Comment les fans d'Éric Zemmour se mobilisent sur le Web - ENQUÊTE

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Influences suprémacistes, propos xénophobes et connexions douteuses... Plongée dans la galaxie pro-Zemmour qui sévit sur Internet.

POLITIQUE - “Dans la hiérarchie du monde, l’homme est au-dessus de la femme”. Ainsi parle Thonia, influenceuse d’extrême droite, la vingtaine, cyber-militante assidue sur TikTok, où elle cumule plus de 30.000 abonnés. Elle est l’un des visages de cette jeunesse qui se mobilise sur les réseaux sociaux pour propulser Éric Zemmour dans l’élection présidentielle. Depuis plusieurs mois en effet, le polémiste peut compter sur le soutien de ces activistes 2.0, qui utilisent les codes de la culture Internet pour vendre la candidature du “Z”.

Objectif: rajeunir l’image du candidat d’extrême droite tout en tournant en dérision tout ce qu’il compte de détracteurs. Un militantisme davantage axé sur la forme du message que sur le fond, tout droit inspiré des usages de l’alt-right américaine et de l’activisme numérique qui avait accompagné la victoire de Donald Trump en 2016. 

Autre temps, autres mœurs. Après Facebook, c’est désormais sur TikTok et Instagram que les choses se passent. Ces influenceurs de la “zemmour-sphère”, dont beaucoup étaient jusqu’il y a peu acquis à la cause de Marine Le Pen, y publient des vidéos ou des mèmes glorifiant les sorties les plus commentées de l’essayiste, ou dénigrant tantôt “les gauchos” tantôt les “progressistes” ou “féministes”. Très souvent sur un ton humoristique. Ce que fait notamment Erga une internaute qui, en cumulant TikTok et Instagram, compte près de 15.000 abonnés, ou le compte “Neurchis de Zemmour” qui affiche 36.000 followers au compteur.  

Tous partagent la même conviction: le Rassemblement national de Marine Le Pen est dépassé, et toute l’énergie doit être mise au service du polémiste. Sur les comptes les plus influents, il n’est pas rare que certaines pastilles dépassent les 50.000 vues. 

Du côté des soutiens officiels d’Éric Zemmour, cet activisme est accueilli avec enthousiasme. “Tout ce qui est fait autour de sa personne, les mèmes, les ‘neurchis’, ça lui donne de la visibilité. Et ça nous aide à faire parler de lui et à diffuser ses idées plus largement sur Internet”, se félicitait récemment auprès du HuffPost Antoine Diers, porte-parole de l’association Les Amis d’Éric Zemmour. 

Pourtant, c’est peu dire que certains comptes affichent des convictions sulfureuses ou complotistes. Sur la page de Thonia par exemple, plusieurs vidéos anti-pass sanitaire reprennent la fake news du vaccin anti-Covid qui serait “en stade expérimental” ou celle selon laquelle Emmanuel Macron n’a pas été vacciné (ce qui est faux, son QR code ayant même fuité sur Internet). 

“Evidemment que les métèques ou les Arabes n’ont pas leur place en France”

Qu’importe, les relais officiels du quasi-candidat boivent du petit lait. Samuel Lafont, qui se présente comme directeur de la communication numérique dans la mobilisation des soutiens d’Eric Zemmour, savoure. “Il y a une émulation autour de sa candidature. Ce qui démultiplie notre force de frappe sur Internet. On a vu récemment avec Papacito, ou Thonia, que de plus en plus d’influenceurs patriotes nous rejoignent. Ce qui va pousser d’autres à faire pareil, puisque ça provoque une dynamique de création”, s’enthousiasme celui qui est collaborateur de la sénatrice Les Républicains Joëlle Garriaud-Maylam.

Sans ciller, Samuel Lafont affirme que les soutiens du polémiste sont “la première des forces de mobilisation sur Internet en France”. Il en veut pour preuve la barre des 3000 membres récemment franchie par le serveur Discord de la Génération Z. Ce qui, en réalité, est assez faible. Ou en tout cas très loin des 16.190 membres du Discord Insoumis réunissant les soutiens de Jean-Luc Mélenchon. Sur cette plateforme prisée des gamers et des cyber-militants (et dont vous nous parlions déjà en 2017, ici ou ici), les soutiens d’Éric Zemmour reçoivent souvent des consignes pour faire monter tel hashtag sur Twitter ou partager telle vidéo. Une invitation permanente vers un Google Doc enjoint aussi les troupes numériques à venir grossir les rangs de colleurs d’affiches. 

Document à remplir pour rejoindre la
Document à remplir pour rejoindre la

Du cyber-militantisme classique en somme, auquel s’ajoutent des conversations à bâtons rompus, donnant lieu à des propos franchement xénophobes, voire racistes. “Honnêtement, d’expérience, les Noirs sont bien plus emmerdants que les Arabes”, écrit un membre du Discord “Génération Z”, avant d’ajouter: “croyez moi, quand on va avoir des livraisons de Soudanais et de Nigériens, on va regretter nos magrhébix (sic)”.

Un cas isolé? Pas du tout. ”Évidemment que les métèques ou les Arabes n’ont pas leur place en France”, écrit un autre, quand l’un de ses semblables affirme qu’on ne peut pas faire confiance aux musulmans qui, “dans leur culture et dans leurs gènes pratiquent la taqya et le mensonge”. Des propos qui tranchent avec la vitrine d’une jeunesse proprette promue par les responsables de la “Génération Z” sur les plateaux télé ou les réseaux sociaux.

Propos tenu sur le serveur Discord de la Génération Z (Photo: Capture Discord Génération Z)
Propos tenu sur le serveur Discord de la Génération Z (Photo: Capture Discord Génération Z)

Il n’y a pas que dans l’arrière boutique du militantisme pro-Zemmour que l’on trouve des références au pire de l’extrême droite. Pour mener à bien le processus de popularisation de l’essayiste, ses soutiens produisent des produits dérivés, comme des vêtements que l’on retrouve portés par les militants Génération Z. Et notamment ceux de “ZemmourWave”, dont le lien du site marchand figure sur la page TikTok de Thonia. Des t-shirts, des casquettes façon Donald Trump, des mugs, des posters... Différents produits à la gloire de l’essayiste, qui reprennent notamment ses tics de langage, comme “ben voyons”, très apprécié chez les fans d’Éric Zemmour. 

Codes suprémacistes 

Un pot-pourri de clins d’œil, dont certains sont directement issus de l’extrême droite américaine. C’est notamment le cas du t-shirt “French Boy Summer”, dont le graphisme et la devise sont une référence directe au mème “White Boy Summer”. Un slogan prisé des suprémacistes américains, tiré des propos de Chet Hanks, fils de l’acteur Tom Hanks, sur son ”été de jeune blanc”. “L’expression est associée à une multitude de mèmes arborant des symboles néonazis, glorifiant Adolf Hitler, Dylann Roof -l’auteur de la tuerie de Charleston- ou Derek Chauvin, le policier condamné pour le meurtre de George Floyd”, écrivait au mois de juillet Libération au sujet de ce phénomène, que la galaxie Zemmour reprend sans le moindre complexe. Ni la moindre pudeur.   

“On le voit comme une arme stratégique, un soft power ‘coolifiant’, on souhaite reverser les bénéfices à la campagne. On est militants avant tout, donc on y tient particulièrement”, explique Élise, présentée comme l’une des responsables de ZemmourWave, dans un live sur YouTube du 21 septembre consacré à la candidature du polémiste. L’intéressée revendique “un ton décalé et cool” visant à installer “une image positive” du candidat putatif.

En réalité, la porosité de ce milieu avec la frange la plus extrême de la haine en ligne n’est pas une surprise. Depuis que bruisse l’hypothèse de sa candidature, Éric Zemmour collectionne les soutiens sulfureux, du théoricien du Grand remplacement Renaud Camus au youtubeur d’extrême droite Papacito, lequel fait l’objet d’une enquête après la diffusion d’une vidéo mimant le meurtre d’un militant insoumis. Un juste retour d’appareil finalement, tant l’admiration entre ce dernier et Éric Zemmour est réciproque.

Quoi qu’il en soit, ces efforts de mobilisation ne sont pas vains. Selon l’Observatoire des personnalités politiques de l’entreprise spécialisée dans le marketing d’influence Favikon, l’influence d’Éric Zemmour sur Internet a augmenté de 85% en un mois, plaçant le polémiste juste derrière Emmanuel Macron. Ben voyons.  

À voir également sur Le HuffPost: Emmanuel Macron critique Éric Zemmour sans le nommer sur les “prénoms français”

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

VIDÉO : Yann Moix : "Zemmour ? L’Élysée l’intéresse moins que la masturbation de son égo… On va le retrouver dans un an et demi, piteux, à raconter les sempiternelles mêmes histoires (Les Arabes et les Noirs, dehors !)" :

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