Face au Covid, la France fait-elle vraiment mieux que ses voisins?

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SCIENCE - La France peut-elle devenir le bon élève de l’Europe? Avec l’arrivée des températures hivernales, une nouvelle vague de Covid-19 touche l’ensemble des pays européens ces dernières semaines.

Mais si une 5e vague a également débuté en France, le gouvernement espère pouvoir “traverser l’hiver” sans prendre de nouvelles mesures restrictives. “On part de plus bas que nos voisins, on a une situation moins dégradée que nos voisins”, a estimé mardi 16 novembre Gabriel Attal, au micro de France Inter.

Si le porte-parole du gouvernement rappelle que nous sommes en ”état d’alerte” avec une hausse importante du nombre de contaminations au coronavirus, il se veut optimiste, car deux outils -espère-t-il- pourraient suffire: le pass sanitaire et la campagne de vaccination.

Il est vrai que si l’on regarde simplement les courbes du nombre de cas de Covid-19, la France se situe, en cette mi-novembre, parmi les bons élèves, aux côtés de ses voisins du sud, Italie, Espagne et Portugal. À l’inverse, l’épidémie explose en Autriche, aux Pays-Bas et en Allemagne. Mais, comme toujours avec cette pandémie, le plus important, c’est moins la photo actuelle de la situation que sa trajectoire.

Une hausse des cas qui s’accélère

Face au coronavirus, il n’y a que trois possibilités. Soit une personne contaminée infecte moins d’une personne, auquel cas l’épidémie régresse. Soit elle infecte une seule personne, alors l’épidémie stagne. Soit elle infecte plus d’une personne, alors le virus progresse.

Mais même si cette progression est faible, elle peut devenir dramatique si rien n’est fait pour la stopper car le nombre de contamination double mécaniquement de manière régulière. C’est ce qu’on appelle une croissance exponentielle.

La question est de savoir à quelle vitesse ce doublement a lieu. Si une personne en contamine 2 en moyenne, cela va moins vite que si elle en contamine 4, c’est mathématique. Mais si le nombre de cas double, même en partant de bas, on finit par atteindre des chiffres colossaux. Il suffit par exemple de six doublements pour passer de 100 à plus de 10.000 cas par jour si rien ne change dans la circulation du virus.

Ce qui n’est pas de bon augure, c’est que cette progression du virus a tendance à accélérer ces dernières semaines en France, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous. Début novembre, avec une hausse hebdomadaire des cas de 12%, il fallait 6 semaines pour que le nombre de cas soit multiplié par deux. Aujourd’hui, avec 40% de hausse, il ne faut plus que deux semaines.

Une hausse hospitalière plus faible, mais réelle

Évidemment, le nombre de cas n’est plus l’étalon maître face à cette pandémie. “Le juge de paix, c’est l’hôpital”, a rappelé Gabriel Attal. Sur ce point aussi, la France s’en sort plutôt bien, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous (dont les dernières données, hebdomadaires, datent du 7 novembre).

Le fait que les hospitalisations soient encore faibles a deux explications. La première, c’est évidemment l’impact du vaccin qui réduit drastiquement le risque de faire une forme grave de Covid-19. Selon les derniers chiffres de la Drees, “il y a environ 9 fois plus d’entrées en soins critiques parmi les personnes non vaccinées que parmi celles qui sont complètement vaccinées de 20 ans et plus”.

Mais le vaccin n’est pas efficace à 100% et, surtout, 100% de la population n’est pas vaccinée, y compris chez les personnes âgées. Avec environ 7% de plus de 65 ans, le risque d’une vague hospitalière reste possible: la première vague n’a touché que 3% de cette tranche d’âge.

L’autre explication pour comprendre ces hospitalisations basses, c’est que cet indicateur a toujours quelques jours de retard sur le décompte des cas. En clair, ici aussi, tout est une question de tendances. Et l’on voit sur le graphique ci-dessous qu’en France comme chez de nombreux voisins, les hospitalisations sont en hausse. Plus faible que pour les cas, mais en hausse tout de même. Et ici aussi, cette croissance est exponentielle. Mais si celle-ci reste à 10% par semaine, il faudra 7 semaines pour que les entrées à l’hôpital.

On le voit donc, la France n’aborde pas cette 5e vague de la pire des manières, notamment si l’on compare à ses voisins du nord. Pour autant, l’hiver ne fait que commencer et la partie loin d’être gagnée.

Si le coronavirus continue sa progression sans aucun changement, le risque est réel. Et plusieurs questions sont en suspens: les Français vont-ils prendre en compte le danger et changer leurs habitudes en réduisant les contacts à risque: soit en réduisant le nombre de leurs contacts soit en reprenant les bonnes habitudes des gestes barrière, dont le masque. La 3e dose permettra-t-elle de diminuer encore plus le rapport entre cas et hospitalisation chez les plus âgés. Reste enfin à savoir si un élément imprévu (comme un hiver très doux) va permettre de réduire la circulation du virus. Mais pour l’instant, si la France est bien placée, elle est loin d’être à l’abri.

À voir également sur Le HuffPost: Quand Olivier Véran écartait la 3ème dose pour le pass sanitaire

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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