Festival Cinélatino: au peuple Ayoreo du Paraguay, l'hommage de la réalisatrice Arami Ullón

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Le documentaire de la réalisatrice paraguayenne Arami Ullón, Apenas el sol, est dans la compétition des Rencontres du cinéma latino de Toulouse. Le Paraguay est un pays rare au cinéma, et ses peuples originaires encore davantage. Raison de plus pour nous approcher d'une culture menacée, celle des Ayoreos, expulsés de leurs terres au profit de l'agro-industrie.

« Le soleil est la seule chose dont les blancs ne se soient appropriés. » C'est le sens du titre du film et c'est Mateo Sobode Chiqueno, du peuple Ayoreo, qui le dit, lui dont la tribu a été expulsée de la forêt par les missionnaires. Le petit garçon qu'il était a très vite perdu ses parents, et beaucoup de gens de son peuple, morts sous les balles des colons ou de la terrible rougeole. Les colons et les missionnaires ont volé la terre sur laquelle vivait ce peuple de nomades chasseurs-cueilleurs, pour y mettre des troupeaux puis y cultiver du soja. Et ces expulsions criminelles ont eu lieu au XXe siècle, pas en des temps reculés. Désormais, barrières et grillages en ferment l'accès et les Ayoreos sont parqués dans des villages poussiéreux et survivent de petits boulots et des maigres subsides versés par l'État paraguayen.

Mateo a un but, garder des traces de sa culture Ayoreo. De ses chants, de ses contes, des témoignages de leur exode forcé et de leurs vies volées. Pour cela, il enregistre sur des cassettes audio. Son premier appareil, il l'a acheté en 1979 et c'était déjà un budget pour lui ; les cassettes aussi, c'est cher... Mais ce travail de mémoire est l'œuvre de sa vie. Il enregistre les anciens et les plus jeunes au risque parfois de provoquer quelques mécontentements ; tout le monde n'aime pas que l'on souffle sur la poussière du temps. Il écoute les récits et met en pause pour permettre aux souvenirs de remonter, relance avec beaucoup de douceur et de pudeur son interlocuteur.

Travail de mémoire

Entre les cassettes de Mateo et le film d'Arami Ullón s'opère une double sauvegarde de la culture Ayoreo. Le film participe, même modestement, de ce travail mémoire, explique la réalisatrice : la caméra - l'équipe du film était très réduite - suit Matéo dans sa quête, et dans ses tête-à-tête avec les anciens. Arami Ullón, à qui on doit déjà le très émouvant El tiempo nublado présenté à Cinélatino en 2014 - un hommage à sa mère malade -, n'a eu connaissance de la réalité du peuple Ayoreo que très tardivement alors qu'elle est pourtant paraguayenne et a passé l'essentiel de sa vie dans son pays. C'est paradoxalement un article paru dans un journal suisse en 2013, racontant comment des groupes de ce peuple de chasseurs-cueilleurs refusaient de quitter la forêt, qui a attiré son attention. Elle se rend alors pour la première fois dans le Chaco et entreprend un travail de recherche, notamment avec des anthropologues, sur ce peuple. Le tournage débutera lui en 2016 et s'échelonnera sur de longues années.

Autour du village de Mateo, certains Ayoreos restés dans la forêt rodent. Mateo voit leurs traces et s'inquiète car ces groupes risquent eux aussi d'être expulsés de la forêt. Les incendies dans cette région font rage pendant les étés australs et les médias s'en font l'écho : en Bolivie, au Brésil et au Paraguay, la forêt brûle pour libérer de l'espace pour les pâturages de bovins ou l'agro-industrie. Une déforestation qui a pour conséquence une hausse des températures et de graves épisodes de sécheresse au point qu'en octobre 2020, la conférence épiscopale du Paraguay avait interpelé le gouvernement et prié pour que Dieu envoie « une pluie abondante ».

Ce sont les dernières images du film et c'est le message que porte Arami Ullón avec son film, explique-t-elle. Car si le cinéma fait œuvre de mémoire, il apporte aussi un point de vue, une subjectivité, une interprétation. La loi, dit-elle, si elle était appliquée, devrait permettre à ces peuples de retrouver leurs terres. Il faut que l'opinion publique s'empare de cette question, fasse pression et les soutiennent. Au-delà de l'avenir de leur culture, il en va aussi de l'avenir de notre bien à tous, de cette terre que nous partageons.

► Les films du festival Cinélatino sont présentés sur une plateforme dédiée jusqu'au 5 avril et rendez-vous est donné en juin, si tout va bien, à Toulouse

► L'entretien de l'équipe du festival avec Arami Ullón est à retrouver ici

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