Faut-il aller voir "Child's Play : La Poupée du mal", le remake de "Chucky" ?

Tom Philip

Le remake de Chucky, Child's Play : La Poupée du mal, se heurte à un problème unique avant même qu'il ne commence : Comment se différencier de l'original de 1988 tout en l'honorant et en l'actualisant ? Le nouveau Child’s Play n’est pas la renaissance d’une propriété à moitié mémorable. Il travaille activement en parallèle de (ou est en concurrence avec ?) son vieux lui, qui compte désormais sept films, toujours avec son co-créateur original, Don Mancini. La question qui se pose est la suivante : pourquoi ce film devrait-il exister?

Ne retenant presque rien de son film homonyme, Child's Play est une ré-imagination en large et en travers de l'iconique personnage de Chucky. Ce n'est plus une poupée sensible qui abrite l'esprit piégé d'un tueur en série dont le travail n'est pas terminé, c'est un "jouet intelligent" robotique dont tous les dispositifs de sécurité ont été éteint par un employé d'usine mécontent. Mark Hamill est la nouvelle voix de la poupée. Au lieu d'être présenté comme sournois et grossier dès le départ, Chucky veut vraiment faire le bien quand il est allumé pour la première fois. C'est le monde autour de lui qui le rend violent et masochiste.

Gabriel Bateman joue le rôle d'Andy Barclay, 13 ans, dont la mère (Aubrey Plaza) lui offre la poupée en cadeau d'anniversaire. Bateman a une grande expérience de l'horreur, ayant joué dans Dans le noir, et fait du bon travail avec un scénario qui demande peu à ses personnages humains, si amoureux qu'il est du jouet psycho de Hamill. Plaza n'a jamais été appelée à être aussi drôle.

Bryan Tyree Henry est aussi génial que Mike Norris, le voisin de Barclay et, semble-t-il, le seul détective de toute la ville, puisqu'il est appelé sur chaque scène de crime que Chucky laisse derrière lui. Il a plus à faire que n'importe qui d'autre dans le film, et travaille beaucoup mieux en tant que personnage principal de facto si vous décidez de le regarder avec cela en tête.

Tout cela pour dire que les choses s’arrêtent si Chucky n’est pas en train de tuer à l’écran, ou d’apprendre à tuer, et même ça s'essouffle vite. De nombreuses séquences brutales et d'une violence inconfortable satisferont le fanatique d'horreur moyen, mais rien de particulièrement inventif, même avec la nouvelle capacité de Chucky à contrôler à peu près tout ce qu'il peut voir de technologique.

Hamill aide à donner un peu de vie à la poupée ré-imaginée. Sa voix d'enfant peut se lire comme innocente ou menaçante, selon les besoins de la scène. Mais on nous entraîne trop loin dans la vie interne de Chucky et, pour un film sur une poupée tueuse aux cheveux roux qui apprend rapidement à aimer le mot "motherfucker", rien ne permet de penser au sens de l'amusement qui a imprégné la franchise depuis le tout début.

Il est facile de voir ce que le scénariste Tyler Burton Smith et le réalisateur Lars Klevberg voulaient faire avec ce Chucky ré-inventé : si le Child's Play de 1988 était un traité mineur sur les jouets sur-commercialisés de son époque, il en va de même ici. Seuls nos "jouets" ont évolué, et le film couvre désormais des éléments comme nos télévisions, nos thermostats autorégulateurs et nos voitures autonomes. Le capitalisme, le consumérisme et le développement arrêté de l'adulte moderne sont tous mis en accusation, mais seulement en passant.

D'un autre côté, il est admirable de constater à quel point ce Child's Play se veut différent de l'original. La seule chose qui se transmet, c'est le nom de la poupée. Mais en essayant de se démarquer des autres, il va un peu trop loin dans l'autre sens, nous forçant finalement à nous demander : Pourquoi dire que ce film appartient à la franchise Child's Play après tout ?

Via GQ US.

Originally Appeared on GQ France