Fermeture de la frontière nigériane : les "taxi-moto" béninois impactés par la hausse du prix du carburant

Au Bénin, le prix de l’essence de contrebande largement utilisée par les populations et disponible dans les rues de Cotonou a flambé. Ce, en raison de la fermeture de la frontière nigériane depuis plus de trois mois. Cela a eu un impact grave sur l’activité économique des conducteurs de taxi-moto.

La fermeture de la frontière nigériane depuis plus de trois mois continue d’avoir des conséquences sur l’économie béninoise très dépendante de son voisin de l’est. Après avoir affecté le secteur agricole, la mesure protectionniste de la première puissance économique d’Afrique touche aussi le secteur des hydrocarbures. 

Au Nigéria, l’essence à la pompe est subventionnée par l’État et coûte moins cher qu'au Bénin voisin. Des trafiquants de carburant béninois s’approvisionnent donc dans les stations-services près de la frontière. Ils le revendent plus cher aux abords des voies à Cotonou dans des bouteilles de 5, 10 ou 20 litres à des prix défiant toute concurrence. Mais le 6 novembre, les services douaniers nigérians ont interdit la livraison des produits pétroliers dans les stations situées à moins de 20 kilomètres de la frontière. 

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Le prix de l’essence de contrebande a ainsi augmenté passant de 300 francs CFA (46 centimes) le litre, à 600 francs CFA (91 centimes). Il a même atteint le pic de 1 500 francs CFA (près de deux euros), il y a une semaine. Or à Cotonou, la plupart des gens achètent le carburant au marché informel. Les populations se sont donc rabattues sur les stations-services où le litre d'essence est resté à 535 francs CFA (82 centimes), provoquant des files d’attente interminables. Comme on peut le voir dans les vidéos ci-dessous.

Vidéo postée sur Facebook, vendredi 22 novembre par un internaute, montrant une longue file d'attente devant une station-service à Cotonou.



“Je n’ai fait le plein de mon réservoir qu’après cinq heures de temps d’attente”
Dans un pays largement dominé par le secteur informel, la flambée du prix du carburant a ralenti l’activité économique des populations. Raphael Lohou, conducteur de taxi-moto depuis huit ans exprime son désarroi. 

Depuis la fermeture des frontières, l’essence est trois fois plus chère. Et pour nous, les conducteurs de taxi-moto, c’est de plus en plus difficile. La semaine dernière, nous avons acheté le carburant à plus de 1 000 francs CFA (environ 1,53 euros)  au lieu de 300 francs chez les contrebandiers.

D’habitude l’essence à la pompe coûte plus cher que l’essence vendue aux abords des voies. Mais c’est le contraire actuellement. Pour éviter de payer l’essence à ce prix élevé, beaucoup sont allés s’approvisonnner dans les stations-services. Mais l’attente est interminable. Il faut se lever très tôt pour faire la queue. Il y a quelques jours, je n’ai fait le plein de mon réservoir qu’après cinq heures de temps d’attente. Ce n’est pas possible.

Aujourd’hui, le prix de l’essence kpayo est redescendu à 600 francs CFA. C’est toujours élevé, mais cela reste abordable. Mais si la frontière reste toujours fermée, les prix peuvent encore flamber.



“Nous avons beaucoup de pertes”Le Bénin compte environ 500 000 conducteurs de taxi-moto dont 150 000 sillonnent les rues de Cotonou. Face à la pénurie, André Gnidossossi, un autre conducteur de taxi-moto a dû suspendre son activité le temps que le prix de l’essence redescende. 

Avant avec un litre d’essence, on pouvait gagner entre 1500 francs et 2000 francs CFA. Ce n’est plus possible avec le prix de l’essence actuel. Nous avons beaucoup de pertes.  Et il faut payer le loyer et manger. Moi je suis retourné au village. Je reviendrai en ville quand les prix seront abordables. Mais je demande au président béninois Patrice Talon d’aller voir son homologue nigérian pour qu’il ouvre les frontières parce que c’est difficile.


Le Nigéria a décidé de fermer le 20 août ses frontières avec le Bénin, mais aussi le Cameroun et le Niger officiellement pour lutter contre la contrebande du riz qui mine ses efforts pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. La Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedao) a appelé à plusieurs reprises à une réouverture des frontières. Ces appels n’ont pour l’instant pas été entendus par le gouvernement nigérian. 

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).