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Festival d'Avignon 2024: radicalité et langue espagnole à l'honneur

L'artiste et réalisatrice espagnole Angelica Liddell à Avignon, le 5 juillet 2021 (Nicolas TUCAT)
L'artiste et réalisatrice espagnole Angelica Liddell à Avignon, le 5 juillet 2021 (Nicolas TUCAT)

La metteuse en scène espagnole Angélica Liddell, auteure de pièces radicales, va inaugurer le Festival d'Avignon en juillet, lequel fera la part belle à la langue espagnole et sera marqué par la venue sur scène de femmes ukrainiennes et bélarusses.

Cette 78e édition (29 juin-21 juillet) comprend "pour moitié des découvertes" de nouveaux noms et "pour moitié des retrouvailles", a déclaré mercredi à l'AFP son directeur, Tiago Rodrigues, qui prévoit 21 premières mondiales sur la quarantaine de spectacles proposés.

- Une artiste radicale pour l'ouverture -

Angélica Liddell présentera son travail pour la première fois dans la Cour d'honneur du Palais des papes, avec "El funeral de Bergman" (déconseillé aux moins de 16 ans, des scènes pouvant "heurter"), une plongée dans l'univers du cinéaste suédois qui avait imaginé et écrit ses propres obsèques.

La metteuse en scène est connue pour ses spectacles qui dérangent comme une performance poussée à l'extrême en 2021, avec auto-mutilation sur scène.

Pour Tiago Rodrigues, présenter cette artiste "à la dramaturgie puissante, radicale", est "absolument urgent, à un moment où l'on voit tellement d'attaques contre les libertés d'expression et la liberté artistique". "C'est aussi soutenir les discours artistiques et esthétiques qui peuvent nous bouleverser, nous bousculer, mais qu'on considère essentiels à partager avec le public".

Auteur de mises en scènes qui ont également pu choquer, Krzysztof Warlikowski, l'un des maîtres polonais de la scène européenne, fera son retour après dix ans d'absence, avec "Elizabeth Costello, Sept leçons et cinq contes moraux", qui s'empare de l'écriture de J. M. Coetzee, prix Nobel 2003 de littérature.

- La guerre en Ukraine -

Avec "Mothers. A Song for Wartime", la jeune metteuse en scène polonaise Marta Górnicka mettra sur le plateau de la Cour d'honneur un choeur de femmes d'Ukraine, de Pologne et du Bélarus. Elles "chantent et parlent de l'exil et la guerre", et "nous demandent : +Regardez-nous, ne regardez pas ailleurs+", selon Tiago Rodrigues.

- L'espagnol, langue invitée -

Après l'anglais l'an dernier, la langue espagnole est à l'honneur (30% de la programmation). Outre Angélica Liddell, seront présents les Argentins Mariano Pensotti, Lola Arias et Tiziano Cruz, l'Uruguayen Gabriel Calderon, la Suisso-Espagnole La Ribot (danse contemporaine) ou encore la Péruvienne Chela de Ferrari qui travaille avec des artistes malvoyants. La chanteuse Silvia Pérez Cruz viendra clore le Festival.

- Une création signée Rodrigues -

Le directeur lui-même présente sa nouvelle pièce, "Hécube, pas Hécube", inspirée de la tragédie grecque d'Euripide, montée avec sept comédiens de la Comédie française, dont Denis Podalydès. Une réécriture de "l'histoire d'Hécube, mélangée à la vie d'une actrice, inspirée de cas véridiques de maltraitance d'enfants et de plaintes portées au tribunal", explique-t-il.

- Le chorégraphe Boris Charmatz, artiste "complice" -

Le danseur à la tête du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, présentera "Forever", une immersion de sept heures dans le travail de la célèbre chorégraphe allemande, ainsi que "Cercles", un atelier à ciel ouvert de transmission de danses en cercles à 200 personnes professionnelles et amatrices. Il rejouera aussi "Liberté cathédrale" (2023), non pas dans une église mais sur l'herbe.

- Calendrier modifié -

Le festival démarre une semaine plus tôt, pour s'adapter au calendrier des Jeux olympiques et paralympiques qui débutent le 26 juillet et nécessitent une mobilisation massive des forces de l'ordre.

Il comprend néanmoins deux jours de plus qu'en 2023. Et propose légèrement moins de spectacles que les précédentes éditions mais ces derniers ont une durée d'exploitation allongée. "Ce qui permet de mieux produire les artistes" et "offre plus de places, démocratisant l'accès" au festival, selon son directeur.

Les organisateurs, qui mettent en vente 120.000 places, espèrent attirer comme l'an dernier au moins 5.000 jeunes grâce à l'initiative "première fois".

A noter qu'un spectacle est aussi dit en langues des signes ("Lacrima", de Caroline Guiela Nguyen, directrice du Théâtre national de Strasbourg).

kp/may/tes