Election américaine: Facebook et Twitter réprimandent Trump

Julie JAMMOT avec Daniel HOFFMAN à New York
·4 min de lecture
Facebook et Twitter étaient mobilisés mercredi pour contrôler le flot de désinformation et d'accusations alors que le décompte des voix se poursuit aux Etats-Unis

Election américaine: Facebook et Twitter réprimandent Trump

Facebook et Twitter étaient mobilisés mercredi pour contrôler le flot de désinformation et d'accusations alors que le décompte des voix se poursuit aux Etats-Unis

Facebook et Twitter ont à nouveau mis en garde mercredi contre des messages de Donald Trump, jugés "trompeurs" sur l'élection présidentielle américaine que le président sortant prétend avoir gagnée alors que le dépouillement des bulletins se poursuit dans des Etats cruciaux. 

Ce scénario maintes fois redouté avant le scrutin a pris forme dès mardi soir, le milliardaire républicain déplaçant la guerre de communication et des nerfs, favorisée par de premiers résultats très serrés, avec son adversaire Joe Biden sur les réseaux sociaux.

Twitter a sévi plusieurs fois, dont mercredi matin quand M. Trump a remis en cause le décompte des voix dans les Etats-clés.

Un message retweeté par le président américain, envisageant un recours aux tribunaux pour régler le scrutin, a aussi été signalé.

Ce fut aussi le cas mardi soir après un tweet du candidat républicain prétendant que ses adversaires essayaient de "voler l'élection". 

A chaque fois, le réseau des gazouillis a publié cet avertissement: "Une partie ou la totalité du contenu partagé dans ce tweet est contestée et susceptible d'être trompeuse quant au mode de participation à une élection".

Twitter a aussi signalé un certain nombre de messages de responsables, dont le président du parti démocrate du Wisconsin ou un sénateur républicain de Caroline du Nord, annonçant les résultats de certains Etats avant leur officialisation.

Sur Facebook, les messages de M. Trump étaient encore lisibles mais le géant des réseaux sociaux leur a adossé un lien vers son centre d'information sur les élections, qui montre les résultats officiels, soit un coude-à-coude avec le démocrate Joe Biden dans la course aux grands électeurs.

Une publication du président américain visant à jeter le doute sur la légitimité des bulletins par correspondance a également été accompagnée d'un avertissement. 

"Dès que le président Donald Trump a commencé à proclamer la victoire de façon prématurée, nous avons affiché des notifications sur Facebook et Instagram indiquant que le décompte des votes était en cours et qu'il n'y avait pas encore de gagnant" a souligné la communication du groupe californien.

Ces mesures font partie des garde-fous que Facebook et Twitter avaient annoncé prévoir exactement pour cette situation. 

- Maîtrise des risques -

Le milliardaire républicain laissait entendre depuis des semaines que s'il ne gagnait pas ce serait à cause d'irrégularités dans le scrutin.

Après ses tweets vindicatifs, le locataire de la Maison Blanche a évoqué une "fraude" et une "honte", et assuré qu'il entendait saisir la Cour suprême, lors d'une brève allocution.

Les réseaux sociaux ont déployé un arsenal de mesures sans précédent pour garantir l'intégrité du vote et blanchir leur réputation, entachée par les vastes opérations de manipulation orchestrées depuis l'étranger en 2016.

Facebook semble maîtriser la détection et le démantèlement de ces campagnes, et craint surtout désormais les incitations à la violence et tous les messages qui pourraient mettre le feu aux poudres, y compris via les groupes radicalisés.

Début octobre, Facebook a ainsi supprimé les comptes liés à la mouvance conspirationniste "QAnon", un mouvement d'extrême droite pro-Trump. Twitter et YouTube ont pris des mesures similaires.

Le scrutin très serré et les propos de Donald Trump renforcent la peur que les divisions politiques ne dégénèrent et que les plateformes ne soient utilisées à mauvais escient.

Les publicités politiques ou sur des thèmes sociaux ou électoraux sont interdites sur Facebook aux Etats-Unis à partir de mercredi et sans doute pour une semaine, afin de "limiter les risques de confusion ou d'abus".

- "Signal d'alarme" -

Mais ces multiples précautions n'ont pas convaincu une bonne partie de la société civile, qui juge ces efforts insuffisants, notamment en termes de lutte contre la désinformation.

Une vidéo tronquée et détournée de Joe Biden, où le candidat démocrate semble dire que l'administration de Barack Obama a mis en place un vaste système de fraude électorale, a par exemple été vue environ 17 millions de fois sur différents sites, selon l'ONG Avaaz.

"C'est un signal d'alarme majeur qui montre que les plateformes ne sont toujours pas prêtes", a averti l'association dans un communiqué.

Elle dénonce en outre de nombreuses rumeurs, répandues par la droite, pour faire croire que "la gauche prépare un coup d'Etat si Trump est réélu" et qu'il va y avoir des "fraudes et ingérences à l'échelle nationale".

"La désinformation divise le peuple américain", a déploré Fadi Quran, un directeur d'Avaaz.

juj-dho/lo/dax