Mon fils décédé n’est pas un ange, je ne suis pas une « mamange », je suis une mère endeuillée

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Coralina D.

DEUIL - Non, mon fils n’est pas un ange. Certain.es l’ont peut-être remarqué, je n’utilise jamais ici les noms pourtant fréquemment rencontrés dans le domaine du deuil d’un enfant : « ange », « mamange » ou encore « bébé arc-en-ciel ».

Alors non, Roman n’est pas un ange. Je ne l’ai jamais envisagé ainsi, pas une seconde. Outre le fait que je déteste les dogmes religieux, je trouve l’image de l’ange délicatement édulcorée pour désigner ce qu’on vit. Tout comme l’appellation « mamange » ou encore « parange » qui est si douce qu’elle donnerait presque l’impression d’un titre honorifique. On est loin, très loin, du fardeau qu’on se traîne au quotidien.

Mon fils décédé n’est pas un ange

Roman n’est pas un bambin potelé qui danse dans les nuages. Je regarde vers le ciel car je ne sais pas vers où projeter mon regard désespéré mais je ne le vois pas ainsi. Quand je me le représente, il est ce petit garçon de trois ans qui coexiste de son côté du voile. Il est mon fils, mon Veilleur, mon amoureux des arbres. Il n’est pas « au ciel », il est Ailleurs. Ou décédé, selon mon interlocuteur.

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Mon autre enfant n’est pas un bébé arc-en-ciel

Petite Pousse n’est pas un bébé arc-en-ciel, parce que l’arc-en-ciel vient après la pluie, et qu’ici la pluie n’a jamais complètement cessé. Elle n’est pas là pour guérir qui que ce soit en effaçant le drame qui nous a meurtris. Elle est là pour elle-même, elle s’intègre dans notre histoire sans la modifier. C’est pour cela que je préfère la designer comme « enfant d’après », ça marque sa particularité au contraire, ça évoque aussi toute l’épuisante ambivalence de cette parentalité particulière.

Je ne suis pas une mamange

Je ne suis pas une mamange, juste une maman endeuillée. Personne n’aurait envie de porter ce qualificatif, parce qu’il sent la lourdeur, le chagrin sans fin, l’arrachement à vif. Il sonne juste, il dit vrai.

Quitte à abattre les tabous, je préfère bien choisir mes mots. Je laisse les plus doux à ceux qui s’y retrouvent, que je respecte parfaitement dans leur choix. On vit tous cela comme on le peut. Mais non, mon fils n’est pas un ange. C’est ma tendresse de petit garçon.

Ce billet, initialement publié sur le compte Instagram Air & Ailes, a été reproduit sur Le HuffPost avec l’autorisation de son autrice.

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