Une femme autochtone gouverneure générale du Canada, en plein scandale des pensionnats

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La cheffe inuite Mary Simon prononce un discours lors d'une session plénière d'une conférence sur le climat, le 24 octobre 2009, à Stockholm (Suède)

Ottawa a nommé mardi une femme inuite gouverneure générale du Canada, la première autochtone à occuper le poste de représentante de la reine Elizabeth II, un symbole fort à un moment où le Canada est confronté à des pages sombres de son passé.

Ancienne diplomate et ardente avocate des droits des Inuits, Mary Simon, qui devient la 30ème représentante de la monarque britannique - chef d'Etat en titre du Canada - a jugé que sa nomination marquait un "moment historique" et "un pas important dans le long chemin vers la réconciliation", à laquelle elle entend travailler.

"Aujourd'hui, après 154 ans, notre pays franchit une étape importante", s'est félicité le Premier ministre Justin Trudeau. Originaire du Nunavik (nord du Québec), Mme Simon, née en 1947, a été la première ambassadrice canadienne aux Affaires circumpolaires et a aussi représenté le Canada au Danemark comme ambassadrice.

Les fonctions de la gouverneure générale sont largement protocolaires, mais elle a aussi un rôle symbolique important en tant que commandante en chef des forces armées et c'est elle qui promulgue officiellement les lois et convoque ou dissout le parlement.

Sa nomination intervient alors que la découverte récente de plus d'un millier de tombes anonymes d'enfants à proximité d'anciens pensionnats autochtones a douloureusement rappelé au Canada le lourd héritage de ces établissements.

Des dizaines de milliers d'enfants amérindiens, métis et inuits ont été enrôlés de force dans ces pensionnats de la fin du 19e siècle aux années 1990, écartés de leurs familles et de leur culture et souvent soumis à de mauvais traitements, une politique qualifiée de "génocide culturel" par une commission officielle.

- "Reconnaître les torts du passé" -

Après avoir annoncé la nomination de Mme Simon, M. Trudeau s'est rendu dans la province de Saskatchewan auprès de la nation des Cowessess, à l'origine de la découverte de 751 tombes anonymes près d'un pensionnat dans cette région.

"Il est honteux qu'ici à Cowesses, et à travers le pays des enfants soient morts à cause de la politique des pensionnats" a lancé M. Trudeau, avant d'aller se recueillir sur les tombes.

Les événements récents "nous ont rappelé que, comme pays et comme gouvernement, la voie vers la réconciliation suppose de reconnaître les torts du passé", a ajouté le Premier ministre. Lors de sa visite, M. Trudeau a signé un accord, le premier du genre, transférant à la nation Cowesses la responsabilité de l'aide à l'enfance jusqu'ici assurée par des organismes fédéraux.

La découverte des tombes a alimenté la colère et suscité de la part de nombreux leaders autochtones des appels à ce que le pape vienne au Canada présenter des excuses officielles pour les abus et violences dont ont souffert les élèves de ces pensionnats gérés par l'Eglise catholique pour le compte du gouvernement canadien.

Plusieurs églises catholiques ont été incendiées ou vandalisées ces dernières semaines au Canada.

Le choix de Mme Simon a été salué par plusieurs leaders autochtones, dont le chef sortant de l'Assemblée des Premières Nations Perry Bellegarde et Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador, pour qui sa nomination intervient "à un bon moment".

Le leader de l'opposition conservatrice, Erin O'Toole a pour sa part évoqué sur Twitter "un jour important à la fois pour notre pays dans son ensemble et pour les peuples autochtones en particulier".

Mme Simon, qui dit avoir été "un pont" entre les différentes réalités canadiennes au cours de sa vie, a promis de travailler chaque jour pendant son mandat à la "promotion de la réconciliation et du bien-être de toute la société canadienne".

"C'est un moment dont j'espère qu’il concerne tous les Canadiens car ma nomination témoigne de notre progrès collectif vers la construction d'une société plus inclusive, plus juste et équitable", a-t-elle déclaré.

Elle succédera à l'ex-astronaute Julie Payette qui avait démissionné en janvier après des accusations de harcèlement de certains de ses collaborateurs.

La première tâche de la nouvelle gouverneure générale pourrait être de dissoudre le parlement à la demande du Premier ministre pour provoquer des élections anticipées, attendues cet automne par de nombreux commentateurs. M. Trudeau, qui est à la tête d'un gouvernement minoritaire, a toutefois démenti avoir parlé élections avec Mme Simon.

ast-ps/dax

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