A quoi faut-il s'attendre pour la grève des enseignants de ce jeudi?

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Un instituteur dans une salle de classe - Image d'illustration  - -
Un instituteur dans une salle de classe - Image d'illustration - -

Un jeudi noir en perspective dans l'ensemble du pays. A l'appel de plusieurs puissants syndicats, la très large majorité des enseignants du premier degré, lassés par les changements incessants de protocole sanitaire à l'école par le gouvernement ainsi que par ce qu'ils estiment être "un abandon de l'exécutif", ne devraient pas assurer leurs cours demain.

Les raisons de la colère

Une personnalité politique en particulier cristallise la colère du monde éducatif: le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Lundi passé, c'est le Premier ministre Jean Castex qui avait annoncé un assouplissement du protocole sanitaire face à l'épidémie de Covid-19 dans les établissements scolaires, le troisième en l'espace d'une semaine.

Une décision qui n'avait pas convaincu le Snuipp-FSU, premier syndicat de primaire, qui estimait que "non seulement le protocole actuel ne protège pas les élèves, les personnels et leurs familles mais de plus il désorganise complètement l'école." Pour eux, la grève, dont l'appel avait été fait quelques jours auparavant, restait encore et toujours le meilleur moyen de faire montre de leur mécontentement.

Depuis, une sortie de Jean-Michel Blanquer ce mardi a accentué cette colère, déjà manifeste.

"On ne fait pas une grève contre un virus", a-t-il affirmé sur le plateau de BFMTV, ajoutant que "c'est dommage d'avoir une journée qui va perturber davantage le système." 876450610001_6291384623001

Ces derniers jours, ce même ministre avait été constamment pointé du doigt. Au début du mois, ce dernier avait vivement été critiqué pour avoir diffusé un nouveau protocole dans les écoles la veille de la rentrée scolaire, un dimanche soir dans un article payant. Quelques jours plus tard, une tribune taclait violemment Jean-Michel Blanquer pour ses ultimes décisions ainsi que l'opacité de ces dernières.

"Un ministre ne devrait pas se défausser ainsi de ses responsabilités, en refusant le dialogue et en imposant la libre circulation virale et les dangers induits à titre individuel et collectif", était-il écrit dans ce texte signé par 2700 acteurs de l'éducation.

Unanimité chez les syndicats

Les prévisions pour ce jeudi sont éloquentes. Le Snuipp-FSU a estimé que 75% des enseignants du premier degré seraient grévistes et que la moitié des écoles seraient fermées.

"Cette mobilisation historique par son ampleur sur ces vingt dernières années n'est pas 'une grève contre le virus' mais illustre le ras-le-bol grandissant dans les écoles", écrit le syndicat dans un communiqué.

Le Snuipp-FSU dénonce "des conditions de travail qui se dégradent" et "les mensonges permanents du ministre de l'Education", Jean-Michel Blanquer.

Majoritaire dans le primaire, le Snuipp-FSU avait lancé vendredi passé un appel à la grève. Il a depuis été rejoint par la plupart des autres syndicats enseignants, SE-Unsa, Snes-FSU, Snalc, CGT Educ'action, SUD Education, FO et le Sgen-CFDT.

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Grève suivie localement

Localement, le mouvement devrait également être suivi de manière massive. En Seine-Saint-Denis, le Snuipp-FSU prévoit que 80% des enseignants du premier degré seront grévistes.

"Non, Monsieur le ministre, 80% des collègues de Seine-Saint-Denis ne sont pas en grève contre un virus, mais contre votre mépris", écrit-il dans un communiqué.

Comme l'explique de son côté La Dépêche, le SNUipp-FSU de Haute-Garonne estimait lui-aussi à 75% la participation à ce mouvement tandis que dans le Tarn-et-Garonne, déjà une cinquantaine d'écoles ont fait part de leur intention de rester fermées. Un chiffre qui monte à 62, sur 250 établissements recensés, dans les Hautes-Pyrénées.

Comme le précise toutefois Le Parisien, la loi de 2008 relative au service minimum impose, en principe, aux mairies et collectivités d'accueillir les élèves en cas de grève et de fermeture d'une ou plusieurs écoles dans la commune. Or, certaines municipalités ont d'ores-et-déjà avancé que cet accueil ne pourrait être assuré.

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La FCPE prend position

Ultime signe du caractère global de cette mobilisation, la Fédération des conseils de parents d'élèves, la FCPE, qui d'ordinaire compte sur la médiation, a également appelé à une "journée blanche" et demandé aux parents de ne pas déposer leur enfant à l'école.

"Il est grand temps de mettre la personne de l’enfant et ce qu’il vit dans le protocole d’isolement au centre de l’échiquier. [...] Comme les enseignants, les parents n’en peuvent plus de subir des protocoles qui changent et qui sont toujours très lourds pour les élèves et les équipes éducatives. Ils demandent au ministre que des moyens en masques, capteurs C02, purificateurs d’air, et en savons soient véritablement fournis aux écoles", est-il écrit dans un communiqué de la fédération.

Auprès du Parisien, Carla Dugault, co-présidente de la FCPE, justifie cette prise de position inhabituelle.

"D’habitude, nous, les parents, nous essayons de tempérer les choses. Mais cette fois, nous serons les premiers à nous mobiliser face à ces belles histoires qu’on nous raconte depuis deux ans. [...] C’est un rendez-vous historique, l’ensemble de la communauté éducative veut que l’Etat mette enfin les moyens", conclut-elle.

Article original publié sur BFMTV.com

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