là-bas tout était trop compliqué, alors j'ai contacté un ami qui se trouvait à Nantes et je l'ai rejoint. On vivait dans un squat. C'est là qu'a demarré l'aventure". Être en Europe, "c'était à la fois une satisfaction et un choc", se souvient Mohamed Zampou.

À Nantes, il s'inscrit donc en seconde au lycée St Félix-La Salle, y passe trois ans puis passe son baccalauréat. "Ensuite j'ai fait un an de césure, j'ai travaillé un peu dans le BTP pour rentrer voir la famille". À son retour, il entreprend un BTS en alternance dans le recyclage du plastique avec l'entreprise Suez, ce qui lui ouvre les portes d'un CDI. Maintenant qu'il est Français, le jeune homme explique qu'il "ne lui reste plus qu'à s'améliorer en natation" s'il veut rejoindre la formation de pompier qui le fait tant rêver.

Article original publié sur BFMTV.com

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