Favoritisme dans le rugby: ouverture du procès de Bernard Laporte et Mohed Altrad

Le gotha du rugby français au tribunal: le procès de Bernard Laporte, puissant patron de la fédération, s'est ouvert mercredi à Paris pour des soupçons de favoritisme impliquant notamment l'homme d'affaires multimilliardaire Mohed Altrad.

Arrivé en costume et cravate sombres au tribunal correctionnel, l'ancien sélectionneur des Bleus (2000-2007) est notamment soupçonné d'avoir, contre rétribution, accordé en 2017 au groupe de BTP de M. Altrad le premier contrat de sponsoring maillot de l'histoire du XV de France.

Jugé jusqu'au 22 septembre avec quatre autres prévenus, l'homme fort du rugby tricolore, âgé de 58 ans, devra notamment répondre de "corruption passive" et "prise illégale d'intérêts", dans un procès très scruté à un an de la Coupe du monde organisée par la France.

Les débats porteront également sur les faveurs dont aurait bénéficié le club du Montpellier Hérault Rugby, champion de France en titre et propriété de M. Altrad, et que lui auraient consenties la Fédération française de rugby (FFR), dont le vice-président Serge Simon est également poursuivi.

Claude Atcher, récemment suspendu de ses fonctions de directeur général de la Coupe du monde 2023, comparaîtra lui pour "recel d'abus de confiance" dans un autre volet de cette affaire qui secoue le monde de l'ovalie depuis cinq ans.

Réputé pour son verbe haut, M. Laporte, ancien secrétaire d'Etat aux Sports de Nicolas Sarkozy, promet de combattre des "griefs parfaitement artificiels", a assuré avant le procès son avocat, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.

- Soupçons -

Les liens d'amitié et d'affaires de Bernard Laporte et Mohed Altrad forment le cœur de cette enquête à tiroirs, supervisée par le parquet national financier (PNF).

En février 2017, les deux hommes signent un contrat aux termes duquel Bernard Laporte, qui vient d'accéder à la présidence de la FFR, accepte de participer à des opérations de communication pour le groupe Altrad et lui cède son droit à l'image, en contrepartie d'une rétribution de 180.000 euros.

Problème, selon l'accusation, la somme est bien versée en 2017 mais le contrat ne sera jamais exécuté.

Parallèlement, pendant cette période, le patron du rugby français intervient plusieurs fois en soutien de M. Altrad, éveillant les soupçons de l'exécutif qui saisit la justice fin 2017.

En mars 2017, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR mais sans aviser sa division marketing, un contrat de 1,8 million d'euros qui fait d'Altrad le sponsor maillot des Bleus.

Le nom du groupe y figure encore aujourd'hui en vertu d'un autre contrat de 35 millions d'euros conclu en janvier 2018, toujours sous les auspices de M. Laporte, dans lequel le PNF voit la marque d'une corruption.

D'autres interventions ont fait tiquer les enquêteurs.

En juin 2017, M. Laporte prend attache avec la commission fédérale de discipline qui a infligé en appel au club montpelliérain une amende de 70.000 euros qui sera, après ce coup de téléphone, ramenée à 20.000 euros.

- Renvois d'ascenseur -

En mars 2017, M. Laporte et sa fédération se sont également opposés à la décision de la Ligue nationale de rugby de décaler deux matches du Top 14. L'un d'eux devait être disputé par Montpellier, un report auquel M. Altrad était notoirement opposé.

Derrière ces interventions, le PNF décèle des renvois d'ascenseur illicites quand la défense de M. Laporte dénonce de "faux liens de causalité" et rappelle qu'il a renoncé à son contrat avec M. Altrad à l'été 2017, après les premières révélations dans la presse.

"Il n'y a jamais eu de schéma de corruption et chacun a agi dans le respect de ses fonctions", soutient également Me Antoine Vey, conseil de Mohed Altrad, fustigeant un les "constructions intellectuelles" du PNF.

Le procès se penchera également sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Sport XV s'est vu confier quatre missions en lien avec la candidature française à la Coupe du monde 2023.

Selon l'accusation, l'une d'elles, évaluée à 21.000 euros, n'a jamais été réalisée, ce qui n'empêchera pas M. Laporte d'octroyer à Sport XV une prime de 30.000 euros, causant au total un préjudice pour la FFR évalué à 80.400 euros.

Selon son avocate Me Céline Lasek, Claude Atcher a été "parachuté dans cette affaire, sans fondement, ni justification".

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