La Banque du Japon se contente de demi-mesures face à une économie léthargique

Anne BEADE
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Le siège de la Banque du Japon (BOJ), à Tokyo le 16 juin 2016

Face au Brexit et autres incertitudes, la Banque du Japon a ajusté vendredi sa politique monétaire, mais ces inflexions mineures ont laissé sur leur faim les marchés deux jours après l'annonce d'un plan massif du gouvernement pour tenter d'insuffler un nouvel élan à l'économie.

Dans le trio des grandes banques centrales, la BoJ fermait le banc des premières réunions post-Brexit. Les attentes étaient grandes. L'offensive espérée n'a pas eu lieu.

La BoJ a laissé le montant de son programme de rachat d'actifs inchangé, à 80.000 milliards de yens par an (690 milliards d'euros), mais elle a décidé de doubler la part allouée aux fonds cotés en Bourse (ETF), ainsi qu'un programme de prêt en dollars américains pour "soutenir les firmes japonaises à l'étranger". Son taux de dépôt reste par ailleurs identique (-0,1%).

"Avec en toile de fond, le vote britannique et le ralentissement dans les économies émergentes, les incertitudes internationales ont augmenté et la volatilité se poursuit sur les marchés financiers", écrit la banque centrale dans un communiqué pour justifier son action.

La BoJ dit "espérer que ces mesures monétaires et les initiatives du gouvernement vont produire des effets de synergie sur l'économie".

- A court de munitions ? -

Après cette annonce, accueillie par une chute de la Bourse de Tokyo avant qu'elle ne se redresse, un sentiment mitigé régnait sur les marchés. "La Banque du Japon a opté pour un compromis: elle a fait quelque chose pour s'épargner de vives critiques du gouvernement", mais s'est abstenue d'assouplir davantage, sans doute désireuse d'éviter une fuite en avant, a commenté Yasunari Ueno, de Mizuho Securities.

Mais d'autres analystes déploraient "une décision insipide", "une opportunité manquée". "La décision d'aujourd'hui apporte la preuve supplémentaire de la marge de manoeuvre restreinte de la BoJ", assénait Takahiro Sekido, analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ.

Faux, a rétorqué son gouverneur Haruhiko Kuroda. "Qu'il s'agisse des taux négatifs ou de l'expansion des achats d'actifs, je ne pense pas du tout que nous ayons atteint les limites de notre action", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Confronté à une fronde grandissante sur l'inefficacité de sa politique, le gouverneur de la BoJ a annoncé qu'"un examen approfondi" allait être mené à l'occasion de sa prochaine réunion en septembre.

"En fonction des conclusions, nous prendrons les mesures nécessaires pour atteindre notre cible d'inflation de 2% au plus vite", a-t-il précisé, l'institution reconnaissant que l'échéance de mars 2018 était soumise à de "nombreux aléas".

Plus de trois ans après le lancement de la stratégie "abenomics", censée revigorer la troisième économie du monde, le Premier ministre Shinzo Abe et M. Kuroda sont engagés dans une course contre la montre pour délivrer des résultats.

- 'Pris au piège' -

De nouvelles statistiques officielles, publiées vendredi, sont venues confirmer le manque de dynamisme de l'archipel: les prix à la consommation ont décliné en juin pour le quatrième mois consécutif (-0,5% sur un an), tandis que la consommation fléchissait encore. Quant aux entreprises, elles sont heurtées par le renforcement du yen.

Le gouverneur est "dos au mur", jugeait Tobias Harris, vice-président du cabinet d'études Teneo Intelligence, dans une note publiée cette semaine. "Il est pris au piège de sa propre rhétorique (tout faire pour vaincre la déflation), des attentes des marchés et des contraintes politiques et techniques qui pèsent sur sa boîte à outils".

Difficile en effet pour la banque centrale d'augmenter ses achats d'obligations d'Etat, alors qu'elle détient déjà plus de 30% de la dette publique du pays.

Autre option, jouer sur les taux d'intérêt négatifs, mais "étant donné la polémique qui a entouré l'annonce de cette politique (fin janvier), cela paraît difficile de les abaisser", avait pronostiqué M. Harris.

Restait le scénario radical d'un "hélicoptère monétaire", qui consisterait à verser en coordination avec le gouvernement de l'argent aux consommateurs.

M. Kuroda a néanmoins affiché à plusieurs reprises son opposition à ce concept controversé, arguant de l'indépendance de la banque centrale. Et l'audacieux gouverneur, qui aime surprendre, est cette fois resté fidèle à ses propos.

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