«Dans le faisceau des vivants», Appelfeld mis en lumière

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Récit de sa traductrice, Valérie Zenatti

La première fois que Valérie Zenatti a vu Aharon Appelfeld, c’était en 1987 à l’université de Beer-Sheva, aux portes du désert du Néguev. Il donnait une conférence au côté d’Amos Oz, elle avait 17 ans et garde de ces quelques heures «un souvenir très fort». Née à Nice, la jeune fille était arrivée en Israël quatre ans plus tôt avec ses parents venus faire leur alya. Passionnée de littérature, fascinée par l’hébreu, elle voit alors en Oz et Appelfeld la quintessence de ce qu’elle admire. Elle n’imaginait pas que les deux hommes, figures majeures de la littérature israélienne, mourraient trente et un ans plus tard à quelques mois d’intervalle et qu’elle serait amenée à leur rendre hommage : Oz sur les ondes, Appelfeld via un récit très personnel, Dans le faisceau des vivants.

Pas facile d’écrire sur un tel personnage, miraculeusement évadé à 10 ans d’un camp de Transnistrie où sa mère a trouvé la mort, survivant seul dans les forêts d’Ukraine avant d’être recueilli par des paysans puis de traverser l’Europe à pied et d’embarquer clandestinement pour la Palestine deux ans avant la création de l’Etat d’Israël. Une tragédie dont l’ensemble de son œuvre est imprégné.

Valérie Zenatti, qui est sa traductrice et qui, à ce titre, le connaît intimement, raconte avec émotion le vide qui l’a envahie à l’annonce de sa mort, un jour de janvier 2018, alors qu’elle s’apprêtait à prendre l’avion à destination de Tel-Aviv pour le voir. «Il a vécu trente et un mille trois cent soixante-neuf jours, j’ai eu besoin de les compter, à la manière des enfants qui recourent aux chiffres pour appréhender ce qui leur échappe, parce que je sais que chaque jour a compté, chaque jour a été une vie, un émerveillement devant la lumière renouvelée, une lutte contre "la bile noire", un tâtonnement, un oubli qu’il essayait de vaincre, un pas sur le chemin qu’il traçait et qui partait chaque jour de sa maison natale ou le menait vers elle.» Zenatti écrit (...)

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