Face au pass sanitaire, ces cinémas ont voulu jongler avec les contraintes

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Les fauteuils rouges vides d'une salle de cinéma. (Photo d'illustration) (Photo: Gabriel Martinez  / EyeEm via Getty Images)
Les fauteuils rouges vides d'une salle de cinéma. (Photo d'illustration) (Photo: Gabriel Martinez / EyeEm via Getty Images)

CINÉMA - Permettre à tout un chacun de continuer à se rendre au cinéma. C’est le credo de plusieurs établissements en France qui, à compter de ce mercredi 21 juillet, date de l’entrée en vigueur du pass sanitaire dans les lieux de culture et de loisirs, ont trouvé des moyens ingénieux de contourner le système.

Ce jeudi 22 juillet, le ministère de la Santé a confirmé que les lieux de culture et loisirs pourraient bien agir de la sorte. “S’ils mettent en vente moins de 50 places et prévoient donc d’accueillir moins de 50 spectateurs, alors le pass sanitaire ne s’applique pas”, a-t-il précisé à l’AFP. De quoi mettre fin à une situation confuse alors que la DGS avait précisé 24h plus tôt que la jauge de 50 personnes était déterminée en fonction de la capacité d’accueil et non du nombre de spectateurs présents.

C’est le cas, par exemple, du cinéma Le Méliès de la ville de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, aujourd’hui le cinéma d’art et essai le plus fréquenté de France. Sur son site internet, un message précise que dorénavant les séances qui précèdent 18 heures seront limitées à 49 spectateurs et spectatrices.

Et ce, peu importe la capacité d’origine de la salle. La plus petite peut accueillir 79 personnes, la plus grande 318. “Il risque d’y avoir un impact le week-end, on va perdre des entrées”, anticipe Stéphane Goudet, directeur artistique du lieu, interrogé par Le HuffPost.

Le pass sanitaire, désormais nécessaire pour entrer dans un lieu culturel accueillant plus de 50 personnes, sera, cependant, demandé aux adultes pour toutes les séances commençant entre 18 heures et 21h30, “sauf nouvelles annonces effectuées au cours de l’été”.

Une mesure de contestation

Cette décision ne vient pas de nulle part. “C’est une mesure de contestation des méthodes gouvernementales, entreprises systématiquement sans la moindre concertation [avec les acteurs du secteur] et donnant lieu à des annonces surprises ingérables”, poursuit le responsable du Méliès. Il dénonce le deux poids, deux mesures.

“Au Festival de Cannes, on l’a bien vu: les gens étaient assis tous côte à côte dans les grandes salles, souvent sans masque. Les grandes fêtes n’ont pas été annulées. Au bout d’un moment, il faut prendre des mesures un peu plus cohérentes”, regrette-t-il. Dire aux spectateurs du jour au lendemain qu’ils ne peuvent pas venir parce qu’ils n’ont pas reçu leur deuxième dose lui semble inconcevable. “D’autant plus qu’on martèle, depuis le début de cette crise, que les salles de cinéma ne sont pas des lieux de contamination”, rappelle Stéphane Goudet.

L’Écran Nomade (Bobigny), Le Cin’Hoche (Bagnolet), Le Ciné 104 (Pantin), Ciné Malraux (Bondy) et Le Trianon (Romainville), cinq salles appartenant au même réseau que le Méliès, sont ouvertes dans la limite de 49 places, peu importe la séance. Le pass sanitaire n’y est, de fait, pas obligatoire.

Jours pairs, jours impairs

Même son de cloche du côté de l’Omnia République, à Rouen. D’après une publication sur son profil Facebook, l’établissement d’art et d’essai rappelle que les nouvelles restrictions sanitaires ne s’appliquent qu’à l’une de ses salles, la plus grande. “Pour les petites salles 2, 3 et 4, nos capacités réduites permettent d’échapper à l’obligation du pass sanitaire. Vous continuerez à y accéder librement que vous soyez vaccinés ou non, testés ou non”, précise le lieu.

Dans les commentaires, un client s’interroge. Comment savoir à l’avance dans quelle salle sera projeté le film qu’il a choisi d’aller voir? En réponse, on lui fait savoir qu’un logo indiquant si le pass est nécessaire, ou non, sera ajouté. Ce n’est par exemple pas le cas pour la séance de ce mercredi 21 juillet, à 16 heures, pour le film Bergman Island.

(Photo: Omnia République)
(Photo: Omnia République)

Une autre spectatrice s’inquiète, elle, d’être privée des films projetés uniquement dans la grande salle. Le cinéma se veut rassurant: “Certains films programmés en salle 1 seront aussi visibles dans les autres salles pour ne léser personne”.

À Rillieux-la-Pape, commune située dans la métropole de Lyon, on a pensé les choses différemment, “parce que le cinéma est un lieu pour tous”, indique-t-on sur Facebook. Le pass sanitaire sera demandé uniquement lors des jours pairs à l’entrée du cinéma de la ville. À l’inverse, parce que les séances seront limitées à 49 personnes, tout le monde pourra venir, avec ou sans pass sanitaire, lors des jours impairs.

Le Ciné Rillieux rappelle une dernière chose: le masque reste cependant obligatoire dans son enceinte, y compris les jours pairs en cas de jauge supérieure à 50%. Cela fait suite aux propos d’Olivier Véran, qui a indiqué sur RTL que “là où il y a le pass sanitaire” anti-Covid-19, les personnes “pourront enlever le masque”, “sauf contrordre des préfets dans les départements en fonction de la situation épidémique”.

Des tests à l’entrée

Les cinémas ne sont, par ailleurs, pas les seuls lieux culturels à faire preuve de créativité. Pour faire face à ces nouvelles contraintes, la Tour Eiffel, qui a reçu depuis ce vendredi 16 juillet la moitié de sa fréquentation estivale habituelle, a prévu des tests antigéniques pour tous les visiteurs sans pass sanitaire. Ils sont gratuits pour les Français, payants pour les étrangers.

Au Festival d’Avignon, où le “Off” se tient jusqu’au 31 juillet, une baisse réelle au niveau des réservations a été observée après les annonces d’Emmanuel Macron, lundi 12 juillet. Près de la moitié des 108 théâtres ont une jauge de plus de 50 places. Certains sont prêts, car équipés de lecteurs de codes QR. D’autres ont demandé à abaisser leur jauge à 50 places, assouplissement qui leur été accordé par le préfet ce mardi 20 juillet, mais qui sera soumis à des contrôles.

À l’Assemblée, où les députés ont proposé ce même mardi en commission de repousser à fin septembre le pass sanitaire pour les 12-17 ans, le gouvernement va introduire des amendements dans le projet de loi pour éviter les pertes de revenus pour les fonctionnaires, travailleurs indépendants et salariés placés à l’isolement obligatoire en raison de leur contamination au Covid-19. La présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet l’a assuré sur France 2: “Il faut trouver la balance entre l’atteinte à la liberté d’aller et venir et la protection sanitaire de nos citoyens.”

À voir également sur Le HuffPost: Le palmarès du Festival de Cannes 2021

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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