Face à la réforme des retraites, le RN au défi d’exister sans manifester

Marine Le Pen photographiée le 10 janvier lors de la présentation des voeux à la presse de Jordan Bardella.
EMMANUEL DUNAND / AFP Marine Le Pen photographiée le 10 janvier lors de la présentation des voeux à la presse de Jordan Bardella.

POLITIQUE - « C’est un impératif moral de s’opposer à cette terrible régression sociale ». À peine Élisabeth Borne avait-elle terminé son discours de présentation de la réforme des retraites, mardi 10 décembre au soir, que Marine Le Pen promettait sur Twitter de « faire barrage » au nouveau dispositif.

« Faire barrage », mais comment ? Le matin même, lors de ses vœux à la presse, le nouveau patron du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, a effectivement fait savoir que le RN comptait « prendre la tête de l’opposition à la réforme des retraites », mais tout en écartant l’hypothèse de se joindre à la contestation.

« Si vous pensez que l’on va bloquer les portes de l’Assemblée nationale ou descendre dans la rue pour nous opposer à la politique du gouvernement, ce n’est pas notre ambition », insistait-il. Ce qui tombe plutôt bien, parce que Philippe Martinez a affirmé de son côté qu’il ne voulait pas voir d’élus RN dans les cortèges.

« Mener le combat à l’Assemblée » : pour quoi faire ?

« Je l’ai dit à plusieurs reprises, je ne suis pas le seul. Je sais que Laurent Berger est d’accord à 100 % sur cette question », a encore déclaré sur BFMTV le leader de la CGT, estimant que le monde syndical n’a « pas les mêmes valeurs » que le parti lepéniste. « Nous ne considérons pas que le problème du chômage en France, c’est les étrangers, que tous les problèmes sont liés aux étrangers », insiste le syndicaliste.

Or la ligne de Jordan Bardelle est répétée ce mercredi 11 janvier par Marine Le Pen en conférence de presse au Palais Bourbon. « Dans une démocratie, mener la bataille, c’est mener la bataille dans les assemblées dans lesquelles on a été élu », a déclaré la présidente du groupe RN à l’Assemblée, jugeant en revanche que les adhérents de son parti étaient tout à fait libres de manifester s’ils le souhaitaient.

« Notre responsabilité c’est de mener le combat à l’Assemblée nationale », a martelé la députée du Pas-de-Calais. Sauf que, compte tenu de l’alliance probable entre LR et Renaissance écartant l’hypothèse du 49-3 (et donc d’une motion de censure) et du véhicule législatif choisi par le gouvernement limitant le temps de débat, le risque est grand pour le parti d’extrême droite de jouer les figurants.

D’autant que le RN ne souhaite pas non plus multiplier les amendements pour gêner l’avancement des travaux, à la différence de la France insoumise qui assume d’utiliser tous les moyens pour bloquer la réforme. « Nous avons fait le choix de ne pas faire d’obstruction », a évacué Marine Le Pen, jugeant que cette technique parlementaire « ne sert à rien ».

Soigner son image

Dès lors, comment incarner le « barrage » à la réforme, si l’on n’a pas réellement de prise sur le cours des événements ? Fidèle à sa stratégie de « normalisation », Marine Le Pen entend surtout profiter du moment pour incarner une opposition sérieuse depuis le Palais Bourbon, loin du tumulte de la rue et de l’alliance de circonstance choisie par Les Républicains.

Un parti dont le RN s’emploie déjà à réduire à son rôle de « béquille du gouvernement », pour mieux soigner sa propre image d’opposant crédible. Avec, comme ambition, l’objectif d’apparaître comme la seule alternative à Emmanuel Macron. Cette stratégie, répétée à plusieurs reprises depuis le début de la législature, sera-t-elle payante sur le dossier (si particulier) des retraites ?

À voir. Car selon toute vraisemblance, seule une mobilisation de masse conduisant à un blocage inédit du pays pourrait pousser le gouvernement à renoncer à son projet. Une victoire que pourra difficilement revendiquer le RN, à l’inverse des partis de la NUPES qui, de meetings en manifestations, auront accompagné la contestation syndicale. Ils auront alors beau jeu de marteler que cette bataille sociale a été gagnée sans le concours du RN, qui se contentait de « faire barrage » depuis les salons cossus du Palais Bourbon.

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