Fillon, sous pression, appelle à la résistance

A 51 jours du premier tour de la présidentielle, l'incertitude était vendredi à son comble sur la suite de la campagne à droite : François Fillon, de plus en plus isolé dans son camp, est sous pression pour renoncer à sa candidature alors que les appels se multiplient en direction d'Alain Juppé. /Photo prise le 2 mars 2017/REUTERS/Jean-Paul Pelissier

PARIS (Reuters) - François Fillon, de plus en plus isolé dans son camp, a appelé vendredi ses partisans à "résister" et à se rassembler nombreux dimanche à ses côtés à Paris, alors que les appels se multiplient à droite et au centre en direction d'Alain Juppé.

Dans une vidéo postée vendredi sur son compte Twitter au terme d'une journée de spéculations sur un possible retrait, le candidat de la droite et du centre à la présidentielle, menacé d'une mise en examen le 15 mars, a clairement signifié son intention de tenir.

"Ne vous laissez pas faire, ne laissez personne vous priver de votre choix. Je vous demande de résister. Et plus encore, je vous inviter à aller de l'avant avec la résolution des hommes et des femmes libres", dit-il.

"Je vous donne rendez-vous dimanche prochain. Avec la force calme et la force assurée de ceux qui respectent nos institutions démocratiques, vous ferez entendre votre voix", ajoute-t-il.

"Je vous attends nombreux, très nombreux, pour montrer aux yeux de tous, ce qu'est la volonté populaire des militants de la France", ajoute-t-il.

François Fillon, qui, dans une posture gaullienne, invoque la prééminence du peuple sur les vicissitudes actuelles, entend jouer son va-tout durant le week-end, rythmé samedi, jour de ses 63 ans, par un large rassemblement près de Paris avec la société civile pour détailler son programme, et dimanche par un rassemblement du Trocadéro où il devrait s'exprimer.

Nicolas Sarkozy, qui s'est entretenu vendredi matin au téléphone avec son ancien Premier ministre selon Le Figaro, détient les clés de la sortie de crise, de l'avis de plusieurs sources du parti Les Républicains.

JUPPÉ DISPONIBLE

Selon plusieurs "sarkozystes", Nicolas Sarkozy, soucieux de l'unité de la droite, s'en tient pour l'heure à la position voulant que "la décision d'un retrait appartient à François Fillon seul".

L'ancien président, qui ne s'est pas exprimé publiquement depuis l'annonce mercredi de la convocation de François Fillon par les juges, a reçu vendredi le président du Sénat Gérard Larcher et le secrétaire général de LR Bernard Accoyer, deux proches de François Fillon qui ont pris leurs distances avec le député de Paris.

Les deux hommes avaient conseillé mercredi à François Fillon de se retirer, selon plusieurs sources au fait des discussions.

"C'est une consultation classique dans pareil cas", a-t-on déclaré dans l'entourage de Bernard Accoyer.

Alain Juppé, muet lui aussi, fait valoir en parallèle, via son entourage, sa disponibilité à contribuer à une solution à cette crise qui paralyse, au-delà de la droite, la campagne présidentielle.

Pas question pour le maire de Bordeaux, pressé de remplacer François Fillon par un nombre croissant d'élus LR et UDI, de passer en force ou de participer à un scénario alternatif bancal qui ne bénéficierait pas du soutien unanime de son camp. Car même si plusieurs élus "sarkozystes" approuvent désormais ouvertement l'hypothèse Juppé, le coeur historique de la "Sarkozie" ne valide pas pour l'heure ce scénario.

"Lorsqu'on dit qu'il 'ne se défilera pas', cela veut dire qu'il prendra ses responsabilités pour la recherche d'une solution, qui pourrait être sa candidature. Ou pas", précise-t-on dans l'entourage du maire de Bordeaux. "Cette décision lui appartient."

L'UDI RETIRE SON SOUTIEN

"A 50 jours de la présidentielle, il est encore temps de ne pas la perdre", a déclaré sur Europe 1 le député "juppéiste" Dominique Bussereau, qui a annoncé vendredi sa démission de l'équipe de campagne, au lendemain d'une première hémorragie "juppéiste".

"Je ne souhaite pas que cette victoire disparaisse dans un aveuglement invraisemblable", a-t-il souligné.

Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France 2, Alain Juppé, s'il était candidat, éliminerait Marine Le Pen du premier tour de la présidentielle. Il est crédité de 26,5% des intentions de vote, devant Emmanuel Macron (25%) et la présidente du Front national (24%).

Défection symbolique, Thierry Solère, porte-parole du candidat, a annoncé également son départ vendredi.

Le parti centriste UDI, qui avait suspendu mercredi sa participation à la campagne, a retiré son soutien vendredi à François Fillon et demande un candidat de remplacement.

Les attaques de François Fillon contre la justice, mercredi, mais surtout l'appel à un rassemblement de soutien dimanche à Paris, présenté dans un premier temps par Valeurs Actuelles comme une manifestation "contre les juges rouges", ont motivé cette rupture définitive.

Plusieurs ténors de LR, comme Valérie Pécresse, se sont désolidarisés de ce rassemblement, évoquant en outre des risques sécuritaires dans un régime d'état d'urgence.

Virginie Calmels, proche d'Alain Juppé, qui a annoncé vendredi sa démission de l'équipe de campagne, dit sa crainte de "débordements".

Les fidèles de François Fillon comptent sur une forte mobilisation, plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour relégitimer leur champion.

"La mobilisation décidera du sort de Fillon", estime un parlementaire LR.

(Service France)

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