Ces femmes scientifiques invisibilisées

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"L'esprit n'a point de sexe", affirmait le philosophe Poullain de la Barre (1647-1723), ardent défenseur de la cause féminine. Et pourtant, les femmes ont été sciemment et systématiquement éclipsées de l'histoire des sciences. Cette exclusion les a non seulement privées des honneurs qui leur revenaient, mais surtout empêchées de vivre de leur art et de leur savoir, limitant leur participation à l'avancée des connaissances.

Cet article est issu du magazine Sciences et Avenir - Les Indispensables n°206, daté juillet/ septembre 2021.

Épouse, sœur, élève ou collaboratrice, la plupart des femmes scientifiques retenues par l'histoire sont assujetties au nom d'un homme. La mention de leur contribution est facultative, sans que l'on cherche ou que l'on puisse en déterminer la part. Comment évaluer précisément le mérite de Marie-Anne Lavoisier (1758-1836) dans la révolution scientifique attribuée à son époux ? Ses traductions éclairées des essais des chimistes britanniques, dont Richard Kirwan, ont pourtant permis de réfuter la théorie du phlogistique, et d'énoncer les thèses révolutionnaires du Traité élémentaire de chimie, ouvrage majeur dont elle a, par ailleurs, dessiné toutes les gravures. L'histoire des sciences a revêtu l'œuvre des femmes savantes d'un manteau d'oubli et de moquerie. Cette invisibilisation, pouvant aller jusqu'à l'usurpation, a été théorisée par l'historienne Margaret Rossiter sous le nom d'"effet Matilda", hommage à la suffragette américaine Matilda Joslyn Gage (1826-1898) qui avait remarqué que malgré le rôle joué par les femmes dans l'histoire des technologies, le crédit et la valeur de leur ouvrage leur a toujours été retiré, volé, nié. Dès l'Antiquité, le sort réservé à Hypatie (370-415), professeure de mathématiques, d'astronomie, de physique et de philosophie à Alexandrie, qui périt lynchée et brûlée, a valu comme avertissement à ne pas outrepasser les limites d'un domaine réservé.

Le "harem" de Pickering

Mais les femmes sont utiles, et leur patience et leur ténacité peuvent être mises à profit ; le "harem" de l'astronome Edward Pickering à l'observatoire de Harvard en est une parfaite illustration. Au tournant 20e siècle, les femmes n'étant pas autorisées à se servir de télescopes, il leur confie les tâches ingrates : analyser les plaques photographiques, effectuer les calculs. Parmi ces fiables "petites mains", Williamina Fleming (1857-1911), Annie Jump Cannon [...]

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