Face à la pénurie, l'Indonésie suspend toutes ses exportations d'huile de palme

À quelques jours des célébrations de l'Aïd, l'Indonésie a mis fin jeudi 28 avril aux exportations d'huile de palme pour protéger son marché intérieur, apaiser la colère de la population face aux étagères vides et aux prix qui s'envolent. Une décision qui pourrait provoquer à son tour des problèmes dans divers pays importateurs. Sur les marchés financiers, le cours de cette denrée, présente sous diverses formes dans la moitié des produits de supermarché, ne cesse lui de monter.

Avec notre correspondante en Asie du Sud-Est, Gabrielle Maréchaux

De l’aveu du président indonésien lui-même, la pénurie d’huile de cuisson que connaît son pays confine à l’absurde. « En tant que premier pays producteur d'huile de palme au monde, c'est franchement ironique de constater que nous avons des difficultés à avoir de l'huile de cuisson », a pointé Joko Widodo.

L'archipel d'Asie du Sud-Est fait face depuis plusieurs mois à une pénurie et à une flambée des prix de l'huile de cuisson à base d'huile de palme sur son marché intérieur et craint une montée des tensions sociales. Pour calmer la situation, le gouvernement indonésien a donc pris une décision radicale, mais pas forcément efficace, estime le Dr Sathia Varqa, à la tête de Palm Oil Analytics. « Le gouvernement a appuyé sur le bouton “panique" en interdisant toute exportation. C’est une mesure populaire, mais je ne pense pas que cela marchera car le vrai problème ici, ce n’est pas le rendement. C’est la distribution pour le marché intérieur, depuis les raffineries jusqu’à l’emballage, jusqu’aux revendeurs », souligne-t-il.

Tache d'huile

Dans un revirement de dernière minute mercredi soir, les autorités ont précisé que la suspension concernerait l'ensemble des exportations de l'oléagineux, et pas seulement les produits destinés aux huiles alimentaires, comme indiqué un jour plus tôt.

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Et à l’échelle mondiale, de nombreux pays pourraient ne pas tarder à connaître le même calvaire que les Indonésiens. « La Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, l’Égypte vont être les premiers à en souffrir : les prix sont déjà hauts, et ils vont continuer à monter », estime-t-il.

En Malaisie voisine, les producteurs espèrent que la fin des exportations indonésiennes leur apportera de nouveaux clients. Pas sûr cependant que le deuxième producteur mondial d’huile de palme ait les moyens de ses ambitions : après deux ans de pandémie, les travailleurs étrangers, qui représentent 80% de la main d’œuvre dans les plantations, manquent cruellement et les rendements malaisiens sont historiquement bas.

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