Face au variant Omicron, fermer les frontières ne suffira pas à préserver la France

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Alors que la cinquième vague de Covid-19 en France est poussée par Delta, la crainte d'un nouveau variant a poussé les gouvernements à réagir très vite.

OMICRON - Et s’il était déjà trop tard? C’est ce que nous nous demandions le 21 décembre 2020, alors que la France venait de fermer ses frontières avec l’Angleterre pour tenter d’empêcher le variant Alpha du coronavirus (qui n’avait pas encore de nom) d’entrer sur le territoire. C’était effectivement trop tard.

Et s’il était déjà trop tard? C’est ce que nous nous demandions le 26 mai 2021, quand la France mettait en place une quarantaine stricte pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni afin d’empêcher le variant Delta de s’infiltrer dans l’Hexagone. C’était effectivement trop tard.

Et s’il était déjà trop tard? C’est ce qu’on pourrait se demander à propos de la décision française de fermer les frontières avec plusieurs pays d’Afrique australe, dont l’Afrique du Sud, qui a annoncé au monde entier jeudi 25 novembre avoir découvert un nouveau variant très préoccupant, baptisé Omicron. Si l’on ne sait pas encore s’il est vraiment plus contagieux et dangereux que le variant Delta, le risque a poussé les pays du monde à réagir vivement.

Pour empêcher le variant Omicron de pénétrer sur le territoire français, il est très certainement trop tard. Dimanche 28 novembre, 8 cas possibles de variant Omicron ont été annoncés par le ministère de la Santé. Le séquençage des génomes est en cours pour ces cas suspects.

Frontière et mémoire sélective

En choisissant de fermer les frontières uniquement avec certains pays considérés comme ”à risque”, la France et les très nombreux États qui ont pris la même décision font fi de l’expérience apportée par près de deux ans de pandémie.

En décembre dernier, le Royaume-Uni se confine pour la troisième fois face à une explosion de cas provoquée par un nouveau variant (Alpha). Dans la foulée, de nombreux pays européens, dont la France, ferment leur frontière avec le Royaume-Uni.

La suite montre bien que cette stratégie n’a pas été suffisante: le variant alors dit “anglais”, déjà présent sur le continent et profitant de son avantage évolutif (également plus contagieux) sur la souche originale du coronavirus, s’est petit à petit propagé partout, entraînant de nouvelles vagues épidémiques. C’est ce que rappelle l’épidémiologiste Adam Kucharski, en partageant un graphique du New York Times qui parle de lui-même (en rouge, la part d’Alpha dans les contaminations de chaque pays, de novembre 2020 à mars 2021).

Autre exemple, toujours avec la Grande-Bretagne, mais sur la première vague de Covid-19, en février-mars 2020. Alors que les vols étaient suspendus avec la Chine, le coronavirus s’est introduit plusieurs fois au Royaume-Uni... via différents pays européens. Alors même qu’il n’était pas encore détecté dans ces pays.

C’est ce qu’a pu récemment démontrer une étude publiée dans Science en février. De l’Italie à la France en passant par l’Espagne, le virus est rentré par de nombreuses portes dérobées.

L'origine des cas importés de coronavirus de janvier à avril 2020 au Royaume-Uni. (Photo: Plessis&al. / Science)
L'origine des cas importés de coronavirus de janvier à avril 2020 au Royaume-Uni. (Photo: Plessis&al. / Science)

Gagner du temps
Ce lundi 29 novembre, l’agence de presse BNO dénombrait 14 pays où la présence du variant Omicron a été confirmée, dont 8 en Europe. En parallèle, le gouvernement écossais a annoncé avoir découvert 6 cas de variant Omicron, dont certains sans aucun lien avec des personnes ayant voyagé à l’étranger. En clair, le variant Omicron circule dans le pays sans que l’on sache comment il est entré.À moins donc de fermer les frontières avec tous les pays (c’est la base de la stratégie “zéro Covid”), il semble illusoire d’espérer empêcher Omicron de s’installer en France si ce variant est vraiment plus contagieux que Delta ou plus résistant aux vaccins.Cela ne veut pour autant pas dire que fermer les frontières ne sert absolument à rien, rappelait en décembre dernier sur Twitter Emma Hodcroft, chercheuse à l’université de Bâle, spécialiste de la génétique des virus: “Il est plus simple [d’empêcher la nouvelle souche de se répandre] avec 10 personnes plutôt qu’avec 1000”. Mais gagner du temps n’est utile que si nous agissons sur le territoire pour mieux cibler ce variant et endiguer l’épidémie. Pour l’instant, celle-ci continue de croître de plus de 50% par semaine.Discrimination et géopolitisation d’Omicron
Surtout qu’en parallèle, ces fermetures de frontières unilatérales ne sont pas sans conséquence. Tulio de Oliveira, le directeur de recherche à l’origine de l’annonce de la découverte du variant Omicron, avait d’ailleurs prévenu, le 25 novembre, juste après sa conférence de presse: “le monde devrait soutenir l’Afrique du Sud et l’Afrique et ne pas la discriminer ou l’isoler!”.Précisant avoir été “très transparent avec l’information scientifique”, il mettait en garde: “notre population pauvre et démunie ne peut pas être confinée sans soutien financier. C’est pourtant ce qui est en train de se passer”. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’est dit “profondément déçu” par ces fermetures de frontières qui représentent à ses yeux une forme de “discrimination à l’égard de notre pays” et de ses voisins, rapporte l’AFP.Ces restrictions contredisent aussi frontalement les engagements du G20 à Rome le mois dernier en faveur du tourisme et des voyages internationaux, a poursuivi Cyril Ramaphosa, au ton sévère, mais posé, dans un discours télévisé. Elles ne font qu’“endommager davantage nos économies et saper notre capacité à répondre et à nous remettre de la pandémie”, a-t-il dit. L’OMS a également déconseillé les restrictions sur les voyages, appelant les dirigeants du monde entier à “adopter une approche scientifique”, basée sur “l’évaluation des risques” avant de décider de nouvelles restrictions.

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

VIDÉO - Covid: la détection d'Omicron en France, "probablement une question d'heures" pour Véran

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