Covid-19 : faut-il accélérer le calendrier du déconfinement ?

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Malgré la crainte de certains médecins à l'annonce du plan de déconfinement, deux semaines après la première étape, la situation sanitaire continue de s'améliorer nettement.

Un taux d'incidence légèrement supérieur à 100 et qui continue de diminuer, moins de 10 000 nouveaux cas par jour, des hôpitaux qui se vident des malades du Covid, une vaccination qui ne cesse de monter en puissance et des projections très optimistes pour l'été.

Deux semaines après la première étape du déconfinement, redoutée par certains médecins, la situation épidémique ne cesse de s'améliorer. La réouverture des terrasses des bars et des restaurants ainsi que de certains lieux culturels ne semble pas avoir d'impact notable sur la dynamique de l'épidémie. Avec une telle amélioration tant à l'hôpital qu'en terme de contaminations, se pose la question d'accélérer le calendrier du déconfinement, dont la dernière étape est prévue le 30 juin.

"Maintenir le couvre-feu et rouvrir les restaurants en intérieur, ça n'a pas de sens"

Le 30 juin, le couvre-feu doit être supprimé ainsi que les jauges dans les établissements recevant du public dont les bars et restaurants, y compris en intérieur. Enfin, les festivals de plein air où le public se tient debout pourront reprendre avec une jauge de 4m2 par festivalier.

"On pourrait supprimer le couvre-feu dès le 9 juin, puisque les restaurants rouvrent en intérieur à cette date. Ca n'a pas de sens de rouvrir des lieux de contamination et de maintenir un couvre-feu à 23 heures, bien moins efficace qu'une fermeture des lieux de restauration en intérieur", relève Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie et fondateur du site stop-postillons.

Le 9 juin, trop tôt pour rouvrir les salles de restaurants ?

La France enregistre environ 9 000 nouvelles contaminations par jour en moyenne, un chiffre en baisse mais encore trop élevé. "Le 9 juin, on sera autour de 8 000 cas par jour. Ce sera trop pour rouvrir les restaurants et bars en intérieur. Il faudrait repousser cette date et soumettre la suite du déconfinement à deux critères : moins de 5 000 nouveaux cas quotidiens et la certitude de la part des autorités sanitaires qu'elles peuvent, avec ce nombre de cas, remonter toutes les chaînes de contamination. À plus de 8 000 cas comme aujourd'hui, elles ne le peuvent pas", détaille Antoine Flahault.

Le seuil de 5 000 cas par jour est celui qui avait été fixé par Emmanuel Macron pour sortir du deuxième confinement, au 15 décembre. Un critère qui n'avait pas été atteint, avec environ 10 000 cas par jour, mais qui n'avait pas empêché la France de se déconfiner.

"Les chiffres nationaux cachent des disparités locales"

La réouverture des restaurants et bars en intérieur ne convainc les deux experts, qui estiment qu'il faudrait repousser cette date afin de poursuivre la baisse des contaminations. "La réouverture ne sera pas dramatique, mais elle va entrainer des contaminations. Attendre quelques semaines aurait permis de diminuer encore la circulation du virus et de s'assurer un été tranquille", regrette le médecin généraliste Michaël Rochoy.

Néanmoins, le calendrier du déconfinement pourrait être accéléré, sous certaines conditions. "Il faut faire attention aux chiffres nationaux, qui cachent des disparités locales. En Nouvelle-Aquitaine par exemple, le taux de reproduction du virus est supérieur à 1, ce qui signifie que la circulation augmente. Même au niveau national, il est repassé de 0,7 à 0,9", met en garde l'épidémiologiste Antoine Flahault.

"Fixer un seuil à partir duquel on stoppe le déconfinement"

Dans certaines régions, le virus circule très peu, comme en Bretagne, en Corse ou en région Provence-Alpes Côte d'Azur. "On peut accélérer le déconfinement dans ces régions où le virus circule très peu, avec une incidence de moins de 50", poursuit Antoine Flahault. 

Une idée à laquelle souscrit Michaël Rochoy, qui rappelle l'importance d'un frein d'urgence. "Si on accélère le déconfinement, il faut fixer un seuil à partir duquel on va reprendre des restrictions si le taux d'incidence remonte". Dans les Pyrénées-Atlantiques par exemple, le taux d'incidence a augmenté de 34,2% en une semaine, et atteint 110 cas pour 100 000 habitants. "Gabriel Attal parle de 'signal d’alerte', mais il n'y a pas de mesure prise, ni de seuil qui déclenche des restrictions", regrette Michaël Rochoy.

"Le port du masque en extérieur pourrait être levé immédiatement"

Si les deux experts sont défavorables à une accélération du déconfinement de manière uniforme au niveau national et préfèrent une adaptation locale selon le taux d'incidence, une mesure pourrait néanmoins être levée immédiatement, selon eux. Le port du masque en extérieur, une mesure inutile selon eux. 

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"Ca n'a jamais eu d'intérêt sanitaire à mon avis, sauf dans des cas spécifiques comme sur les marchés ou dans les rassemblements en plein air, où il faudrait le maintenir", détaille Michaël Rochoy. La fin du port du masque en extérieur "se fera de manière différenciée sur le territoire" a indiqué Emmanuel Macron ce mercredi, précisant qu'"au niveau national, il faudra encore attendre un peu. Je pense que jusqu'à la fin juin on va garder au niveau national à peu près la même organisation", a ajouté le chef de l'Etat.

Le port du masque devrait donc être perdurer jusqu'au moins la dernière étape du plan de déconfinement, prévue le 30 juin.

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