Face au rebond de l'épidémie, la Suède renforce finalement sa lutte contre le Covid-19

Robin Verner avec AFP
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Stefan Löfven, Premier ministre de la Suède. - Henrik Montgomery
Stefan Löfven, Premier ministre de la Suède. - Henrik Montgomery

La Suède, qui mène une stratégie moins stricte qu'ailleurs contre le Covid-19, vient d'annoncer un renforcement des règles collectives face au rebond de l'épidémie. Cependant, le gouvernement de Stefan Löfven privilégie encore la recommandation à la contrainte.

Mesure la plus emblématique, la jauge de ces rassemblements publics, jusque là fixée à 50 voire 300 personnes suivant les cas, descendra à huit pendant un mois à compter du 24 novembre, a ainsi affirmé le Premier ministre d'une conférence de presse, tenue lundi.

Un gouvernement qui durcit le ton mais craint d'être "intrusif"

Une mesure "très intrusive" et "sans précédent", mais "nécessaire" pour faire baisser la courbe du nombre d'infections, a-t-il justifié, soulignant que l'épidémie allait "continuer à s'aggraver". "N'allez pas à la salle de sport, n'allez pas à la bibliothèque, ne faites pas de dîners, ni de fêtes. Annulez!", a exhorté Stefan Löfven lors de cette conférence organisée en ligne.
L'interdiction est toutefois encore loin de signifier la fin de l'exception suédoise: en pratique, elle ne vaut essentiellement que pour les événements sportifs et culturels, ou les manifestations. Malgré les appels à ne pas se réunir, restaurants et bars continueront pour l'heure à pouvoir accueillir plus de huit personnes - mais pas plus de huit par table. Les établissements scolaires ou encore les magasins ne sont pas non plus concernés. Dans la sphère privée, la déclaration relative aux rassemblements est aussi une "recommandation" et pas une interdiction stricto sensu. "Faites votre devoir", a lancé Stefan Löfven à ses compatriotes.

Des mesures de complément

Avec la fin des visites en maisons de retraite entre avril et octobre - renouvelée dorénavant pour les villes de Stockholm et Göteborg-, la jauge des rassemblements a été l'une des rares interdictions décidées par le pays. Et jamais lors de la première vague de mars-avril cette limite n'était passée sous les 50.

L'exécutif a par ailleurs annoncé la semaine dernière interdire la vente d'alcool à partir de 22 heures, jusqu'en février. La stratégie atypique de la Suède lui a valu beaucoup d'attention et de controverses ces derniers mois.

Le pari perdu de l'immunité collective

Le royaume de 10,3 millions d'habitants a mené une stratégie sanitaire sans masque, ni confinement, ni fermeture de magasins ou d'écoles. Mais il a bel et bien appelé sa population à limiter les contacts et à télétravailler autant que possible.

De fait, l'idée, depuis le début de la crise, a été de miser sur l'autoconfinement plutôt que sur un confinement généralisé de la population décrété par le sommet de l'Etat. Ces "recommandations" ont d'ailleurs valeur de règles mais ne sont pas assorties de mesures coercitives ni de sanctions, en dehors principalement de la jauge des rassemblements publics.

A vrai dire, sans le formuler aussi clairement, la Suède a choisi de s'efforcer de construire une immunité collective lors de la première vague pour s'éviter d'en subir une seconde. Visiblement, le calcul n'est pas payant et depuis septembre tous les indicateurs repartent à la hausse comme l'explique Le Parisien, qui relève ainsi que le nombre de morts pour 100.000 habitants est désormais de 60, un niveau comparable à celui de la France mais dix fois supérieur à celui des autres nations scandinaves.

Le taux de positivité déborde quant à lui le seuil français désormais, avec 419 tests positifs chaque jour pour un million d'habitants, et 20 admissions quotidiennes en moyenne de patients se trouvant dans un état grave dans les hôpitaux. Ceux-ci risquent d'ailleurs l'engorgement d'ici deux ou trois semaines si la tendance ne faiblit pas, remarque le journal francilien.

L'université américaine Johns-Hopkins a recensé 192.439 cas contractés en Suède depuis le début de l'année, pour 6225 morts.

Article original publié sur BFMTV.com