"Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" a 20 ans: les raisons d'un succès

Jérôme Lachasse
·5 min de lecture
Audrey Tautou dans
Audrey Tautou dans

Le film portait bien son nom. Sorti le 25 avril 2001 en France, Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain a connu un parcours hors du commun pour ce "petit film très personnel", conçu par Jean-Pierre Jeunet comme un retour aux sources après la déconvenue de son expérience hollywoodienne sur Alien, la résurrection.

Recalé à Cannes avant de recevoir treize nominations aux César et cinq aux Oscars, la lettre d'amour du cinéaste à Paris a fait un home-run. Acclamé par plus de 32 millions de spectateurs à travers le monde, ce classique instantané a fait de son actrice principale, Audrey Tautou, une vedette internationale.

Certains de ses décors, comme le Café des 2 Moulins, situé 15 rue Lepic, à Montmartre, sont devenus des attractions touristiques. Son titre, inspiré par Le Destin fabuleux de Désirée Clary, un film de 1941 de Sacha Guitry, est entré dans le langage courant, tandis que sa musique signée Yann Tiersen et certains gestes (comme plonger sa main dans un sac de graines) sont à présent indissociables du film.

"Amélie, c’est un peu comme un album de voyage"

Vingt ans après, Jean-Pierre Jeunet jette toujours le même regard dessus. "Je le revois avec plaisir, parce que ça me rappelle le bonheur qu’on a eu à le faire. C’est un peu comme un album de voyage."

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Et aussi un mausolée. Vingt ans après, on ne compte plus au générique les comédiens disparus, de Maurice Benichou (Dominique Bretodeau) à Serge Merlin (Raymond Dufayel), en passant Ticky Holgado (l'homme sur les photos) et Artus de Penguern (Hipolito).

Paris aussi a changé en vingt ans. "Quand je croise en scooter un décor d’Amélie, je me dis qu’on ne pourrait plus y tourner, parce qu’il y a des travaux ou que ça a trop changé. C’est le cas de neuf décors sur dix, je dirais. Je n’habite plus à Paris, et quand j’y suis, je ne bouge plus de Montmartre. Cette ville a été saccagée, pour faire une ville pour touristes. Ce n'est plus une ville où on peut travailler."

"Kassovitz m’a dit que ça allait devenir culte!"

Amélie reste son film le plus personnel: "J’y ai mis vingt-cinq ans de notes, et plein de détails au niveau de la forme, comme les petits mots qui dansent avec une flèche à côté du personnage." Il n'a pas vu le succès venir, d'autant que face aux poids lourds d'alors (Le Placard de Francis Veber réunit 5,3 millions, et La Vérité si je mens 2... 7,8), il n'espérait faire qu'un million d'entrées. Jeunet se souvient:

"C’est Kassovitz, le premier qui a vu le film fini et qui m’a dit, 'tu vas voir, ça va être extraordinaire, ça va devenir un film culte!' Jamel Debbouze aussi l'a pressenti. Il m’a dit, 'vous allez faire huit millions d’entrées'! On a vu le succès venir progressivement. C’est Isabelle Sauvanon, l’attachée de presse, qui m’a dit, 'Je ne sais pas ce qui se passe, mais il se passe un truc que je n’ai jamais connu'. Puis il y a eu le congrès des exploitants, où la salle était en délire. Les gens applaudissaient quand ils voyaient le teaser dans les salles. Toutes les étoiles étaient alignées."https://www.youtube.com/embed/FBh0Bt5fmEo?rel=0

Toutes les étoiles sont alignées... sauf aux Oscars, qui lui échappent. "C’était l’année où l’Académie avait décidé de boycotter Harvey Weinstein. J’aurais bien aimé l’avoir sur mon étagère celle-là. Elle me manque un peu...", grommelle-t-il. "C’est un film qui a eu les trois succès: public, professionnel et critique. C’est très rare. C’est le rêve de tout créateur. Pour moi, c’était un petit film après Alien. Je pensais que ça n'intéressait pas grand monde!" Jeunet a une image, empruntée à Michel Hazanavicius, pour définir ce succès: "On a l’impression de traverser une ville et que tous les feux sont au vert."

"Audrey est la bienvenue pour la suite"

Depuis, le réalisateur a vu son œuvre devenir culte. Récemment, une habitante de Morlaix en Bretagne s’est fait voler son nain de jardin dont elle reçoit des cartes postales. Comme le père d'Amélie: "C’est marrant que vingt ans après ça continue." L’histoire des nains de jardin lui vient de sa costumière, Madeleine Fontaine. La légende urbaine est devenue réalité grâce au film. On la retrouve aussi à Hollywood. L'histoire a été reprise dans In the Air, une comédie avec George Clooney qui se garde bien de citer Amélie Poulain, et mentionne juste "ce film français".

Jean-Pierre Jeunet a toujours comme projet de réaliser une suite d'Amélie Poulain, qu'il a écrit seul, "avec une petite aide" de Guillaume Laurant. "C’est un faux documentaire, fait d’une multiplicité de gags absurdes, d’autodérision", révèle-t-il. "Il est écrit, prêt à tourner. Si Audrey veut y participer, elle sera la bienvenue, comme Mathieu Kassovitz."

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Le projet est en recherche de financement, mais peine à trouver des soutiens. "On est à une époque où ce n’est pas évident. C’est beaucoup d’images volées, or dans la rue les gens ont tous des masques! C’est un petit peu compliqué." Netflix, qui produit son nouveau film Big Bug (diffusion prévue en novembre) n'a pas souhaité le suivre dans cette aventure: "Ca ne rentre pas dans leur 'line-up' pour les documentaires."

Article original publié sur BFMTV.com