"Face aux traumatismes, être plus résilient, ça s’apprend (aussi) !"

Face à un stress intense, comme lors d’un traumatisme, le cerveau se dérègle. Entre autres bouleversements, la mémoire est affectée et tourne en boucle, à la manière d’un disque rayé. Mais un ensemble de mécanismes permet de lutter contre ces effets : c’est la résilience. Et si certains de ses facteurs sont génétiques, il est aussi possible de la stimuler et de s’entraîner ainsi à faire face à une situation difficile. Les explications avec Pierre Gagnepain, chercheur à l’Inserm.

Pierre Gagnepain est chercheur à l’Inserm. Il dirige l’étude REMEMBER, issue du programme "13 novembre" qui vise à comprendre les mécanismes de contrôle associés à la résilience. "Notre objectif est d’étudier les variations de la réponse au traumatisme", précise-t-il à Sciences et Avenir.

Sciences et Avenir : Avant de parler de résilience, pouvez-vous nous expliquer ce qu’il se passe dans le cerveau quand on vit un événement traumatisant ?

Pierre Gagnepain : Un traumatisme engendre une cascade de bouleversements hormonaux dans le cerveau. Face à un stress intense, les neurones, et d’autres cellules, sécrètent notamment des molécules d’adrénaline, une hormone qui plonge l’organisme dans un état d’alerte car elle suractive l’amygdale. On se retrouve alors surstimulés par son environnement et on est incapable de réguler ses pensées correctement. Le cerveau est envahi par des sensations, ou des stimuli externes.

"Le souvenir se cristallise et l’hippocampe, endommagé, n’est plus capable de donner un contexte au souvenir. On observe alors des résurgences traumatiques"

Ces mécanismes nous protègent-ils ?

Dans une certaine mesure, oui, cette hypervigilance nous protège, elle nous permet de réagir plus rapidement. C’est pourquoi à faible dose, le stress nous rend souvent plus efficace par exemple. Mais lorsque la réponse émotionnelle est très intense, elle a des conséquences néfastes dans le cerveau. Les neurones sont affectés. Ils surstimulent différentes aires cérébrales dont l’amygdale, qui détecte les stimuli menaçants, et l’hippocampe qui permet de former la mémoire et de consolider les souvenirs dans le cortex.

C’est là que ça déraille : la mémoire ne s’inscrit plus de la même façon. Le souvenir se cristallise et l’hippocampe, endommagé, n’est plus capable de donner un contexte au souvenir. On observe alors des résurgences traumatiques, c’est-à-dire que des souvenirs s’imposent violemment à la personne, qui a l’impression de les revivre. C’est un des symptômes du stre[...]

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