"Il faut qu'il consolide son électorat": pourquoi les sondeurs observent les scores de Zemmour avec prudence

·4 min de lecture
Le polémiste Eric Zemmour, le 24 septembre 2021 à Budapest   - Attila KISBENEDEK © 2019 AFP
Le polémiste Eric Zemmour, le 24 septembre 2021 à Budapest - Attila KISBENEDEK © 2019 AFP

Trop haut trop tôt? Le polémiste Éric Zemmour a été placé pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle, face à Emmanuel Macron, dans un sondage Harris Interactive pour Challenges paru mercredi. Depuis la rentrée, les enquêtes se succèdent, attestant de la dynamique de l’ancien chroniqueur condamné pour incitation à la haine raciale.

“Six mois avant [l’élection, ndlr], évidemment que ça ne peut pas être prédictif, ce n’est même pas prévisionnel”, soutient Frédéric Micheau, le directeur du département opinion et politique de l'institut OpinionWay, interrogé sur BFMTV.

L'effondrement de Balladur

Par le passé, des scores prometteurs ont donné des ailes à des candidats, qui se sont ensuite effondrés, à six mois de la présidentielle. C'est le cas du souverainiste de droite Philippe De Villiers en 1995, qui obtient 9% d'intentions de vote dans les sondages en octobre, avant d’atterrir finalement à 4,74% des voix.

“La plus grande chute est celle d’Edouard Balladur”, pointe Bernard Sananès, président de l'institut d'études Elabe, à BFMTV.com. En décembre 1994, le Premier ministre a géré avec succès un dossier complexe: une prise d'otages à Alger à bord de l'Airbus d'Air France. “Balladur est alors à 30 % dans les intentions de vote au premier tour, rappelle Bernard Sananès. Début 1995, on pense qu’il a quasiment gagné. Petit à petit, il va s’effriter et Chirac va remonter.” En cause, notamment, une entrée en campagne moribonde et l’affaire Schuller-Maréchal, liée au financement occulte du RPR, où le candidat se retrouve attaqué sur sa déontologie.

“Ce n’est pas une question de sondages, mais de faire une bonne ou une mauvaise campagne”, affirme le président d’Elabe.

"Zemmour s'est mis la barre haut"

Le frontiste Jean-Marie Le Pen avait réussi à créer la surprise pendant sa campagne, notamment boosté par l'affaire "Papy Voise". Le modeste retraité était devenu après le récit de son agression le symbole de l'insécurité en France, trois jours avant le premier tour de l’élection de 2002. Le Pen se qualifie alors au second tour avec presque 17% des voix, contre les 6% dont il était crédité par les instituts de sondage à l’automne 2001.

“Éric Zemmour s'est mis la barre assez haut, il faut maintenant qu’il consolide son électorat”, tempère Bernard Sananès. Les observateurs scruteront le jour où il entre en campagne, s’il continue de monter ou non.”

Selon lui, le timing est positif pour le candidat putatif. Les 17%-18% d’intentions de vote qui lui sont crédités pour le premier tour lui ont permis d’apparaître comme un candidat “crédible”. Sa courbe croise celle de la candidate du Rassemblement national (RN) et ceux du parti Les Républicains (LR), déstabilisant l’ensemble de l’échiquier politique.

En avançant dans la campagne, l’enjeu évolue. Pour les candidats, il s’agira bientôt de se présenter comme un “vote utile”, montrant qu’ils peuvent se qualifier au second tour. “On l’a vu dans la campagne d’Emmanuel Macron, ça a été un tournant décisif quand il a passé la barre des 20 % (début 2017, ndlr)”, indique le président de l'institut de sondage.

Indécision et abstention

“Il ne faut pas oublier que le moment de la cristallisation intervient de plus en plus tard chez les électeurs. Avant, les barrières idéologiques étaient très structurées”, ajoute Bernard Sananès. De longs mois avant l’élection, les électeurs avaient déjà une bonne idée du candidat pour lequel ils allaient voter. “Aujourd’hui, le simple fait d’aller voter n’est pas certain. D'autres changent d’avis jusqu’au dernier moment”, poursuit le président d’Elabe.

Pourquoi réaliser de tels sondages s’ils sont si peu fiables ? “Ce qui est intéressant est de suivre l’évolution des rapports de force”, explique Frédéric Micheau, le directeur du département opinion et politique de l'institut OpinionWay. Comme à gauche, où la course pour le leadership se joue en ce moment, entre Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo. Et de défendre : Il faut voir quels sont les effets de la campagne électorale, et la meilleure façon de le mesurer, ce sont les sondages”.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles