Les femmes afghanes témoignent de leurs craintes et inquiétudes face aux talibans

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Après la reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan, le 15 août, les femmes afghanes craignent un retour de vingt ans en arrière, quand elles ne pouvaient vivre, travailler ou étudier librement. Alors que le traitement des femmes serait « une ligne rouge » pour l’ONU, RFI donne la parole aux Afghanes, exilées ou en Afghanistan, lors d’une journée spéciale vendredi 27 août.

« Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles et respectent leurs droits à la liberté, à la liberté de mouvement, à l'éducation, à l'expression personnelle et à l'emploi, conformément aux normes internationales en matière de droits humains », a déclaré mardi 24 août la Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’Homme sur l’Afghanistan.

Depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, les Afghanes craignent de ne pas pouvoir retourner à l'école ou à l'université, comme c'était le cas dans les années 1990.

« Les afghanes ne sont plus celles d'il y a 20 ans : personne ne peut les arrêter »

« Les femmes adoreraient pouvoir poursuivre leur éducation, mais ça dépend de la situation dans le pays, explique Shkula Zadran, ex-représentante de la jeunesse afghane aux Nations Unies. Si les talibans ne les autorisent pas à aller à l'université, quelle est la solution alternative pour elles ? Peut-être que pour l'instant, ce serait bien de continuer à suivre des cours en ligne, comme nous l'avons à cause du Covid-19. Ça permettrait aux filles de poursuivre leurs études, depuis chez elles, jusqu'à ce que la situation sécuritaire et politique s'améliore », opine-t-elle.

Cette étudiante en master relations internationales à Kaboul garde toutefois l’espoir : « Les afghanes ne sont plus celles qu'elles étaient 20 ans auparavant. Elles sont talentueuses, elles sont engagées, elles ont de grands rêves, et personne ne peut les arrêter. »

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Même son de cloche pour une militante féministe à Hérat (Ouest) : il est hors de question que les femmes perdent leurs droits et pour cela « il faut que nous soyons courageuses et des militants nous disent que nous ferons mieux de faire entendre notre voix », a-t-elle expliqué à RFI. Cela notamment avec des manifestations, comme le 19 août dernier, jour de la fête nationale.

Les sportives en ligne de mire : « Je continuerai à nager et je deviendrai encore plus forte qu’avant »

Parmi les Afghanes, les sportives craignent particulièrement. Car le sport a été un outil d'émancipation considérable pour une grande partie d'entre elles. La nageuse Helena Saboori, qui fait partie de la fédération nationale afghane de natation, n’est « pas sortie depuis la prise de la ville par les Talibans », a-t-elle témoigné par écrit depuis Kaboul.

« Je ne les vois pas, mais je sens leur présence, je sens la peur qui me prend, qui me remplit d'inquiétudes : c'est comme un monstre... Et moi, je me sens comme une petite souris, écrit-elle. Quand j'ai regardé les images des talibans entrer dans le centre-ville, cela m'a bouleversé. Mais je me suis aussi dit que je n'abandonnerai jamais, que je continuerai à nager et que je deviendrai encore plus forte qu'avant. Je ne sais pas comment et quand, mais je suis certaine que cela arrivera, que je serai plus forte qu'avant. »

Zarifa Ghafari, la première femme afghane à devenir maire, veut faire entendre la voix des « Afghanes réduites au silence » depuis l’Allemagne

La place des femmes dans la politique est aussi compromise. Alors qu’elle était la première et la plus jeune femme afghane à occouper le poste de maire dans le pays, à Maidan Shar, Zarifa Ghafari a gagné l’Allemagne sentant sa vie en danger. « Ma famille et moi serons la voix de toutes celles qui ne sont plus en mesure de travailler, qui ne peuvent plus élever leur voix », a-t-elle résumé aux médias allemands lors de son arrivée.

Toutes les femmes artistes « détruisent leurs œuvres, mais les talibans collectent des informations sur nous depuis des mois »

Les artistes craignent également d’être parmi les premières à subir la foudre des talibans. L’artiste et militante afghane Rada Akbar a réussi à gagner Paris, mais toutes les artistes afghanes n’ont pas eu cette chance.

« Certaines artistes afghanes que je connais n'ont pas pu être inscrites sur l'une des listes de rapatriement et sont bloquées à l'aéroport : elles ont très peur, car les talibans ont annoncé qu'ils n'autorisent ni la musique ni l'art. C'est pour cette raison que tout le monde panique et détruit ses œuvres, ses documents ou tout ce qui pourrait les mettre en danger, explique Rada Akbar, au micro de Sophia Khastenkova. Mais cela fait des mois que les talibans collectent des informations sur les femmes artistes via les réseaux sociaux. »

« J'ai envoyé certaines de mes œuvres à l'étranger, mais beaucoup sont encore en Afghanistan : je sais que les Talibans vont les détruire. C'était très difficile d’être artiste en Afghanistan, demandant beaucoup de temps et d'efforts. Tout perdre comme ça, ça me brise. Mais je me suis promise que je n'arrêterai pas de faire entendre ma voix et que je continuerai à faire mon travail », poursuit-elle, décidée.

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Double menace contre les quelque 300 femmes juges

Alors qu’environ 300 femmes exerçaient la fonction de juge avant la prise de pouvoir des talibans, elles vivent désormais sous la crainte d’être poursuites. RFI a reccueilli le témoignage d’une jeune magistrate souhaitant garder l’anonymat.

Après 10 ans de métier, ayant exercé à Mazar-I-Sharif et a Balkh et en tant que chef de la Cour primaire des mineurs, elle s'était aussi attaquée à la corruption dans le pays. Mais comme beaucoup de ses compatriotes, elle n’a qu’un souhait désormais : partir.

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