Des femmes accusent "un faux recruteur" de harcèlement sexuel

Ambre Lepoivre
·4 min de lecture
Dix plaintes ont été déposées contre un homme pour
Dix plaintes ont été déposées contre un homme pour

"Il m'a complètement manipulée pour son plaisir." Alors qu'elle recherchait un stage dans un cabinet d'avocat, Cléo s'est fait "piéger" par un "faux recruteur". Elle l'accuse d'avoir donné à son entretien, via la plateforme numérique Zoom, une tournure sexuelle non désirée, comme le révèle Le Parisien.

Le 18 février, la jeune femme est connectée, webcam activée, face à un écran noir. Son interlocuteur, qui se dit à la recherche d'une stagiaire, reste anonyme. Après quelques échanges concernant le poste à pourvoir, l'homme lui demande de se lever et de soulever son chemisier. Cléo se met debout mais élude la deuxième requête qui la laisse perplexe.

"S'il me demande de me déshabiller je dois le faire"

L'entretien se poursuit par un exercice écrit que l'étudiante en troisième année de licence en droit doit effectuer en direct. Cléo s'exécute mais est interrompue par des "gémissements" que son interlocuteur laisse échapper de manière erratique à travers son micro.

"A la fin, il me dit que je dois lui obéir, que s'il me demande de me déshabiller je dois le faire", explique Cléo à BFMTV.com, "profondément choquée" par ces propos.

La jeune femme décide alors de couper court et, face à cet épisode "pas anodin", elle porte plainte le 23 février. Le même jour, elle publie un post sur LinkedIn, le réseau social professionnel par lequel l'homme est entré en contact avec elle, pour partager son amère expérience. Celui qu'elle décrit comme un "faux recruteur" voit passer le message et dépose une main courante, indique-t-il à BFMTV.com.

"Ce sont des accusations graves et qui sont profondément fausses", assure-t-il, récusant entièrement les faits allégués par la jeune femme.

"Gémissements" et "bruits de plaisir"

Mais il n'est pas le seul à voir circuler ce post qui cumule plus de 300.000 vues avant d'être supprimé. De nombreuses jeunes femmes contactent Cléo pour lui partager une expérience similaire. Si le nom et le numéro de téléphone utilisés par le recruteur varient, "deux ou trois identités reviennent fréquemment", observe-t-elle. Les filles créent alors un groupe Whatsapp - elles sont aujourd'hui 36 victimes déclarées dans ce groupe - pour échanger à ce sujet.

Anna-Marie a elle aussi entendu des "gémissements", des "bruits de plaisir très forts" alors qu'elle s'entretenait avec cet homme par écrans interposés. "Il m'a demandé de me lever et de m'attacher les cheveux. Puis il a refait des bruits bizarres. Je l'ai entendu se masturber", nous raconte-t-elle.

Interloquée par ce comportement, la Bordelaise de 22 ans se renseigne sur l'identité et l'entreprise dans laquelle son interlocuteur dit travailler. La boîte n'a jamais entendu parler de cette personne, en revanche elle lui indique que "c'est au moins la dixième fois que l'entreprise reçoit un appel pour lui signaler les agissements de cet homme qui dit travailler ici", souligne Anna-Marie.

Dix plaintes déposées, 36 victimes déclarées

"Dans le groupe Whatsapp on a pu recouper plusieurs éléments avec les filles: notamment sa voix et sa façon de parler très directive, les identités utilisées, une fille l'a même vu à la caméra car, avec elle, il a branché sa webcam". Elles ont ainsi pu le reconnaître lors d'un passage dans une émission de BFM Business, sous sa vraie identité.

A ce stade, plusieurs plaintes ont été déposées contre lui dans plusieurs coins de France, comme à Nice ou encore à Lille. Me Anne-Claire Le Jeune, avocate au barreau de Paris, a repris l'affaire il y a un mois avec l'objectif de centraliser toutes les plaintes. A ce jour, elle a saisi le parquet de Paris de dix requêtes pour "harcèlement sexuel aggravé par l'usage de la voie électronique", nous détaille-t-elle.

"Il y a entre 30 et 40 victimes mais seulement dix d'entre elles - pour l'instant - peuvent matérialiser le caractère sexuel répété de ces entretiens. Les autres jeunes femmes ont subi des propos inadaptés et seront citées comme témoins dans ce dossier" pour lequel une enquête préliminaire est en cours, développe Me Le Jeune.

Des faits contestés par le mis en cause

Anna-Marie, l'une des plaignantes, veut "tout faire pour arrêter cet homme" qu'elle juge "dangereux" et qui, d'après ses dires, poursuit ces agissements. "On continue d'avoir de nouveaux témoignages. Jeudi soir encore (le 8 avril 2021, ndlr), il a fait la même chose avec une jeune femme qui est ensuite venue vers nous, traumatisée. C'est inadmissible."

"Heureusement qu'on a ce groupe, on est soudées. Voir le nombre de victimes, ça nous permet de nous sentir moins naïves d'être tombées dans son piège, c'est un manipulateur", ajoute Cléo.

De son côté, l'homme visé affirme ne pas comprendre "le lien entre ces entretiens et les accusations de harcèlement sexuel". Il indique son "intention de se défendre contre ces allégations très graves".

Article original publié sur BFMTV.com