Face aux reculs du gouvernement, Cyril Dion appelle à "sauver" la Convention pour le climat

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Le réalisateur et activiste de la protection du climat, garant de la Convention citoyenne pour le climat, a lancé dimanche une pétition pour mettre la pression sur le gouvernement français, coupable selon lui de multiplier les reculs sur les propositions des 150 citoyens.

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La grande loi sur le réchauffement climatique issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat devait être présentée mi-décembre en Conseil des ministres. Le deuxième confinement lié à la pandémie de Covid-19 a changé les priorités du gouvernement : c’est finalement en janvier que la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, devrait lever le voile sur le texte.

Un contretemps technique qui ne change rien sur le fond, assure le gouvernement. Un recul de plus, regrettent les participants les moins optimistes de la Convention pour le climat, qui cachent de moins en moins leur scepticisme quant au devenir de leurs 149 propositions.

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Cyril Dion est le dernier d’entre eux à monter au créneau. Réalisateur et activiste de la protection du climat, garant du bon déroulement de la Convention citoyenne, il fut l’un des initiateurs de cette forme inédite de démocratie participative lancée il y a un peu plus d’un an par Emmanuel Macron. Mais face aux nombreux reculs gouvernementaux sur les mesures proposées par "les 150", le réalisateur de "Demain" a décidé de lancer une pétition pour "sauver la Convention citoyenne pour le climat".

"J’ai toujours dit que je m’engagerais si Emmanuel Macron ne respectait pas son engagement de transmettre sans filtre les propositions de la Convention, affirme Cyril Dion, contacté par France 24. On se retrouve aujourd’hui exactement dans la situation qu’on redoutait : le gouvernement transforme les mesures pour satisfaire certains intérêts économiques. La parole présidentielle n’est pas respectée."

Le malus au poids sur les SUV détricoté

Le gouvernement a en effet multiplié les reculs depuis la présentation, au début de l’été, des 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Dernier exemple en date : le malus au poids pour les véhicules neufs adopté, vendredi 13 novembre, par l’Assemblée nationale.

Alors que la Convention pour le climat proposait une taxe de dix euros par kilogramme sur la vente des véhicules neufs à partir de 1,4 tonne, le ministère de la Transition écologique a défendu, dans le cadre du projet de loi de finances, un malus écologique concernant les voitures de plus de 1,8 tonne. Un relèvement du poids qui change tout puisque, selon des chiffres de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) cités par Libération, la part des voitures de plus de 1 800 kg vendues en 2019 en France représentait 1,74 % du total, quand celle des voitures de plus de 1 400 kg était de 26 %.

Le ministère de la Transition écologique assure qu’il ne s’agit que d’un premier pas, en attendant de pouvoir abaisser le seuil. "La mesure est totalement vidée de son sens", déplore quant à lui Cyril Dion, qui accuse le gouvernement de vouloir faire de l’affichage politique.

"Emmanuel Macron est pris dans une sorte de piège qu’il a créé lui-même. Il a accepté de mettre sur pied la Convention citoyenne car il y voyait une opportunité politique pour toucher un électorat concerné par les questions climatiques, mais au lieu d'honorer son engagement, il le piétine et risque d'apparaître comme l'inverse de ce qu'il escomptait."

"Engager le bras de fer"

Du côté des 150 citoyens, la pétition lancée par Cyril Dion est vue d’un bon œil, mais des divisions commencent à apparaître. Certains continuent d’accorder le bénéfice du doute au gouvernement et attendent de juger sur pièce le futur projet de loi que présentera Barbara Pompili début 2021. D’autres ont beaucoup de mal à rester optimistes.

C’est notamment le cas de Yolande Bouin. Avec quelques autres participants à la Convention pour le climat, elle avait manifesté devant l’Assemblée nationale le 14 octobre pour dénoncer l’abandon des engagements du président de la République et les "renoncements successifs" du gouvernement. Un mois plus tard, elle reste "dubitative" quant au devenir des 149 propositions.

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"Je n’ai aucune confiance dans le gouvernement d’Emmanuel Macron ou dans l’Assemblée nationale, lance Yolande Bouin, contactée par France 24. Tant mieux si les garants se mettent à bouger car on n’y arrivera que si on engage un bras de fer. On ne veut pas que la Convention finisse aux oubliettes comme le Grand débat national, donc nous devons constamment rappeler au président Macron son engagement."

La pétition de Cyril Dion a recueilli, en un peu moins de deux jours, plus de 145 000 signatures. L’activiste espère franchir la barre du million de signataires pour "créer une pression suffisante pour que le projet de loi soit à la hauteur des attentes de la Convention".

"C’est un peu la tentative de la dernière chance, reconnaît-il. On a fourni une solution clé en main au gouvernement. 150 citoyens ont travaillé pendant neuf mois pour aboutir à des propositions transposées juridiquement. C’est maintenant aux politiques de prendre leurs responsabilités. S’ils ne le font pas, ils entérineront pour de bon que la question climatique n’est pas prioritaire pour eux."