Feux de forêt : Emmanuel Macron annonce des moyens supplémentaires

De nouveaux Canadair, des moyens financiers, un milliard d'arbres plantés d'ici dix ans : Emmanuel Macron a annoncé vendredi une "stratégie nouvelle" de lutte et de prévention contre les incendies après les feux de forêt gigantesques qui ont marqué l'été.

Plus de 300 pompiers, maires, pilotes d'hélicoptères, bénévoles et acteurs de la société civile étaient reçus à l'Elysée, comme l'avait souhaité en août le président quand il s'était rendu en Gironde, théâtre de feux de forêt très intenses. "Pour beaucoup d’entre vous, cet été fut une saison en enfer", "l'enfer des flammes, de la fatigue, de la désolation", a-t-il affirmé. Il a rappelé que durant cette période, 72 000 hectares ont été incendiés, "soit six fois plus que la moyenne des dix dernières années", et ce presque dans un département sur deux.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe supplémentaire de 150 millions d'euros à destination des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) en 2023, afin de renforcer la lutte contre les feux de forêt par de nouveaux moyens humains et matériels. L'annonce a été saluée par les élus départementaux, qui financent en grande partie les Sdis et réclamaient un soutien plus important de l'Etat.

"C'est une première étape. Les Départements ne pourront pas faire face seuls aux investissements nécessaires. Il était temps que l'Etat prenne toute sa part", a réagi François Sauvadet, président de l'Assemblée des départements de France (ADF).

"Réarmement aérien d'urgence"

Concernant le "réarmement aérien d'urgence", il a annoncé un investissement de 250 millions d'euros, en particulier pour une "commande inédite" de Canadair. "Nous allons investir massivement pour que d'ici la fin du quinquennat" en 2027, les 12 Canadair déjà en service "soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu'à 16", a déclaré le chef de l'État, tandis que deux hélicoptères lourds seront prochainement acquis.

Le renouvellement de la flotte aérienne de lutte contre les incendies était attendu notamment par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNPSF), qui plaidait pour le doublement des moyens. "C’est plutôt positif, il y a des choses très intéressantes, comme le travail avec l’Europe ou la volonté de reconstruire nos forêts", a déclaré son président Grégory Allione.

Cette "stratégie nouvelle" prévoit aussi que soit dressée "une carte nationale à la maille la plus fine" pour recenser "les zones particulièrement vulnérables", a détaillé Emmanuel Macron, et verra l'Office national des forêts jouer un "rôle de vigie". L'ancien ministre délégué Hubert Falco, maire ex-LR de Toulon, doit en outre conduire des travaux pour "moderniser la Sécurité civile".

Un milliard d'arbres plantés

Enfin, le président de la République française a promis "la plantation d'un milliard d'arbres" sur le territoire français "d'ici dix ans" - "ça veut dire renouveler 10 % de notre forêt", a-t-il dit - pour compenser notamment les incendies mais aussi pour fixer le carbone et préserver la biodiversité.

Planter pour planter, c'est un leitmotiv commercial, ce n'est pas un plan de gestion de la forêt

"Un milliard d'arbres en dix ans, c'est inatteignable", a réagi Patrice Martin, secrétaire national du SNUPFEN Solidaires, premier syndicat à l'ONF. "C'est infaisable humainement et techniquement : parce qu'il faut des bras pour planter, préparer le terrain, entretenir, et parce qu'il faut d'abord trouver les graines, élever les jeunes plants et les replanter", a-t-il expliqué.

"Planter pour planter, c'est un leitmotiv commercial, ce n'est pas un plan de gestion de la forêt", a-t-il ajouté, estimant que les plantations massives financées par le plan de relance - un plan de "repeuplement" des forêts de "50 millions d'arbres" sur 2020-22 pour un budget de 200 millions d'euros - avaient été faites "dans la précipitation", avec des choix essences "contestables".

"Planter des arbres ne fait pas une politique forestière", a renchéri l'ONG Canopée, regrettant "une gestion forestière qui privilégie les coupes rases et les nouvelles plantations au détriment des écosystèmes". L'ONG appelle le gouvernement à "mettre fin au démantèlement de l'ONF", qui a perdu 32% de ses effectifs en 20 ans.