Faut-il créer un mémorial pour les victimes du coronavirus?

1 / 2

Faut-il créer un mémorial pour les victimes du coronavirus?

L’idée émanerait du Conseil scientifique, à en croire Le Parisien. L'exécutif réfléchirait, selon des informations du quotidien francilien, à ériger un mémorial pour les victimes du coronavirus. Après la médaille d’honneur des épidémies et un hommage national à venir le 14 juillet pour les soignants, un nouveau projet pourrait voir le jour afin de saluer la mémoire des quelque 28.000 Français déjà morts durant l’épidémie.

"C’est séduisant sur le papier, mais le président n’a pas d’avis pour le moment. Il nous demande juste d’y réfléchir", tempère un proche dans Le Parisien. Mais l’initiative est en soi loin de faire l’unanimité.

"Un terme fourre-tout"

Les contours d’un tel projet demeurent pour l’instant bien vagues. Interrogé par BFMTV.com, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), qui dépend du ministère de la Défense assure ne pas avoir été associé ou consulté et renvoie la balle au ministère de la Santé. Sollicités par nos soins, ce dernier n'a pour l'heure pas donné suite.

Un mémorial recouvre plusieurs définitions, nous alerte d’emblée l’historienne Frédérique Neau-Dufour, ancienne directrice du Centre européen du résistant déporté. "C’est un terme fourre-tout."

Il peut se matérialiser au travers d’un musée, dans lequel sont présentées maquettes, reconstitutions et images d’époque. Le monument répond alors à un objectif didactique. Dans le cas de la crise sanitaire actuelle, Frédérique Neau-Dufour s’interroge sur “la pertinence” de ce lieu: "Un mémorial sert pour l’enseignement humain. Montrer que les victimes sont mortes au nom de quelque chose ou pour que l’ancien ennemi apprenne de ses erreurs.” Ici, l’ennemi contre la France serait en "guerre" selon Emmanuel Macron, pourrait difficilement en tirer une leçon. 

"Il n’est pas acceptable d’établir un parallèle avec la guerre, qui est le paroxysme d’une crise entre des êtres humains. Une épidémie est une fatalité, mais dans l’histoire de l’humanité, c’est banal", tranche l’historienne. 

D’autres épidémies telles que la grippe espagnole, ne font, d’ailleurs, pas l’objet d’un musée indépendant.

"Il est un peu tôt pour aborder la question"

La piste d’un monument aux morts, sur lequel serait inscrits les noms de chaque victime, comme c’est le cas pour les victimes du World Trade Center, est également envisageable. Cette démarche mémorielle est soutenue par la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (FenVac). Mais sa directrice générale Sophia Seco, contactée par BFMTV.com, juge qu’il est "un peu tôt pour aborder la question".

"Avant de parler mémoire, il est urgent d’apporter aux victimes du coronavirus la prise en charge qui existe déjà pour les drames collectifs." Cette dernière cite notamment un suivi psychologique et un processus de réparation pour les patients souffrant de séquelles importantes. Pour l'heure, la FenVac a elle a déposé plainte contre X pour dénoncer les "défaillances" de la gestion de la crise sanitaire en France. Et d’ajouter:

"Dans les échanges que nous avons avec les familles, à aucun moment il n’est pour l’instant évoqué l’aspect mémoriel."  

"Compenser une certaine impréparation"

C’est sans doute là où le bât blesse. A l’image du mémorial national de la déportation, dont sa création a été promue par les rescapés du camp de concentration de Natzweiler (Alsace), un lieu de mémoire doit être porté par la volonté de l’entourage des victimes ou des survivants. A l’inverse, le Covid-19 est à l’origine, selon Frédérique Neau-Dufour, "d’un deuil très personnel, dans lequel il n’y a pas nécessairement de sentiment collectif".

Face à cette douleur, les proches des défunts sont surtout à la recherche de réponses, pour l’heure bien difficiles à trouver. Ils sollicitent notamment un accès facilité au dossier médical pour les ayants droit. S'il se précipitait effectivement dans le mémoriel, le gouvernement pourrait peut-être espérer  "compenser une certaine impréparation", avance l’historienne. Mais il ne répondrait pas "au besoin de transparence et de vérité" des familles, conclut la directrice générale de la FenVac. 


A lire aussi


Article original publié sur BFMTV.com