«Les Figures de l’ombre», pâle vision

Libération.fr

Lisse et apolitique, ce biopic-mausolée honore mal le combat de ses héroïnes afro-américaines de la Nasa.

L’Amérique de 1961 : on conçoit les fusées qui enverront l’Homo americanus dans l’espace et les Noirs s’assoient encore au fond du bus. Dans les Figures de l’ombre, ultra-lisse entreprise de visibilisation de l’apport historique de trois femmes afro-américaines à la conquête spatiale, tout se joue sur ce vertige entre ciel et terre. Entre la grandeur des objectifs poursuivis et la mesquinerie d’un racisme aussi couard que quotidien : toilettes et cafetières «ségréguées», promotions refusées avec embarras, etc. Ainsi, le climax du film n’est pas tant le retour au bercail en un seul morceau de John Glenn, premier Américain en orbite, que la destruction du panneau «Colored» au-dessus des toilettes réservées aux employés noirs de la Nasa par Kevin Costner, casté une énième fois dans le rôle de l’Américain moyen capable de tendre une oreille aux malheurs des minorités du moment qu’elles crient assez fort. «Ici, à la Nasa, on pisse tous de la même couleur», conclut-il. On est d’abord troublé par ce rappel que les chiottes, par leur vocation universelle, sont un passage obligé des luttes égalitaires, en écho à l’actuelle «guerre des toilettes» pour transsexuels qui fait rage aux Etats-Unis. Sauf que Costner ne met pas fin à la ségrégation sanitaire par impératif moral, mais par pragmatisme. Parce que sa meilleure mathématicienne, Katherine Goble, jouée par Taraji P. Henson, la star du soap hip-hop Empire, est noire, et qu’elle passe bien trop de temps à courir à l’autre bout du campus pour aller se soulager pendant que les Soviets envoient Gagarine dans les étoiles. Le racisme, ici, est avant tout une perte de temps. Ironie supplémentaire : cet épisode ne s’est jamais produit. La vraie Goble allait au petit coin là où elle voulait, défiant d’elle-même les lois racistes. De l’aveu du réalisateur à Vice, la scène est simplement là car «il faut bien que des Blancs fassent (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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