"Des femmes en petite tenue": quand la prostitution met dans l'embarras des propriétaires sur Airbnb

La façade d'un bâtiment d'habitations à Grenoble (Photo d'illustration) - Flickr - CC Commons - Franck Roudet
La façade d'un bâtiment d'habitations à Grenoble (Photo d'illustration) - Flickr - CC Commons - Franck Roudet

Laurent C., 45 ans, se souvient d'"une période très stressante et hyper traumatisante". En louant son appartement sur Airbnb, il n'aurait jamais pensé se mettre à dos sa gardienne, ses voisins et le syndic de copropriété. Pourtant au printemps 2020, il a sorti de force une femme qui s'adonnait à de la prostitution dans son appartement de Vincennes (Val-de-Marne), qu'il avait mis en location pour une courte durée.

"C'est ma gardienne qui m'a appelée la première pour me signaler que des hommes effectuaient des aller-retours dans l'appartement tout au long de la journée", raconte Laurent C., propriétaire de plusieurs biens immobiliers en région parisienne, à BFMTV.com. "Elle a assez vite suspecté qu'elle s'adonnait à de la prostitution".

"Seul dans cette galère"

Pour en avoir le cœur net, le Francilien se rend sur place et interroge les potentiels clients sur le point d'entrer dans le logement. Assez vite, l'un d'entre eux lui confirme que ses craintes sont bien réelles. "Là je me suis dit: 'je suis dans le pétrin', mais je ne savais pas du tout quoi faire", confie Laurent C., qui dit s'être "senti complètement seul dans cette galère".

Le quadragénaire contacte les policiers, mais ceux-ci ne se déplacent pas. Quant à la plateforme Airbnb, le propriétaire assure avoir vite abandonné l'idée d'avoir un retour, car celle-ci réclamait des preuves pour pouvoir entreprendre une démarche.

"Tant que vous ne les prenez pas sur le fait, ça n'existe pas. Sauf que bien évidemment, c'est extrêmement difficile de prouver des faits comme ceux-là", explique-t-il, embarrassé.

Après cette première malheureuse expérience, le propriétaire dit avoir été victime de faits similaires à deux reprises. "Une fois, je m'en suis doutée en les voyant, les trois personnes ne correspondaient pas au profil affiché dans l'annonce. Je leur ai dit 'vous prenez vos cliques et vos claques, et je ne veux plus vous voir ici. Je ne veux pas de problèmes", affirme cet homme, qui explique que les intéressés ont vite quitter les lieux sans insister.

"Je ne cautionne pas ce genre de choses chez moi", déplore le propriétaire, qui a été contraint de changer le matelas de cet appartement trois fois. Désormais, Laurent C. assure faire "très attention": "Dès qu'un profil suspect veut réserver, je le refuse sans me poser de question. Quelqu'un qui veut louer du jour au lendemain par exemple, ou lorsque c'est un profil nouvellement créé, sans aucun commentaire".

Une infime partie des locations concernées

La plateforme Airbnb, contactée par BFMTV.com, dit prendre "ces allégations très au sérieux", même si elle rappelle qu'"à ce jour, moins de 0,1 % des réservations donnent lieu à un signalement par les hôtes ou les voyageurs". Lorsqu'un cas lui est toutefois remonté, elle affirme prendre "des mesures à l'encontre de toute personne qui viendrait enfreindre ses politiques", "pouvant aller jusqu'à la suppression du compte de l’utilisateur".

De la même façon, c'est à force de croiser des hommes l'air hagard à côté de son appartement que Corine Biette s'est rendu compte que quelque chose se tramait. Au printemps dernier, cette propriétaire de plusieurs studios dans un immeuble du centre-ville de Grenoble (Isère) s'est rendue compte que des femmes s'adonnaient à de la prostitution dans six de ses appartements loués sur Airbnb.

"On croisait de plus en plus d'hommes qui semblaient chercher leur chemin, sans jamais nous dire ce qu'ils cherchaient vraiment lorsqu'on leur proposait de l'aide", raconte à BFMTV.com cette professionnelle.

La propriétaire dit s'être un jour retrouvée nez à nez avec "des femmes en petite tenue, certaines avec des clients" après avoir forcé l'entrée dans ses appartements. "J'ai été très étonnée", confie-t-elle.

Un traçage difficile

L'hôte mène alors sa petite enquête et s'aperçoit que ces femmes s'étaient donné le mot, et qu'elles entraient en contact avec leurs clients par le biais d'applications comme Whatsapp ou Snapchat. Pour éviter de rencontrer à nouveau ce problème, Corine a trouvé plusieurs parades qui ont depuis fait leurs preuves: augmenter ses prix de 40 à 45 euros la nuit.

Elle fait également preuve de plus de méfiance: Corinne prévient ses futurs visiteurs qu'elle habite non loin de la location, et leur pose des questions sur les raisons de leur visite avant d'accepter leur séjour.

Là encore, la police ne s'est pas déplacée et Airbnb réclame là encore des preuves pour pouvoir agir. Contactée par BFMTV.com sur ce cas précis, la plateforme assure qu'"aucune information" ne leur a été "fournie par l'hôte au moment des faits". Cependant, elle dit avoir suspendu le compte du voyageur le temps de notre enquête et avoir contacté l'hôte pour lui apporter son soutien. Ce que confirme l'intéressée.

Dans les faits, les propriétaires de ces logements ne sont pas condamnables en justice, confirme toutefois Me Jonathan Bellaiche, avocat spécialisé dans le droit numérique et les plateformes de location courte durée. Tant que cela a lieu chez eux contre leur gré et sans qu'ils ne soient au courant.

L'Office central pour la répression de la traite des êtres humains estime "à 30 ou 40 % la part des réseaux de proxénétisme utilisant les locations de courte durée proposées sur Internet par des sites", faisait savoir au journal Le Parisien en 2019 Jean-Marc Droguet, commissaire divisionnaire et chef de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).

Article original publié sur BFMTV.com