Face à la Biélorussie, quelle réponse de l’Union européenne ?

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Au lendemain du détournement du vol Athènes-Vilnius par la Biélorussie, les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union européenne, réunis en sommet à Bruxelles lundi et mardi, discuteront de "possibles sanctions" contre Minsk. France 24 fait le point sur les options offertes à Bruxelles.

"Il y aura une réponse très forte, parce que c'est un comportement scandaleux. Loukachenko et son régime doivent comprendre que cela aura de graves conséquences", a promis la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Un acte qualifié de "terrorisme d’État" par Varsovie, ou de "piraterie" par Dublin et Paris. "L’incident ne restera pas sans conséquences", a averti le président du Conseil européen, Charles Michel, par ailleurs chef d'orchestre du sommet. Les Européens n’avaient pas de mots assez durs, lundi 24 mai, pour condamner le détournement du vol Athènes-Vilnius par la Biélorussie et l’arrestation du militant d’opposition Roman Protassevitch.

Le vol de la compagnie Ryanair transportait de nombreux ressortissants européens. Par conséquent, les chefs d’État et de gouvernement européens, réunis en sommet à Bruxelles lundi et mardi, ne comptent pas en rester là et prévoient de discuter de nouvelles sanctions à l’encontre du régime d’Alexandre Loukachenko.

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Avant même ces événements, l’UE se préparait à renforcer les sanctions déjà prises contre le régime biélorusse. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, avait indiqué le 10 mai espérer une décision sur un élargissement des mesures "dans les prochaines semaines". France 24 fait le point sur les différentes pistes qui seront évoquées lundi soir à Bruxelles.

  • Que peut faire l’Union européenne ?

"C’est une affaire sidérante et scandaleuse. On parle d’un avion européen et d’une compagnie de l’Union européenne qui voyageait entre deux capitales de l’Union européenne. C’est un acte de piraterie d’État qui ne peut pas rester impuni", a prévenu, lundi matin sur BFM TV, le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune.

Que décidera l’UE lundi soir ? "Elle prendra des sanctions supplémentaires, elle va durcir encore un peu plus sa posture politique et prendra des actions symboliques", prédit Maxime Lefebvre, diplomate et professeur à l’ESCP Europe, auteur de "La politique étrangère européenne" (éd. Que sais-je ?, 2016), contacté par France 24.

Quelque 88 personnes, dont Alexandre Loukachenko, et sept entités ont déjà été sanctionnées par une interdiction de voyager dans l'UE et un gel des avoirs pour la répression de l'opposition et la présidentielle du 9 août 2020, jugée "truquée" par les Européens. Un élargissement de cette liste était déjà sur la table avant même le détournement du Boeing 737-800 de Ryanair. Nul doute, même si l’unanimité des 27 est requise pour ces sanctions, que de nouveaux noms devraient y être ajoutés.

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Mais l’UE pourrait aller plus loin. Clément Beaune a évoqué, lundi matin, "l’interdiction de l’espace aérien biélorusse" comme "mesure de sanction, de sécurité". "Ce serait une mesure raisonnable pour nous protéger parce que la vie de ressortissants européens a été mise en danger", a-t-il estimé, soulignant qu’il y avait neuf passagers français à bord du vol détourné par Minsk. Mais au-delà de l’aspect sécuritaire, le secrétaire d’État y voit une sanction économique puisqu’une telle mesure ferait "aussi des recettes en moins pour le régime biélorusse", tout survol d’un espace aérien permettant la collecte de taxes aériennes.

Cette proposition est soutenue par la Pologne et la Lituanie, qui partagent une frontière avec la Biélorusse. Vilnius a, pour sa part, déjà interdit tous les vols vers et depuis son territoire via l’espace aérien biélorusse.

  • Quelle efficacité pour les sanctions ?

La Biélorussie, dirigée de façon autoritaire par Alexandre Loukachenko depuis 1994, est sous le coup de sanctions de l’Union européenne depuis 2004. Celles-ci comprennent un embargo sur les armes, une interdiction d’exporter des biens utilisés à des fins de répression interne, un gel des avoirs et une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’UE visant quatre personnes impliquées dans les disparitions non élucidées de deux personnalités politiques de l’opposition, d’un homme d’affaires et d’un journaliste en 1999 et 2000. À ces sanctions se sont ajoutées celles prises en 2020 et évoquées plus haut.

Or, malgré toutes ces sanctions, Alexandre Loukachenko est bel et bien toujours au pouvoir en Biélorussie. "L’Union européenne a sans arrêt oscillé dans sa politique vis-à-vis de Minsk entre des moments de dialogue et des moments de durcissement, sans jamais réellement trouver la bonne formule, analyse Maxime Lefebvre. Le risque, avec des mesures trop dures, c’est de pousser la Biélorussie dans les bras de la Russie. Mais à chaque fois que l’UE a tenté le dialogue, elle n’a pas réussi à libéraliser le régime biélorusse."

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Si les sanctions ne semblent pas produire d’effet majeur direct sur Alexandre Loukachenko, cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont inutiles. "Les sanctions servent ensuite de leviers de négociation", explique ainsi Maxime Lefebvre, pour qui Bruxelles pourrait promettre à Minsk la levée des sanctions en échange de la libération des prisonniers politiques.

"Il y a des sanctions efficaces, affirme le diplomate. Sur l’Apartheid en Afrique du Sud, sur le dossier nucléaire iranien, ce sont des sanctions économiques qui ont poussé ces États à évoluer."

  • L’UE peut-elle compter sur la Russie ?

"Il faut avoir la fermeté nécessaire des mesures de sanction et continuer une discussion, notamment avec la Russie dans le cadre de l’OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe] pour essayer de trouver des solutions de dialogue politique et que M. Loukachenko parte le plus vite possible" du pouvoir, a déclaré lundi matin Clément Beaune.

Le secrétaire d’État français estime que la Biélorussie, jusqu’ici sourde aux demandes émanant de l’Union européenne, serait davantage susceptible d’accéder aux requêtes de Moscou. Mais encore faudrait-il que Vladimir Poutine se range du côté européen.

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Or, les prises de position de la Russie depuis lundi matin ne vont pas dans le sens espéré par la diplomatie française. Moscou a d’abord jugé "choquantes" les accusations occidentales à l'égard de la Biélorussie.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a ensuite jugé "raisonnable" l'approche de Minsk face aux critiques, soulignant que son homologue biélorusse avait fait part de sa "volonté (...) de suivre toutes les règles internationales, de garantir une transparence totale, y compris d'accueillir, si nécessaire, des experts internationaux".

"Nous soutenons une évaluation de cette situation non pas à la hâte (...) mais en se basant sur toutes les informations disponibles", a ajouté Sergueï Lavrov, jugeant "important" d'agir en gardant son "sang-froid".