Faut-il changer la règle des 500 parrainages?

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Alors que plusieurs personnalités politiques remettent en cause la règle des 500 signatures de maires et leur publication, ce système n'a que très rarement empêché les candidats déclarés d'être sur la ligne de départ.

"Scandale démocratique" pour Éric Zemmour, Marine Le Pen qui "rame" et Jean-Luc Mélenchon qui dénonce "une situation de blocage". Les 3 candidats se sont mobilisés à quelques jours d'intervalle pour dénoncer les difficultés qu'ils ont à récolter les parrainages d'élus locaux. Faut-il faire évoluer les règles pour faciliter l'accès à la présidentielle ? Éléments de réponse.

La loi impose depuis 1981 aux candidats de déposer au moins 500 signatures de maires, de conseillers régionaux ou encore de parlementaires devant le Conseil constitutionnel pour pouvoir être sur la ligne de départ du premier tour. Une gageure, juge Jean-Luc Mélenchon qui a affirmé par exemple n'en avoir récolté que 400 lors d'une conférence de presse ce lundi à l'Assemblée nationale.

"Des pressions sur les élus"

Dans le viseur des candidats: l'évolution des règles. Depuis 2017, l'intégralité des noms des élus qui parrainent les personnalités politiques souhaitant se présenter à la présidentielle est publiée. De quoi refroidir des milliers de maires sans étiquette qui peuvent craindre d'éventuelles critiques de leurs administrés en cas de soutien à un candidat jugé clivant.

"Tout cela aboutit à des pressions sur les élus", a d'ailleurs estimé le candidat de Reconquête sur Europe 1 le 6 janvier dernier.

Si les règles ont bien changé, la publication des noms des élus locaux n'est en rien nouvelle. Le Conseil constitutionnel a publié pour les six dernières présidentielles la liste de 500 élus tirés au sort soutenant une candidature.

Pas d'anonymat pour les petits candidats

Pour les "petits" candidats qui récoltent souvent le nombre minimum de signatures, cela veut dire que tous les parrainages étaient rendus publics. Pour les candidats plus établis, seule une partie d'entre eux était rendue publique. François Fillon a par exemple récolté 3 635 signatures en 2017, contre 2039 pour Benoît Hamon.

"Cela constituait une rupture de l'égalité entre les candidats", défend ainsi l'ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas dans les colonnes de L'Opinion, et rapporteur du texte qui a fait évoluer les règles de parrainages.

La nouvelle règle n'a d'ailleurs pas changé profondément la donne. 32 % des maires ont soutenu un candidat en 2017 contre 32 % en 2012.

Des parrainages citoyens ou un "pool de maires"

Pour faire évoluer les règles, les candidats proposent plusieurs solutions. Jean-Luc Mélenchon souhaite l'anonymat des parrainages et propose également de mettre en place la mise en place de parrainages citoyens. 150 000 personnes inscrites sur les listes électorales issues d'au moins 30 départements pourraient soutenir un candidat.

L'insoumis reprend à son compte l'une des propositions phares de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique, présidée par l'ancien Premier ministre Lionel Jospin en 2012. Éric Zemmour, lui, en appelle à David Lisnard, le président de l'Association des maires de France."

"Je lui propose de demander aux maires de faire un pool de signatures et de donner les signatures à tous les candidats qui sont au minimum, je ne sais pas, à 5 ou 8 % dans les sondages, c'est lui qui décidera. Je pense que ce serait une mesure démocratique et je ne parle pas seulement pour moi", a avancé le polémiste sur Europe 1.

"Il faut convaincre 2 % des élus"

Pour l'instant, les candidats n'ont pas convaincu l'exécutif de modifier les règles à trois mois de la présidentielle. "Nous n'allons pas modifier le texte par opportunisme pour tel ou tel candidat à l'approche de l'élection", a ainsi jugé Christophe Castaner, le président du groupe LaREM ce lundi sur France inter.

Même son de cloche du côté de Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, en charge de l'organisation des élections.

"Depuis que j’ai l’âge de regarder la vie politique et que je m’y intéresse, c’est le marronnier de l’hiver (...). ll y a 40 000 élus qui peuvent donner leur signature. Il faut en convaincre 2 %. Ça me semble faisable", a ainsi jugé le patron de la Place Beauvau ce mardi sur RTL.

Rares sont les candidats empêchés

C'est qu'en Macronie, on ne croit pas vraiment qu'Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ne parviendront pas à décrocher leurs signatures. Seul Jean-Marie Le Pen n'a d'ailleurs pas réussi à se présenter en 1981, parmi les candidats jugés "sérieux".

"Et encore, il a soupçonné Jacques Chirac d'avoir fait pression sur les maires RPR", rappelle Mathieu Croissandeau, éditorialiste politique pour BFMTV.

La règle des 500 parrainages n'a d'ailleurs jamais empêché des petits partis à l'instar de la Ligue ouvrière ou du Nouveau parti anticapitaliste de présenter leur candidat. Des personnalités politiques à l'instar de Jean Lassalle ou de Jacques Cheminade, sans appareil militant derrière, ont elles aussi, réussi à se présenter.

"Une part de dramaturgie"

Pourquoi alors médiatiser ses difficutés à récolter les parrainages si les candidats parviendront in fine à les réunir ?

"D'une certaine façon, ça traduit une part de dramaturgie de dire qu’on est empêché de se présenter, qu’on est muselé. Il y a une relative dramatisation", juge encore Mathieu Croissandeau.

La difficile récolte peut également montrer une certaine forme d'amateurisme. Chercher des parrainages auprès des maires nécessite un travail minutieux de terrain, de conviction auprès des élus locaux, loin des plateaux de télévision et des meetings. De quoi chercher à modifier la façon de s'y prendre dans les équipes des candidats.

Dans le camp du polémiste, l'arrivée du député Guillaume Peltier, responsable des collectes des signatures pour le candidat Philippe de Villiers en 2002, est ainsi vue comme une très bonne nouvelle pour accélerer la chasse aux précieux paraphes.

Article original publié sur BFMTV.com

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