Face à l'interdiction de la vente de fleurs de CBD, les Verts exaspérés

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Face à l'interdiction de la vente de fleurs de CBD, les Verts exaspérés (Photo: HuffPost)
Face à l'interdiction de la vente de fleurs de CBD, les Verts exaspérés (Photo: HuffPost)

POLITIQUE - Autour du CBD, les tensions refleurissent. Selon un arrêté paru vendredi 31 décembre au Journal Officiel, pendant les vacances et au milieu des préparatifs du Réveillon, la vente aux consommateurs de fleurs de CBD -la molécule non psychotrope du cannabis à laquelle sont attribuées des vertus relaxantes- ou de feuilles brutes à fumer ou en tisane est désormais interdite. Elles étaient pourtant massivement utilisées pour se relaxer sans planer, comme substitut au joint classique ou à la cigarette de tabac.

Seules sont autorisées la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des seules variétés de Cannabis sativa L.” Il légalise en revanche une augmentation des taux de THC dans les produits finis (0,3% au lieu de 0,2%). Ce texte, qui vient encadrer la CBD mania dans laquelle la France est plongée, a réveillé l’indignation des Verts en ce début d’année 2022.

“Cadeau de nouvel an aux trafiquants”

Le candidat écologiste à la présidentielle de 2022, Yannick Jadot, a envoyé ce mardi 4 janvier son soutien aux producteurs et aux vendeurs de CBD dont les boutiques doivent désormais se débarrasser d’une partie importante de leur production. Fustigeant “la méconnaissance absolue” du gouvernement sur le sujet, il y dénonce également une “politique de répression inefficace et dangereuse contre le cannabis.

Yannick Jadot a ainsi emboîté le pas du secrétaire national d’Europe Écologie les Verts, Julien Bayou. Le 2 janvier, veille de la rentrée et deux jours après la promulgation passée inaperçue du décret, le premier membre du bureau exécutif du mouvement s’est insurgé contre “la pire des bêtises”. D’après lui, l’une des conséquences directes de l’interdiction des fleurs aux vertus relaxantes va être la ruée “vers les dealers”. C’est “un véritable cadeau de Noël aux trafiquants”, a-t-il ainsi dénoncé.

Pour le président du groupe écologie au Sénat, Guillaume Gontard, le gouvernement fait preuve de “dogmatisme absurde”. “Privilégier l’importation plutôt que de permettre une production locale et contrôlée, du grand n’importe quoi!”, critique-t-il sans mâcher ses mots.

Un des premiers à avoir réagi à l’annonce de l’interdiction, le député écologiste et président du parti Liberté Écologie Fraternité et fondateur de l’Institut national de l’économie circulaire, François-Michel Lambert, a commencé son année 2022 par une petite provocation. “J’ai décidé de commencer 2022 par braver un stupide interdit”, annonce-t-il en publiant la photo d’un tube de fleurs de CBD à croquer comme des bonbons. Avant de lister les conséquences néfastes pour l’économie, selon lui, d’une telle interdiction.

De son coté, l’ex-députée EELV et ex-ministre désormais dirigeante de l’ONG Oxfam, Cécile Duflot, compare l’interdiction du CBD à celle du Champomy. L’interdiction de la vente de fleurs de chanvre est en effet présentée par le gouvernement comme une décision de santé et d’ordre public. Les autorités considèrent que les forces de l’ordre ne pourront pas faire la différence entre une fleur chargée en THC et une autre chargée en CBD.

En Suisse, cette distinction a disparu avec l’apparition de tests qui permet de déterminer la molécule présente dans les fleurs perquisitionnées. Cécile Duflot raille ainsi le gouvernement français: “Interdire les feuilles et les fleurs de CBD c’est comme bannir le Champomy par peur de le confondre avec du champagne…”, écrit-elle sur Twitter en mettant le lien de sa tribune publiée sur France Inter dans laquelle elle dénonce “la stupéfiante hypocrisie française autour du cannabis”.

Et si les Verts criaient haro trop vite?

Si cet arrêté pose un interdit et comble un vide juridique qui régnait jusque-là sur la vente des fleurs de CBD, il assouplit aussi d’une certaine façon la position du pays sur la culture du chanvre qui se restreignait jusqu’ici aux graines et à la fibre, en légalisant officiellement la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des variétés de Cannabis sativa L. Et seuls des agriculteurs actifs au sens de la réglementation européenne et nationale en vigueur pourront en cultiver, indique le texte.

“Auparavant, les agriculteurs n’avaient pas le droit de toucher aux fleurs de chanvre qui étaient donc importées d’Italie ou de Suisse. Cet arrêté signifie que nous allons enfin pouvoir proposer du CBD français”, se réjouit ainsi le président de l’Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC) et fondateur de la start-up Rainbow, première société française à implanter ses produits à base de CBD dans les magasins Monoprix par exemple.

Interrogé à la suite de l’interdiction par le magazine Maddyness, l’entrepreneur a déjà indiqué avoir reçu plusieurs propositions d’agriculteurs français qui souhaitent justement vendre leurs fleurs afin d’accroître leurs revenus. Que les Verts se rassurent, cet arrêté ouvrir la voie à une filière CBD made in France.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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