Fabrice Luchini : il a fait de la culture un spectacle

Si le cinéma le réclame – il aura été à l’affiche de quatre films en 2019 –, c’est à la scène que l’acteur réserve ses ardeurs les plus sincères, en redonnant vie à un répertoire ardu. Ce fils d’immigré italien est devenu le plus flamboyant porte-parole des lettres françaises. Philippe Labro l'a rencontré pour Paris Match.

Il porte un blouson noir, un pantalon de velours gris, des chaussures fourrées pour n’avoir pas froid à l’arrière de la moto-taxi (son seul moyen de transport), un pull-over en cachemire vert, une chemise à fines rayures bleues et un petit Damart pour « protéger l’essentiel de [son] outil : [sa] voix ». Derrière ses lunettes à monture écaillée, aux verres légèrement fumés, je reconnais son regard, bleu-noisette-vert, cette lumière singulière de l’homme singulier, Fabrice Luchini.

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C’est le meilleur professeur de lettres de France. A lui seul, depuis 1985, depuis la première fois que, grâce à Jean-Louis Barrault, il put lire du Céline sur scène et s’aperçut (« une sorte de miracle », dit-il) que les gens faisaient la queue devant la petite salle du théâtre du Rond-Point pour venir l’écouter, depuis cette date, donc, Fabrice Luchini a fait connaître ou redécouvrir Rimbaud, Péguy, Flaubert, Molière, Hugo, Guitry, La Fontaine, Proust et quelques autres à plusieurs générations de Françaises et de Français, guichets fermés, de salle en salle, de tournée en tournée. Des millions d’élèves, du cours préparatoire à la terminale.

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C’est aussi un champion du box-office. Sur le ton posé de qui a déjà connu tant de réussites au cinéma et ailleurs, il me confie : « Avec “Alice et le maire”, on va aller tout près des 750 000 entrées. Cocteau a écrit : “Tout succès est un malentendu”, mais ici, on assiste à autre chose, selon quoi il y a en France autant de personnes capables de s’intéresser à un film qui parle de politique, mettant face à face un maire fatigué et une jeune intellectuelle. Pas de(...)


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