Fin des opérations contre les islamistes à Marawi aux Philippines

par Roli Ng et Manuel Mogato
À Marawi. Les autorités philippines ont annoncé lundi la fin des opérations militaires contre les islamistes à Marawi, ville du sud de l'archipel, après cinq mois de combats acharnés. /Photo prise le 22 octobre 2017/REUTERS/Romeo Ranoco

par Roli Ng et Manuel Mogato

MARAWI/CLARK, Philippines (Reuters) - Les autorités philippines ont annoncé lundi la fin des opérations militaires contre les islamistes à Marawi, ville du sud de l'archipel, après cinq mois de combats acharnés.

Le président philippin Rodrigo Duterte avait annoncé mardi dernier la libération de la ville, située dans l'ouest de Mindanao, île où la minorité musulmane est en proie à des mouvements de guérilla depuis les années 60.

Mais, depuis la "libération" annoncée de la ville, des combats étaient toujours en cours. Certains rebelles s'étaient retranchés dans des immeubles du centre de la ville et refusaient de se rendre.

On entendait encore lundi des tirs d'artillerie et des tirs à l'arme automatique. Des journalistes de Reuters ont aperçu des flammes derrière une mosquée. Les corps de 40 de ces combattants et ceux de deux de leurs épouses y ont été retrouvés ainsi que dans deux bâtiments voisins.

En neutralisant les derniers combattants, les Philippines ont "étouffé cette infrastructure naissante et vaincu le terrorisme", a déclaré le secrétaire à la Défense, Delfin Lorenzana, qui s'exprimait à Clark, lors d'une réunion des ministres de la Défense de la région.

"En écrasant ainsi la tentative la plus sérieuse d'exporter l'extrémisme et le radicalisme violent aux Philippines et dans la région, nous avons contribué à prévenir sa diffusion en Asie", a-t-il ajouté.

Six bataillons resteront à Marawi, a précisé le secrétaire à la Défense. Si la bataille a été gagnée, a-t-l dit, l'idéologie radicale de l'EI n'a pas été complètement éradiquée.

Il a remercié les Etats-Unis, la Chine, l'Australie et Singapour pour leur soutien technique et militaire.

L'occupation de la ville par les rebelles il y a cinq mois avait pris de court une armée sans expérience des combats en zone urbaine et fait craindre plus largement une influence croissante des partisans de l'Etat islamique sur le terrain. Certains estimaient que l'EI aurait pu utiliser l'île de Mindanao comme base pour ses opérations en Asie du Sud-Est.


"PLUS DE TERRORISTES"

Les islamistes à Marawi ont montré leur capacité à recruter de jeunes combattants, stocker des quantités d'armes importantes et à résister à une offensive terrestre et aérienne de 154 jours qui a dévasté la ville.

Selon un bilan fourni par les autorités, 920 combattants islamistes, 165 militaires et policiers et 45 civils sont morts dans cette guerre urbaine qui fait par ailleurs plus de 300.000 déplacés.

Un porte-parole de l'armée, le général Restituto Padilla, a confirmé qu'il y avait encore des échanges de tirs, mais qu'il n'y avait "plus de terroristes".

Selon le colonel Romeo Brawner, commandant en second de la force opérationelle à Marawi, l'offensive est terminée, mais les troupes doivent sécuriser la ville des combattants "à la traîne" qui pourraient encore s'y trouver.

"Si nous les trouvons et qu'ils attaquent nos soldats et même les civils", alors nous devrons nous défendre", a-t-il dit à la presse.

Depuis la mort lundi dernier d'Isnilon Hapilon, "émir" autoproclamé de l'Etat islamique pour l'Asie du Sud-Est, et d'Omarkhayam Maute, fondateur, avec son frère, d'un groupe de l'Etat islamique à Mindanao, l'armée philippine a fait des progrès importants dans la reprise de Marawi.

Un autre chef et possible financier de l'opération, le malaisien Mahmud Ahmad, a été sans toute lui ausi tué quelques jours plus tard.


(Avec Romeo Ranoco à Marawi et Neil Jerome Morales et Manolo Serapio Jr à Manille; Danielle Rouquié pour le service français)