Pas facile de vendre des comptoirs en étain quand les bars sont fermés

Leo PIERRARD
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Difficile de vendre des "zincs" de comptoirs quand tous les bars et restaurants sont fermés par la crise sanitaire: les ateliers Nectoux de Dax (Landes), fabricant historique pour cafés et bistrots, voient leur carnet de commandes s'amaigrir.

"Et la crise est devant nous", dit leur patron Maxime Dethomas. "Quand l’activité des brasseries reprendra, leur priorité ne sera pas d’investir dans un comptoir. La crise va être longue et elle sera, pour nous, à retardement", anticipe le dirigeant, à la tête depuis deux ans de l'atelier historique de la famille Nectoux et de ses six salariés.

Créé en 1930 au numéro 74 de la rue de Charonne à Paris, l'atelier parti à Puteaux (Hauts-de-Seine) en 1995 puis à Dax en 2011, est l’un des trois derniers en France à encore pratiquer cette technique traditionnelle de fabrication de comptoirs en étain.

Pour doper ses ventes, l'entreprise peut compter depuis 2009 sur son label Entreprise du patrimoine vivant, créé pour distinguer les savoir-faire artisanaux d’excellence, "la garantie d’obtenir un produit de luxe", précise M. Dethomas.

Mais malgré cette certification haut de gamme, l’entreprise dacquoise affiche une perte de chiffre d’affaires de 11% en 2020 et voit sa production réduite de moitié à cause du Covid-19, passant d'une dizaine de comptoirs livrés chaque mois à seulement quatre ou cinq en période d’épidémie, selon les calculs de l’entrepreneur.

"Nous n’avons pas de visibilité, mais nos clients en ont encore moins", résume Maxime Dethomas, accoudé au comptoir d'un zinc flambant neuf en partance pour les Pays-Bas.

Les ateliers avait déjà connu une "traversée du désert" dans les années 70/80 avec la concurrence du formica et de l'inox, moins onéreux, avant de retrouver des couleurs à la fin du XXe siècle, marqué par le retour en grâce de la bistronomie française.

Mais la crise du Covid-19 et la fermeture en pointillé des bars et restaurants, principaux clients des ateliers Nectoux, est venue interrompre cet engouement.

- Sans obsolescence programmée -

Dans un coin de l'atelier, Matthias Goncalves s'affaire au ponçage des soudures d'un comptoir de 12 mètres de longueur.

La commande, représentative de l’année 2021, a été effectuée par un architecte estonien pour un client à Palma de Majorque.

"Avant, on travaillait uniquement sur des comptoirs traditionnels mais les demandes se modernisent", constate l’ouvrier aux mains recouvertes d’étain, formé "sur le tas" au mitan des années 2000 dans les anciens ateliers de Puteaux.

Conséquence de la chute des ventes sur le marché national, les exportations sont en hausse, passant de 21% en 2019 à 30% en 2020.

"Nous avons enregistré de très grosses commandes en Suède, au Danemark, aux Etats-Unis et pour la première fois en Arabie Saoudite", se réjouit M. Dethomas.

Communément appelé "zinc", ces comptoirs pourtant réalisés en étain doivent leur surnom à la déformation du mot "Zinn", signifiant étain en allemand, fondu par l'occupant pendant la Seconde Guerre mondiale pour fabriquer des amorces d’obus.

Produite à partir de lingots d’étain pur importés d’Indonésie, chaque pièce nécessite une centaine d’heures de travail. Le métal est d’abord fondu, puis versé dans l'un des trente moules en acier permettant de réaliser les bordures qui ornent la devanture du comptoir.

"Il faut ensuite souder puis râper les bordures", précise Maxime Dethomas, avant d’assembler "la piste" d’étain sur un châssis en bois.

Les tarifs varient entre 1.200 et 1.700 euros le mètre, en fonction du choix et de l’épaisseur de la bordure.

"C'est le juste prix" d’un produit "intemporel, garantie sans obsolescence programmée", promet l’entrepreneur de Dax.

"La faiblesse de notre business model, c’est que le client ne revient jamais", poursuit-il, "mais c’est aussi notre meilleur ambassadeur".

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