« Il faut agir dans tous les domaines et dans tous les secteurs », Franck Lecocq, expert du GIEC

« Il faut agir dans tous les domaines et dans tous les secteurs », Franck Lecocq, expert du GIEC

Alors qu'une vague de chaleur s'abat sur l'Europe provoquant incendies et faisant craindre pour la santé des plus fragiles, Euronews revient sur le troisième volet du dernier rapport publié par le GIEC.

Franck Lecocq, chercheur à AgroParisTech est spécialiste des liens entre l'économie et le changement climatique. Il a participé aux 4e et 5e rapports d’évaluation du GIEC en tant qu’auteur principal. Il est parmi les auteurs du résumé pour décideurs et a répondu à nos questions.

Euronews : Quelles sont les pistes possibles pour réduire les émissions ?

Franck Lecocq : Limiter la demande en énergie fait partie du panorama des options disponibles mais derrière la demande, il y a des éléments qui ne relèvent pas seulement des individus, mais aussi des choix collectifs et des politiques publiques.

Ce que dit le rapport c’est qu’on ne peut pas imaginer que ce soit uniquement par des actions individuelles que l'on réduise les émissions. Il faut combiner demande, offre et organisation.

La deuxième chose c'est que si vous voulez que les gens puissent faire des choix de consommations plus raisonnée, il faut leur en donner les moyens. Et ça, ce n’est pas forcément à l'échelle individuelle mais à l’échelle collective.

Si je prends l'exemple de la bicyclette. Je peux avoir envie d’aller travailler en vélo. Mais si mon travail est trop loin, que je n’ai pas de pistes cyclables, ou qu'il y a une route avec des sorties d’autoroutes, je ne vais pas pouvoir y aller.

Là ce n’est plus un choix individuel, mais c'est finalement un problème de choix collectifs concernant les infrastructures, l'aménagement des villes et l'aménagement du territoire.

Selon vous, quelles sont les actions à mettre en place en priorité pour réduire nos émissions ?

Le rapport suggère que si l’on souhaite rester cohérent avec les objectifs ambitieux de réduction des émissions que s’est fixée la communauté internationale, nous n’avons plus le luxe de faire des choix. Il faut agir dans tous les domaines et dans tous les secteurs.

Un point important, c’est le domaine des combustibles carburants fossiles qui représente dans le domaine énergétique un tiers des émissions mondiales des gaz à effet de serre. Il y a, en effet, un enjeu majeur à faire en sorte que l'on réduise drastiquement la consommation de charbon, de pétrole et de gaz naturel. Cela fait partie des urgences. Il y en a d'autres dans d'autres domaines.

Un point positif que le rapport du GIEC souligne, c’est que dans tous les secteurs, il y a des options disponibles pour agir et des options disponibles à coût raisonnable, moins de 100 dollars la tonne de CO2 pour reprendre l’exemple ci-dessous. Il y a un potentiel qui est présent.

Les investissements financiers sont-ils suffisants aujourd'hui ?

Clairement non. Le rapport montre bien qu’aujourd'hui, les investissements dans le domaine de la réduction des émissions au sens large sont quatre à huit fois inférieurs à ce qu’ils devraient être dans des scénarios qui nous mènent vers des réalités des risques majeurs liés aux changements climatiques à l’échelle globale.

Ensuite, le rapport a un chapitre entier dédié à la question des financements car toute une littérature s’est développée sur ces questions ces derniers temps. Il explore toute une série de solutions pour essayer de mobiliser l’importante épargne disponible.

Un des sujets étudiés est de ramener un petit moins vers des placements spéculatifs et un peu plus vers des projets de réduction d’émission de gaz à effet de serre.

Pour tenir les objectifs fixés, quelles sont les préconisations du GIEC concernant les énergies fossiles ?

Ce que le rapport montre c’est que si toutes les centrales au charbon, au gaz et au fioul sur la planète, en activité ou en construction, tournent jusqu'à la fin de leur durée de vie , alors vous aurez émis dans l’atmosphère plus de carbone qu'autorisé pour rester en dessous les 1,5 degrés.

Dit autrement, on ne peut pas arriver à la limite des 2 degrés et à fortiori des 1,5 sans fermer de façon prématurée un certain nombre de centrales existantes ou en projet. Par conséquent, investir dans de nouvelles centrales semble aggraver le problème.

Comment articuler les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre avec les contraintes économique et sociale de nos sociétés ?

Le groupe de travail reconnait cette difficulté et a passé beaucoup de temps à étudier comment combiner la réduction des émissions avec les autres objectifs.

Parmi les nouveautés du rapport, celui-ci souligne que réduire les émissions de gaz à effet de serre rapidement ne devra pas se faire à la marge. Cela induit des implications, des frictions avec d’autres objectifs tels que l’éducation, l’emploi, la santé etc.

Pour donner un exemple : une personne peut avoir besoin de se loger à proximité du centre-ville pour son travail. Si les loyers montent, les ménages sont repoussés vers la banlieue. Mais si la politique du logement permet à nouveau de se loger décemment près de son emploi, cela résout aussi des problématiques de climat. Il est plus facile d’avoir des transports en commun ou des pistes cyclables.

Le rapport cherche à ne pas mettre en opposition les problématiques mais à les articuler pour avancer de concert vers la réduction des émissions et les autres objectifs qu’une société se donne.

C’est important sinon émergent des slogans comme « fin du mois versus fin du monde » alors que ces problématiques sont plus compliquées que cela.

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