Obligation du voile intégral en Afghanistan: «Les talibans dressent les hommes contre les femmes»

En Afghanistan, les talibans viennent d'ordonner aux femmes de se couvrir le visage en public. C’est une nouvelle restriction qui touche la population féminine. Depuis qu’ils ont pris le pouvoir le 15 août 2021, les fondamentalistes religieux en ont imposé de nombreuses : les Afghanes ont été ainsi bannies de la vie politique, et n’ont plus le droit de prendre l’avion ou de voyager au-delà de 72 km sans parent masculin. Les collèges et les lycées, eux, sont toujours fermés aux filles.

De notre envoyée spéciale à Herat,

Dans les rues d’Herat, considérée comme l’une des villes les plus progressistes du pays, la nouvelle est un coup de massue pour les jeunes Afghanes. Ferooza Wahidi a 20 ans. « Quand ils forcent les femmes seulement à faire ceci, faire cela, à porter tel vêtement, et bien ils nous enlèvent notre liberté, et ça nous brise le cœur », déclare-t-elle. La jeune étudiante a vu sa vie changer au cours des neuf derniers mois. Elle dit ne plus rire en public, ne plus s’habiller comme elle le faisait sous le précédent régime.

Son amie Shekeba acquiesce et s’exclame : « Nous ne pouvons pas accepter cela. » Elle explique que cette nouvelle directive des talibans est déjà appliquée depuis longtemps dans les faits. « Je porte un masque parce que je suis obligée de le faire. Quand les talibans nous voyaient dans la rue le visage découvert, ils nous punissaient. On ne le portait pas avant. C’est tellement difficile pour nous, mais on n’a pas le choix. »

Celles qui n’obéissent pas exposeront leurs proches masculins aux sanctions de l’Émirat islamique d’Afghanistan. Celui-ci a prévenu que les maharam (chaperon masculin) encourront jusqu’à trois jours d'emprisonnement en cas de plusieurs récidives.

Selon Saba, jeune journaliste à Kaboul, ce décret va exposer encore plus les femmes aux violences domestiques. « Les taliban dressent les hommes contre les femmes », assure-t-elle La jeune Kaboulienne affirme que la stratégie des fondamentalistes religieux pour faire plier les femmes est de semer la discorde dans les foyers afin de faire taire celles qui oseraient défier les règles du régime. « Les hommes ne défendront jamais les femmes de leur famille s’ils doivent en payer le prix. »

Un point de vue différent en campagne

Une femme en burqa, longue et ample cape bleue couvrant le visage, défend, elle, le nouveau régime. « Je suis d’accord avec eux, c’est bien de porter la burqa, affirme-t-elle. Pour nous, dans les villages, cela ne pose aucun problème. Je ne comprends pas pourquoi dans les villes les femmes sont contre. » Selon elle, elles ne font que répandre la vulgarité dans la société.

Dans une interview accordée à nos confrères de la BBC, le porte-parole du ministère pour la Répression du vice et la Promotion de la vertu explique que le hijab consiste à se couvrir le visage. « C’est ce que le Coran indique, dit-il. Aicha, l’épouse du prophète, raconte que lorsqu'en pèlerinage, des compagnons du prophète se sont approchées d’elles, les femmes ont caché leur visage. Elles se sont découvertes une fois qu’ils s’étaient éloignés. »

« Les femmes illettrées dans les provinces pauvres et isolées pensent certainement que les talibans détiennent la vérité, faute d’éducation », explique Zainab, une résidente d’Herat. La jeune femme, diplômée de l’enseignement supérieure, refuse de se couvrir le visage. « Le Coran ne l’impose pas. [...] Je leur tiendrai tête jusqu’au bout », lâche-t-elle, avec force.

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