Le Festival d’Avignon 2021 ou le rêve d’une utopie retrouvée

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Malgré la pandémie de Covid-19, le Festival d’Avignon a annoncé ce mercredi 24 mars plus de spectacles programmés, plus de représentations et plus de places prévues pour les spectateurs pour son édition 2021, prévue du 5 au 25 juillet dans la Cité des papes. Après l’annulation douloureuse en 2020, le plus grand rendez-vous du spectacle vivant en Europe est cette année placé sous le signe d’un « optimise raisonnable » et sous le thème « souvenir de l’avenir ».

« Nous serons prêts », « l’annulation n’est pas une option envisagée », « nous allons commencer à monter la tribune dans la Cour d’honneur du Palais des papes ». Pendant plus que 70 théâtres en France sont occupés pour protester contre la fermeture des salles de spectacle, Olivier Py, le directeur artistique du Festival d’Avignon, a présenté de façon résolument optimiste le programme du 75e Festival d’Avignon. Et il a vivement conseillé des tests PCR aux amoureux du théâtre, rappelant une responsabilité partagée entre le public, les artistes et les organisateurs pour combattre la pandémie.

Trois scénarios pour faire face à la pandémie de Covid-19

Avec 46 spectacles (dont 39 créations et 46,6 % de femmes porteurs de projets) de théâtre, de danse et de performance, la 75e édition est conçue comme une édition exceptionnelle, avec 30 représentations et 20 000 places de plus qu’en temps « normal ». À partir du 5 juin, 131 500 billets seront mis en vente. Sans oublier les 400 autres rendez-vous prévus sous forme de débats, rencontres et projections... Face à la pandémie de Covid-19, le festival se prépare à trois scénarios différents - d’une jauge normale jusqu’à une jauge réduite pour les lieux fermés et une jauge normale pour les lieux à ciel ouvert, dont chacun respectera naturellement les conditions sanitaires imposées par les autorités.

Comme l’année dernière, le rêve d’un festival « normal » est donc resté intact trois mois avant l’ouverture programmée du festival. Néanmoins, il existe une différence importante par rapport à l’année terrible de 2020 : aujourd’hui, malgré des théâtres toujours fermés, les artistes travaillent, les pièces sont répétées pour être prêtes le jour J. La difficulté des prévisions est devenue palpable avec un message vidéo de Roselyne Bachelot. La ministre de la Culture, entretemps hospitalisée après avoir été testée positive au Covid-19, a déclaré dans ce message enregistré avant son hospitalisation, de ne pas douter de la tenue du festival.

Isabelle Huppert dans la Cour d’honneur

Si tout va bien, Isabelle Huppert ouvrira le 5 juillet, dans la Cour d’honneur entièrement rénovée du Palais des papes, le 75e Festival d’Avignon avec La Cerisaie de Tchekhov, mise en scène par le Portugais Tiago Rodrigues. Jusqu’au 25 juillet, beaucoup de grands artistes sont à l’affiche : de Brett Bailey, jusqu’à Kornel Mundruczo, en passant par Angelica Liddell et Maguy Marin. Marie Ndiaye est programmée avec La professeure de français, pièce mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia. RFI présentera dans le cadre du Festival sa 9e édition de Ça va, ça va le monde !, son fameux cycle de lectures au service du théâtre contemporain francophone et en particulier africain.

Eva Doumbia présentera au Festival un spectacle « indiscipliné ». Autophagies évoque des « histoires de bananes, riz, tomates, cacahuètes, palmiers, et puis des fruits, du sucre, du chocolat », pour parler des ravages du colonialisme et ses effets néfastes jusqu’à aujourd’hui. « Cette histoire commence en 1492 avec l’arrivée de Christophe Colomb sur les côtes américaines », a expliqué la metteuse en scène française d’origine malienne et ivoirienne.

La liberté et le sacrifice

Felwine Sarr sera l’acteur principal de Liberté, j’aurai habité ton rêve jusqu’au dernier soir. Il y est question des combats de René Char et Frantz Fanon et de leur « rêve d’une absolue liberté ». La cinéaste et metteur en scène italienne Emma Dante présentera au Festival d’Avignon deux spectacles, écrits et mis en scène par elle-même, dont Misericordia, l’histoire d’une famille de prostitutées qui vit avec un enfant attardé...

Le Sacrifice, de la chorégraphe Dada Masilo de Johannesburg, née en 1985 à Soweto, en Afrique du Sud, est inspiré du célèbre Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky, mais aussi de la version majestueuse de Pina Bausch : « Quand j’étudiais aux Performing Arts Research and Training Studios [d’Anne Teresa De Keersmaeker, ndlr] à Bruxelles, j’ai beaucoup appris sur Le Sacre du Printemps et c’était un privilège. Mais, j’ai dû aussi beaucoup apprendre à propos de la complexité de la musique de Stravinsky, et j’ai adoré cela », a remarqué la chorégraphe dans un message vidéo diffusé lors de la présentation du programme. « Avec Le Sacrifice, je fais la fusion des danses de rituels et contemporaines. La danse tswanaise est une danse du Botswana, c’est une belle danse, élégante, rythmée, qui est basée sur le mouvement de petits animaux. »

Le spectacle choc de Bashar Murkus

La pièce Le Musée, de Bashar Murkus de Haïfa, s’annonce comme un spectacle choc, frissons garantis. L’auteur et metteur en scène palestinien né en 1992 y raconte l’histoire d’un homme condamné à mort par injection létale après avoir commis une fusillade de masse dans un musée contemporain. « Une semaine avant l’exécution, il insiste pour rencontrer l’inspecteur qui a enquêté sur son cas. Le dernier soir, les deux hommes se retrouvent seuls dans une pièce fermée à clé… »

Ouverture prévisionnelle de la billetterie du 75e Festival d’Avignon : le 5 juin sur Internet et le 12 juin par téléphone.